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Entre tradition et modernité : l'apanage du Japon ?

Technologie et folklore japonais

Rien à faire : j'abhorre cette expression convenue et fourre-tout que représente « entre tradition et modernité ». Cette tournure fainéante, placée comme valise dans n'importe quelle présentation rapide du Japon, cristallise assez parfaitement le nivellement par le bas d'un message que l'on veut simplifié à outrance. Il symbolise également une vision Tokyo-centrée, ainsi que l'absence de recherche autour de la société japonaise et de mise en comparaison de ses propres références face à la couche de vernis nipponne.

Il me semble que la locution "entre modernité et tradition" se réfère généralement à la combinaison de certaines caractéristiques japonaises, mêlant high-tech et coutumes. D'aucuns ont cette image d'Épinal d'un Japon tout connecté, en avance sur le plan technique et porteur de nouveaux produits prêts à arroser le monde entier. Parallèlement, on remarquera aisément les Japonais habillés en yûkata, les temples et sanctuaires coincés entre deux immeubles récents, ou encore les lutteurs de Sumo qui sacrifient aux mêmes rites depuis des siècles.

Sauf que ce genre de cohabitation s'avère loin d'être du domaine exclusif japonais !

D'abord, parce qu'au niveau technologique, le Japon n'est plus si à la pointe que cela. Prenez le smartphone 📱, ce gigantesque marché à la croissance folle ces dernières années, que le public japonais a d'ailleurs adopté massivement sur le tard (s'émancipant de son sacrosaint keitai à partir de 2011). Qui en sont les plus gros vendeurs ? L'américain Apple, le coréen Samsung, le canadien Blackberry, le finlandais Nokia et le taïwanais HTC. Sony n'en finit plus d'accumuler les pertes un peu partout, sauf sur PS3. Idem pour le web qui montre l'incroyable train 🚅 de retard du Japon sur des sujets critiques comme le webdesign, le webmarketing ou le référencement. Une population qui vieillit autant, c'est également une inventivité qui peut se retrouver sclérosée. Il paraît déjà loin, le temps où les Japonais semblaient inonder seuls le monde de leurs télés et baladeurs. Combien d'années faudra-t-il attendre pour que certains ironisent "entre tradition et ringardise" ?

Ensuite, parce que trop curieux et occupés à regarder le voisin, on oublie de faire sa propre évaluation. Et lorsque l'on se place d'un point de vue japonais, le jeu des miroirs s'active : Paris est une ville romantique et pavée dans laquelle les Français se saluent d'un coup de béret avant d'aller déguster un plat de leur cuisine traditionnelle dans une brasserie du début XXè. Le soir, ils vont apprécier une représentation du Bourgeois gentilhomme. Et le week-end, les couples amoureux partent visiter les châteaux 🏯 de la Loire en goûtant des vins conservés des décennies.

De cette manière, on peut trouver de tels clichés pour beaucoup d'autres sociétés dans le monde.

Dans ses travaux, l'historien du Japon ancien Pierre-François Souyri explique que la tradition se réfère à « des usages qui ne ressemblent pas aux nôtres ». Onsen ♨️, baguettes et courbettes feraient donc partie de cette longue liste concernant l'archipel japonais, mais cela ne signifie pas qu'ils soient forcément vécus comme une allégeance à d'anciennes coutumes pour les premiers concernés.

Dernière mise à jour le 16 août 2014