P1040021

La fête au village du bonsaï

Vous n'arriverez pas à Kinashi par hasard, vous ne tomberez pas là au gré d'une autre visite, Kinashi ça se veut et ça se mérite...

Faut d'abord se rendre sur la plus petite et la moins peuplée des 4 grandes îles du Japon, Shikoku. Surtout connue pour son très ancien pèlerinage des 88 temples sacrés, sur les traces du Sage bouddhiste Kobo Daishi (774-835) Mais ce n'est pas mon propos. Dès qu'on s'enfonce dans les terres et qu'on quitte les "grandes" villes du littoral sur la Mer Intérieure -Takamatsu à l'est et Matsuyama à l'ouest- c'est l'aventure (rurale l'aventure)

J'avais lu qu'on cultive le bonsaï à Kinashi depuis 250 ans, que j'y trouverai plus d'une centaine de pépinières dont certaines élèvent des chefs-d'oeuvres, des champs entiers de bonsaï, une nursery unique qui fournit 80% des arbustes de pins au Japon.

Le village était minuscule mais le site planté, quoique vaste, pouvait se parcourir à pied depuis la gare. Il faisait doux et soleil, je me promettais un peu de zen après Tokyo, la Belle mais aussi la Folle. J'avais envie de simplicité, d'ambiance rurale, sans être particulièrement férue ou experte en bonsaï...

Depuis Takamatsu 7 mn de petit train, des familles endimanchées, des personnes âgées, des enfants excités (?) Une gare lilliputienne mais juste devant un mini bus rutilant, chauffeur en gants blancs, dans lequel tout le monde s'enfourne. Moi aussi ! Arrivera ce qui arrivera ! Je ne lis ni ne parle le japonais, c'est bien fait pour moi ! Je me tords le cou car on traverse les fameuses pépinières, on les dépasse même (mon Dieu !) pour grimper une montagnette. En vue : une sorte de hangar, de la foule, du brouhaha... tout le monde descend et la navette (j'ai enfin compris !) repart à la gare.

Et là c' était LA FETE !!! La fête annuelle du village du bonsaï ! Si si !! D'ailleurs je suis arrivée en plein discours et remises de médailles.

Le plus magique c'était la dichotomie -pour moi- entre l'extrême sophistication de l'art du bonsaï, tel que présenté en Occident, et cet étalage convivial, bon enfant, et festif. Il y avait du comice agricole de Flaubert dans cette ambiance là ! Jamais je n'avais vu autant de bonsaï à la fois !

Les connaisseurs expertisent, ça marchande, les enfants se faufilent en jouant, seuls les écoliers semblent moins rigoler en remplissant leurs fiches...

Les plus âgés mangent déjà.

On trouve à acheter tous les pots et outils inimaginables. Il y a des démonstrations de taille. Un hangar déguisé en salle d'exposition, des tréteaux en bois, des caisses en plastique... mais des pièces somptueuses !

Inutile de vous dire que j'étais la seule étrangère du lieu. Objet de curiosité, presque autant que les bonsaï, et photographiée tant et plus. Ma minute de célébrité ! Mais la population du coin ignorant superbement Shakespeare, sa langue, et même son existence (la France on n'en parle même pas) nous en sommes restés au mime et aux courbettes.

Le jour déclinant, toujours envie de visiter les fameuses pépinières entrevues le matin, j'ai laissé la fête pour redescendre à pied, en flânant, à la gare.

Chez nous il y aurait certainement des grilles, des chiens... là tout est vaste et ouvert, comme offert. Un calme très serein dans un paysage on l'on sent le labeur quotidien, ancestral et minutieux. On se salue de loin, des propriétaires approchent, une visite guidée et d'improbables explications, je continue ma promenade, d'autres salutations... La "barrière" de la langue n'y fera rien : je rentrerais à Takamatsu comblée par autant d'attention et de gentillesse.

Les techniciens du bonsaï seront déçus par cet article mais il ne leur était pas destiné. C'était juste un samedi ensoleillé, fin octobre à Kinashi.

Cet article est proposé par la communauté des membres Kanpai dans le cadre du module Kakikomi. Il ne reflète pas nécessairement le point de vue de la rédaction de Kanpai.
Par beforetheboom Dernière mise à jour le 05 septembre 2019