Pèlerinage de Shikoku, pèlerin à pied au sein du Shosan-ji (12e temple)

Pèlerinage de Shikoku

La randonnée millénaire des 88 temples de Kukai

L'avis Kanpai
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Le pèlerinage de Shikoku est un chemin de randonnée d’environ 1.400 km qui fait le tour de l’île éponyme au Japon. Son circuit est fréquenté par environ 150.000 personnes par an et relie 88 temples à travers 4 préfectures, reproduisant le périple de Kukai (Kobo Daishi), un moine bouddhiste considéré comme le fondateur du pèlerinage au début du IXe siècle. Il peut se parcourir entièrement à pied sur une durée de 2 mois, ou être visité par étapes et en transports en commun, en fonction des intérêts et des capacités physiques de chacun.

Le pèlerinage des 88 temples de Shikoku, appelé Shikoku hachiju hakkasho (四国八十八箇所) ou Ohenro (お遍路) en japonais, est une route spirituelle reliant 88 temples bouddhistes disséminés dans les 4 préfectures qui constituent la région de Shikoku. Ce "Compostelle japonais", vieux de 1.200 ans, décrit un parcours circulaire rendant hommage à Kukai (Kobo Daishi), fondateur du bouddhisme Shingon et de ce circuit. Le maître, simplement désigné sous son titre "Daishi", est réputé accompagner chaque pèlerin (同行二人 dogyo ninin, "à 2 dans la même direction") sous la forme symbolique du bâton de marche arboré par ce dernier.

Selon l’itinéraire choisi, la randonnée s’étend entre 1.200 et 1.400 km ; il faut environ 40 à 60 jours à un bon marcheur pour la parcourir dans son entièreté. Chaque année, le pèlerinage est fréquenté dans sa totalité ou en partie par 150 à 300.000 visiteurs, dont 5.000 le parcourent à pied uniquement. Il a été classé Japan Heritage (日本遺産 Nihon Isan) par le Ministère japonais de la culture en 2015.

Pèlerinage de Shikoku, porte avec sandales de pèlerin du Okubo-ji (88e temple)

☸️ La symbolique des 88 temples

La finalité du pèlerinage est de se purifier pour atteindre l’Éveil bouddhiste. Ainsi, le nombre de 88 temples n’est pas choisi au hasard : il représente les 88 passions terrestres (煩悩 bon’no) à surmonter pour se libérer du cycle des réincarnations. Aux 88 officiels s’ajoutent 20 temples "hors circuit" bangai (番外), qui portent le nombre total à 108, autre symbolique bouddhique importante :

  • c’est le nombre de perles du chapelet bouddhiste, chacune représentant un péché à expier ;
  • et c’est aussi le nombre de coups de cloche sonnés la veille du Nouvel An (除夜の鐘 Joya no Kane) pour laisser derrière soi les désirs terrestres de l’année passée.

À noter que le format du pèlerinage des 88 temples se décline en mini-circuits (mini-ohenro) à parcourir en quelques heures ou en quelques jours. Ils existent à Shikoku même, mais aussi disséminés dans l’archipel, par exemple :

  • le pèlerinage Omuro Hachijuhachikasho au temple Ninna-ji de Kyoto, qui forme une boucle de 4 km ;
  • le pèlerinage des 88 temples de Sasaguri (篠栗四国八十八箇所 Sasaguri Shikoku Hachiju hakkasho) à Kyushu, d’un peu moins de 50 km, dont le temple Nanzo-in à Fukuoka est le point de départ ;
  • le pèlerinage des 88 temples de Shodoshima (Shodoshima Henro) s’étend sur environ 150 km dans l’île de Shodoshima, dans la Mer Intérieure de Seto.

Pérégriner sur ces chemins apporterait les mêmes bénéfices qu’accomplir le pèlerinage officiel. Pour prouver qu’ils ont bien accompli le périple, ou en guise de souvenir, les pèlerins peuvent collecter les sceaux de chaque temple dans un carnet dédié, le nokyocho (納経帳), selon le même principe que celui des sceaux Goshuin.

Pèlerinage de Shikoku, pavillon d'ablutions avec bâtons de pèlerins du Ryozen-ji (1er temple)

🪷 Histoire du pèlerinage de Shikoku

La pratique de ce pèlerinage est attestée depuis près de 1.200 ans. Ses origines sont teintées de légendes et impliquent 2 personnages importants de l’histoire du Japon :

  • Gyoki (668 - 749), un moine itinérant très impliqué dans les oeuvres sociales et la transmission du bouddhisme à la population. Il est l’un des 4 fondateurs du Todai-ji de Nara (747) et une 30aine des temples du pèlerinage de Shikoku lui attribuent leur création ;
  • Kukai (Kobo Daishi, 774 - 835), natif de la ville de Zentsuji dans la province de Sanuki (aujourd’hui préfecture d’Ehime) à Shikoku, il fonde le bouddhisme Shingon et le monastère du Mont Koya (816) après avoir étudié le bouddhisme en Chine. Le parcours du pèlerinage retracerait celui qu’il a effectué lors de ses pratiques ascétiques.

Lors du Moyen-Âge japonais (XIIe-XVIe siècles), le réseau de temples se renforce grâce aux missionnaires itinérants du Mont Koya, les Koya Hijiri (les "saints du [mont] Koya"), qui parcouraient l’île pour la collecte de dons pour leur monastère.

Néanmoins, le pèlerinage n’est réellement formalisé qu’à l’époque d’Edo, en 1687, grâce à un guide destiné aux pèlerins intitulé Shikoku Henro Michishirube et écrit par le moine Shinnen. Celui-ci documente les 88 temples et décrit un itinéraire qui sera utilisé jusqu’au début du XXe siècle. Il est le 1er à avoir attribué des numéros aux temples et à donner des indications sur les hébergements.

Le pèlerinage de Shikoku connaît un regain d’intérêt depuis la 2nde moitié des années 1990 et est perçu comme un moyen de revitaliser la région en mettant l’accent sur ses possibilités touristiques et sur la personnalité de Kukai.

Pèlerinage de Shikoku, vue sur les montagnes depuis l'enceinte du Shosan-ji (12e temple)

🙏 Une attractivité universelle

Malgré plusieurs tentatives infructueuses d’inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO, la popularité du pèlerinage de Shikoku est incontestable parmi les Japonais et auprès des visiteurs internationaux. Cela est probablement dû au fait qu’il n’impose aucune règle stricte sur la façon de l’aborder.

Un parcours libre

La route circulaire est généralement parcourue dans le sens des aiguilles d’une montre (順打ちjun-uchi), en partant du 1er temple Ryozen-ji à Tokushima et en terminant au temple 88 Okubo-ji au sud de la préfecture de Kagawa, la signalétique et les difficultés du chemin étant adaptées à ce sens. Idéalement, une visite au Mont Koya-san précède et achève l’accomplissement du pèlerinage.

Toutefois, on peut l’accomplir en sens inverse (逆打ち gyaku-uchi) : le trajet est alors beaucoup plus difficile physiquement car les sections à fort dénivelé doivent être remontées au lieu d’être descendues, et la signalétique n’est pas prévue pour ce sens de circulation. Ce sont plutôt les habitués du pèlerinage qui se prêtent à cet exercice.

Étant donné sa longueur, il est largement admis que le pèlerinage puisse être accompli en plusieurs fois (区切り打ち kugiri-uchi), en segmentant son parcours au gré de ses disponibilités ou de sa forme physique. Ainsi, on peut opter pour la visite préfecture par préfecture, ou en sections plus courtes si besoin, en reprenant où l’on s’était arrêtés à la dernière étape.

Cette liberté s’applique également à la façon d’effectuer le pèlerinage. La méthode traditionnelle est la marche à pied (歩き遍路 aruki henro) mais celle-ci est chronophage, éprouvante physiquement et financièrement. Aujourd’hui, la plupart des pèlerins associent plusieurs façons de voyager :

  • en transports en commun combinés à de la marche, pour un pèlerinage complet en moins d’1 mois. La compagnie de trains JR 🚆 propose d’ailleurs plusieurs formules pour voyager en illimité sur ses lignes dans l’île avec All Shikoku Rail Pass ;
  • à vélo 🚲, de préférence à assistance électrique, pour un voyage durant entre une 10aine et une 30aine de jours ;
  • en voiture 🚙, pendant 10 à 15 jours ;
  • en bus 🚌 dans un voyage organisé par un tour-opérateur : le circuit des 88 temples est accompli en 1 semaine à 10 jours. Pour l’instant, ce type de service s’adresse principalement à un public japonisant.

Le taxi 🚕 peut être pratique lorsque l’on voyage en petit groupe ou pour des sections mal desservies par les transports en commun, une route trop dangereuse ou trop longue à effectuer à pied. Cette solution permet également des horaires plus flexibles que les transports en commun.

Un chemin universel

L’avantage du pèlerinage de Shikoku est qu’il est ouvert à tous, sans condition de religion, de genre ou de nationalité, et tous ses pèlerins sont appelés Ohenro-san (お遍路さん) en japonais. Les profils sont très variés : ils incluent bien sûr des pèlerins bouddhistes, mais on trouve également de simples vacanciers, des retraités et de plus en plus de touristes étrangers. Les marcheurs ne représentent qu'1 à 2% du total des pèlerins : 5.000 chaque année, dont 500 de nationalité étrangère.

Tous les âges sont représentés, à partir de 15/16 ans et jusqu’à plus de 80 ans. Les motivations sont aussi variées : de l’accomplissement d’un devoir religieux à la recherche spirituelle, profiter de son nouveau temps libre pour les retraités, allier visites culturelles à activité physique ou encore un temps d’introspection et de reconstruction en faisant un pas de côté de la vie quotidienne. Le défi physique et l’expérience humaine figurent aussi dans les raisons d’effectuer le pèlerinage.

Pèlerinage de Shikoku, plaque d'égout de la mascotte en pèlerin au Chikurin-ji (31e temple)

👣 Ce qu’il faut savoir sur le pèlerinage à pied

Effectuer le pèlerinage de Shikoku en marchant est la méthode la plus traditionnelle et celle qui parait la plus attractive ou idéale. Néanmoins, il y a quelques réalités à prendre en compte :

  • la longueur du parcours : entre 1.200 et 1.400 km selon l’itinéraire choisi, ce qui mène à des journées de marche de 20 à 30 km par jour (soit 5 à 7 heures), il faut donc être en bonne forme physique a minima ;
  • le dénivelé : l’île de Shikoku est très montagneuse et même si les sommets ne dépassent pas les 2.000 m d’altitude, la randonnée emprunte des chemins parfois raides en montée comme en descente. Certaines sections sont d’ailleurs surnommées henro korogashi ("là où tombe le pèlerin") ;
  • le coût total du périple : entre les hébergements, la nourriture, les offrandes aux temples et les sceaux nokyo, un pèlerin peut dépenser entre 6.000¥ et 10.000¥ (~33,59€ et ~55,98€) par jour en étant économe, soit un total de 300.000¥ à 500.000¥ (~1.679€ et ~2.799€) pour un périple moyen de 50 jours, sans compter d’éventuels frais annexes (besoin médical, équipement, etc.) ;
  • le climat de Shikoku : en théorie, le pèlerinage est ouvert toute l’année. Toutefois, les meilleures périodes restent le printemps 🌸 (de mars à mai) et l’automne 🍁 (de mi-octobre à novembre) pour des températures clémentes et assez stables, ainsi que de beaux paysages illuminés par la végétation. Les saisons à éviter sont l’été, notamment en raison de la saison des pluies tsuyu ☔️ en juin, des chaleurs moites et des éventuels typhons ; et l’hiver car il gèle facilement et des vagues de froid soudaines peuvent provoquer des chutes de neige.

Le pèlerinage de Shikoku peut donc constituer une véritable aventure à bien préparer en avance.

Où dormir en chemin

L’hébergement est le poste de dépense le plus important de cette randonnée et, si l’on souhaite vivre la tradition, il faut savoir se contenter de l’essentiel. Ainsi, on peut rester dans :

  • un minshuku, une petite auberge familiale ;
  • un shukubo, l’hébergement au temple avec participation à certaines cérémonies religieuses ;
  • une auberge ryokan pour pèlerins.

Il faut compter entre 5.500¥ et 10.000¥ / ~30,79€ à ~55,98€ par nuit et par personne en moyenne. La nuitée comprend généralement un dîner et un petit-déjeuner, mais il existe aussi des formules sans repas (sudomari). Les espaces de douches et toilettes 🚽 sont généralement partagés. Le camping 🏕️ et le bivouac sont des options possibles, mais il faut alors transporter sa tente. Attention, le camping sauvage n’est pas recommandé, même s’il est toléré tant qu’il reste discret.

Les horaires sont relativement stricts dans les hébergements pour pèlerins : il est recommandé d’arriver assez tôt, c'est à dire avant le dîner qui est servi vers 18h. La réservation s’effectue souvent par téléphone 📱 (en japonais) et le règlement se fait en espèces. Certains hébergements pour pèlerins peuvent être réservés à l’avance auprès de plate-formes spécialisées comme Henro House.

Osettai : l’hospitalité de Shikoku

Les pèlerins sont généralement bienvenus à Shikoku et les habitants pratiquent volontiers l’Osettai (お接待) une sorte d’acte de charité et d’hospitalité à valeur spirituelle envers les marcheurs. Ces derniers, quand ils sont identifiés comme pèlerins, peuvent se voir offrir nourriture et boisson, parfois de l’argent ou un hébergement. Les seules contreparties autorisées de la part du pèlerin sont la remise d’un osamefuda, sorte de carte de visite qu’on laisse également à chaque temple, et des remerciement sincères. Il est mal vu de refuser l’osettai, car celui-ci est considéré comme un geste religieux pour honorer Kobo Daishi que le pèlerin représente.

L’osettai inclut la mise à disposition (gratuitement ou contre une donation libre) de henro goya, des petites cabanes pouvant servir d’abri d’urgence disposées le long du parcours, d’hébergement chez l’habitant ou zenkonyado, ou encore le tsuyado, un hébergement spartiate auprès de certains temples.

Il n’y a pas de règle vestimentaire pour parcourir les chemins du pèlerinage de Shikoku, mais si l’on souhaite être identifié comme pèlerin, on peut se vêtir des principaux atours d’un ascète :

  • la tenue blanche traditionnelle (hakue ou byakue) ;
  • le chapeau conique sugegasa ;
  • et le bâton de marche kongozue, représentant symboliquement Kukai.

Néanmoins, une tenue de randonneur contemporain, avec vêtements techniques et chaussures confortables, convient très bien. Le gros sac à dos arboré par la plupart des marcheurs étant un très bon indicateur de leur activité.

Pèlerinage de Shikoku, pèlerins en prière au Shosan-ji (12e temple)

🛐 Top 10 des 88 temples de Shikoku

La plupart des visiteurs du pèlerinage de Shikoku n’ont cependant pas autant de temps à consacrer à cette destination, et ils doivent opérer une sélection parmi les 88 temples pour vivre la meilleure expérience. Comme indiqué plus haut, il n’y a pas de règle absolue pour découvrir ce chemin spirituel et l’on peut le parcourir à son propre rythme et selon les moyens qui nous conviennent, que ce soit à pied et/ou en utilisant un véhicule.

Nous avons sélectionné 10 temples, répartis dans les 4 préfectures, qui nous ont semblé particulièrement importants, soit pour leur valeur au regard de l’histoire du pèlerinage, soit pour leur popularité, leur atmosphère ou leur esthétique.

Tokushima : l’éveil spirituel

La préfecture de Tokushima marque le début du parcours spirituel et compte les temples 1 à 23. Les plus intéressants sont :

  • Ryozen-ji (N°1), fondé par Gyoki au VIIIe siècle, est le point de départ symbolique du pèlerinage de Shikoku, et par conséquent on y croise de nombreux pèlerins vêtus de blanc et prêts à prendre la route, bâton de marche à la main. Il est facilement accessible en une 10aine de minutes de marche depuis la gare de Bando. Il est situé dans la ville de Naruto, où l’on trouve les fameux tourbillons marins. Les temples Gokuraku-ji (N°2) et Konsen-ji (N°3) se trouvent à proximité de Ryozen-ji et peuvent être vus dans la même journée.
  • Kumadani-ji (N°8), au nord de la ville d’Awa, se trouve à 1h20 de marche de la gare de Kamojima. Il est connu pour abriter la plus grande porte Niomon du pèlerinage (13,2 m de haut) mais aussi pour ses cerisiers en fleurs au printemps et ses hortensias en juin.
  • Yakuo-ji (N°23), tout au sud de Tokushima, dans la ville de Minami, offre une magnifique vue sur la baie et le château de Hiwasa depuis sa pagode à 2 étages. On vient y conjurer le sort en empruntant un escalier de pierre. Il se trouve à environ 15 minutes de marche de la gare de Hiwasa.

Kochi : la pratique ascétique

La préfecture de Kochi abrite les temples 24 à 39 ; elle est peut-être la plus difficile à parcourir à pied mais la plus gratifiante pour les amateurs de nature. Ses temples les plus notables sont :

  • Chikurin-ji (N°31), au sommet du Mont Godaisan au sud-est de la ville de Kochi, fondé par Gyoki. Il se distingue notamment par sa vaste étendue abritant une pagode rouge à 5 étages, de nombreux trésors nationaux au sein de sa salle des trésors, ainsi qu’un jardin qui aurait été créé par Muso Kokushi au XIVe siècle, le tout enveloppé dans une végétation luxuriante. Le jardin botanique Makino voisin vaut aussi le détour et honore le "père de la botanique japonaise". Le temple est accessible très facilement depuis le centre de Kochi grâce aux bus My Yu, qui desservent également la plage de Katsurahama et sa grande statue de Sakamoto Ryoma, autre héros national populaire.
  • Kongofuku-ji (N°38) situé au cap Ashizuri, à l’extrémité sud-ouest de la préfecture de Kochi, offre une vue spectaculaire à la fois sur l’Océan Pacifique et sur la courbure de la Terre. Il est accessible en bus de la gare de Nakamura (ville de Shimanto) mais la distance d’environ 88 km est plus simple à parcourir en voiture. Cette dernière offre aussi une plus grande liberté pour explorer le parc national Ashizuri-Uwakai, ses routes scéniques (Ashizuri Skyline) et ses côtes dentelées. Le temple lui-même, fondé en 822 par Kukai, s’étend sur 12.000 m² avec de magnifiques jardins parsemés de nombreuses sculptures de pierre.

Ehime : l’illumination

Préfecture la plus à l’est de l’île, Ehime abrite les temples 40 à 65, une section réputée apporter une paix intérieure au pèlerin qui a surmonté les épreuves de l’ascèse. Ici, le temple incontournable, pour son importance historique et légendaire pour le pèlerinage est :

  • Ishite-ji (N°51), fondé en 729, il est au cœur de la légende d’Emon Saburo. Autrefois l’homme le plus riche de Shikoku, il s’élance sur les routes du pèlerinage afin de retrouver Kukai pour se faire pardonner de lui avoir refusé l’aumône. Sur son lit de mort, le maître lui apparaît et place une pierre dans sa main ; celle-ci est plus tard retrouvée dans la main d’un nouveau-né qui deviendra le bienfaiteur d’Ishite-ji. Le mythe fonde ainsi la tradition du pèlerinage et de l’osettai. S’étendant dans un domaine forestier à l’est de la ville de Matsuyama, il abrite de nombreux bâtiments classés Biens Culturels Importants, dont le portail Nio-mon de 1318, ornée de sandales de pèlerins géantes. On y trouve une atmosphère relaxante, à 20 minutes de marche tranquille de la station thermale Dogo Onsen.

La ville de Matsuyama peut constituer une étape plus longue : elle dispose en effet d’un château 🏯 remarquable conservant un des 12 derniers donjons authentiques du Japon, et de 2 autres temples, Taisan-ji (n°52) et Enmyo-ji (n°53), situés au nord-ouest, ouvrant sur de magnifiques vues sur la Mer Intérieure de Seto.

Kagawa : Le Nirvana

La préfecture de Kagawa, au nord de l’île, représente la fin du voyage, dont les dernières étapes sont les temples 66 à 88, après lequel on peut soit retourner au temple N°1, soit se rendre au Mont Koya. 4 temples ont retenu notre attention :

  • Unpen-ji (N°66), parfois surnommé le "Koya de Shikoku", ce "temple des nuages" est le point culminant du pèlerinage à 911m d’altitude, au sud-est de la ville de Kannon-ji, à la frontière avec la préfecture de Tokushima. Autrefois passage difficile (henro korogashi), son téléphérique permet dorénavant d’accéder à son sommet en quelques minutes et de pouvoir y découvrir une magnifique collection de 500 statues des disciples de Bouddha, les Rakan, toutes individualisées, ainsi qu’une superbe vue sur la région. Autre curiosité : une sculpture d’aubergine nommée Otanominasu exaucerait le vœu de ceux qui s’assoient dessus. Son jardin est fleuri d’hortensias en juin, et ses couleurs automnales font également sa réputation.
  • Zentsu-ji (N°75), situé dans la ville éponyme, c’est le plus grand complexe religieux du pèlerinage, s’étendant sur 45.000 m². Son enceinte abrite entre autres 500 statues de Rakan, une pagode de 5 étages et 2 camphriers qu’on dit millénaires. Il est dédié à Kukai, natif de la ville et surtout fondateur du temple, qui accueille les pèlerins sous l’apparence enfantine de Mao-chan. Zentsu-ji est un des 3 temples les plus importants du bouddhisme Shingon, avec To-ji à Kyoto et Koya-san. Installé dans une plaine, il se situe à environ 15 minutes de marche de la gare JR de Zentsuji, et à 10 minutes en train du sanctuaire des marins Kotohira-gu Konpira-san.
  • Yashima-ji (N°84) à l’est de Takamatsu, surplombe le plateau de Yashima et offre une belle vue sur la Mer Intérieure de Seto, à condition que le temps soit clair. Une navette de bus conduit en quelques minutes de la gare JR de Yashima à l’entrée du temple aux éléments parfois insolites, comme son sanctuaire dédié aux tanuki. On accède également aux ruines d’une ancienne forteresse où la nature tente de reprendre ses droits. Lieu de la bataille de Yashima en 1185, il compte encore quelques édifices datant de l’époque de Kamakura. Sa visite peut être complétée par Shikoku Mura, le village architectural au pied de la montagne. Sur celle d’en face, on trouve le temple aux tengu 👺 Yakuri-ji (N°85), que l’on peut rejoindre facilement en téléphérique.
  • Enfin, Okubo-ji (N°88) est l’étape finale du pèlerinage dans les montagnes au sud de la ville de Sanuki, non loin de la préfecture de Tokushima. Un bus (avec peu de rotations) au départ de la gare JR de Shido y conduit en environ 1 heure. C’est ici que le parcours ascétique du pèlerin marcheur s’achève et où il dépose son bâton de marche kongozue en guise d’offrande. Le site est très apprécié en novembre pour ses belles couleurs automnales.

Le pèlerinage de Shikoku, à pied, en voiture ou en transports en commun, est un bon moyen de découvrir un Japon moins fréquenté et plus proche de ses traditions. Chaque temple présente des caractéristiques originales et une atmosphère unique, quel que soit son niveau de popularité.

Le chemin associe aspects culturels, aperçu de l’histoire du Japon et une autre facette de sa gastronomie, comme les nouilles udon de Sanuki, les gâteaux de riz gohei mochi, le thon mi-cuit katsuo no tataki, ou encore une variété d’agrumes mikan et yuzu déclinées en boissons, glaces et desserts pour les gourmands.

⬇️ Plus bas sur cette page, découvrez nos conseils de visite à Pèlerinage de Shikoku et autour.
Par Kanpai Mis à jour le 17 septembre 2026