Biographie de Hayao Miyazaki

Chronologie de ses films et créations

En tant que référence incontournable de la culture populaire japonaise, Hayao Miyazaki a fait couler énormément d'encre, en particulier en Occident depuis la fin des années 1990. Sur Kanpai, j'aborde régulièrement l'auteur et, vue la fascination que j'ai pour l'ensemble de son œuvre, j'essaye à la fois de vous faire découvrir ses travaux plus méconnus et d'analyser la partie émergée de son iceberg : les onze films d'animation qu'il aura réalisés au cours de sa carrière.

Malheureusement, on trouve souvent des imprécisions ou des zones d'ombre sur la vie personnelle et professionnelle de Miyazaki, c'est pourquoi j'ai décidé de vous livrer une biographie précise et complète de l'artiste. Cela offre également des clés de lecture intéressantes pour mieux comprendre ses œuvres.

En japonais, Hayao Miyazaki s’écrit 宮崎駿.

Enfance et adolescence

Hayao Miyazaki naît le 5 janvier 1941 dans le centre de Tokyo. Il aura trois frères : Arata l’aîné, et Yutaka et Shiro ses cadets.

Son père Katsuji dirige l’entreprise de son oncle, Miyazaki Airplane, qui produit des gouvernails pour les avions de chasse modèle A6M Zero de l’armée japonaise, utilisés pendant la seconde Guerre Mondiale. Cela nourrira son amour de la mécanique, pour les voitures et en particulier l'aviation.

En 1944, pour fuir les bombardements sur Tokyo, la famille déménage à Utsunomiya dans la préfecture de Tochigi, à quelques dizaines de kilomètres au nord de la capitale. En 1947, sa mère est diagnostiquée du mal de Pott (une forme de tuberculose) qui la cloîtrera en hôpital pendant trois ans. Elle restera alitée jusqu’en 1955.

La famille Miyazaki revient à Tokyo à partir de 1950, où le jeune Hayao connaît une scolarité normale. Il s’intéresse au manga, notamment aux œuvres d’Osamu Tezuka (Le Roi Léo, Astroboy…) qu’il aime à imiter mais dont il supporte mal qu’on le lui fasse remarquer.

À l’automne 1958, Hayao Miyazaki découvre le premier long-métrage d’animation japonais en couleurs : Le Serpent Blanc (du studio Toei Doga) réalisé par Taiji Yabushita et inspiré de la légende éponyme, un des contes chinois les plus populaires. Le film le marque profondément, autant techniquement que dans les émotions transmises. Il choisit alors de devenir animateur.

Miyazaki termine ses études à la prestigieuse université Gakushuin dans l’arrondissement de Shinjuku, où il participe au club de recherche en littérature pour enfants et propose une thèse sur l’industrie japonaise. Il en sort en 1963 diplômé d’économie et science politique.

Les débuts d’animateur à la Toei

Hayao Miyazaki entre au studio Toei Doga en avril 1963 en tant qu’animateur intervalliste. Ce poste consiste à dessiner toutes les images d’animation entre deux étapes-clés. Il travaille sur divers films du studio Toei, tels que Les Fidèles Serviteurs Canins (1963), Les Voyages de Gulliver dans l’Espace (1965), Le Vaisseau Fantôme Volant (1969), Ali-Baba et les Quarante Voleurs (1971) ou Les Joyeux Pirates de l’Île au Trésor (1971), mais également sur des séries animées telles que Ken l’Enfant-Loup (1963), Fujimaru le Ninja du Vent (1965), Hustle Punch (1965), Robin le Soldat de l’Arc-en-ciel (1966), Minifée (1967-1968), Caroline (1969-1970) ou encore L’Île au Trésor des Animaux (1971). Plusieurs de ces œuvres ne dépasseront pas les frontières du Japon.

En 1964, il est actif dans des mouvements de gauche et est nommé secrétaire en chef du syndicat des travailleurs de la Toei. Miyazaki y rencontre trois autres animateurs qui changeront sa vie et sa carrière : Isao Takahata, vice-président du syndicat et futur réalisateur majeur, Yasuo Otsuka, chef animateur de renom, et Akemi Ota, qui devient son épouse l’année suivante. Le couple donnera naissance à deux enfants : Goro en janvier 1967 et Keisuke en avril 1969.

En 1965, Hayao Miyazaki rejoint Takahata et Otsuka à la conception du film Horus Prince du Soleil. La production, qui devait durer huit mois, s’éternisera sur trois ans pour une sortie au cinéma en juillet 1968. Malgré un impact artistique fort, le film deviendra le plus gros échec commercial de Toei Doga.

À la fin de la production d’Horus, la Toei confie à Miyazaki et son épouse l’animation de la dernière longue séquence d’action du Chat Botté (1969), véritable réussite technique qui assoit leur talent. L’année suivante, à la naissance de leur second fils, Akemi Ota quitte la Toei pour devenir femme au foyer et s’occuper des enfants.

Entre 1969 et 1970, Le Peuple du Désert sera le premier court manga / roman graphique publié par Miyazaki, sous le pseudonyme de Saburo Akitsu.

En 1970, il participe à un épisode de Moomin pour Mushi Productions, le studio d’animation d’Osamu Tezuka concurrent direct de Toei Doga.

L’émancipation du créateur

En 1971, Miyazaki quitte la Toei et rejoint Isao Takahata auprès d’un autre concurrent : le studio A-Pro Telecom. Il commence à travailler sur une version animée de Fifi Brindacier et se rend en Suède avec Yutaka Fujiota pour obtenir les droits d’adaptation auprès d'Astrid Lindgren, qui leur sont refusés. Il s’agit de son premier voyage hors du Japon. Les storyboards de Fifi Brindacier seront réutilisés pour les deux moyens-métrages Panda Petit Panda (1972-1973) dont Miyazaki sera responsable du design et du scénario, Otsuka chef-animateur et Takahata à la réalisation. Ils co-réalisent également quatorze épisodes de la première adaptation de la série à succès Lupin III (1971-1972).

Au début de l’été 1973, les trois ex-Toei rejoignent le studio Zuiyo Eizo, branche du futur Nippon Animation. Takahata réalise des séries animées dont Miyazaki gère la conception scénique : Heidi Fille des Alpes (1974) et Marco (1976). Pour leur préparation, il voyage en Suisse, en Italie et en Argentine. Il participe également à d’autres projets : Suzunosuke au Plastron Rouge (1972), La Grenouille Courageuse (1973), Isamu le Garçon des Plaines (1973), Les Samouraïs Géants (1974), Le Chien des Flandres (1975) ou Le Raton-Laveur Rebelle (1977).

En 1978, Hayao Miyazaki réalise sa propre série animée, accompagné de Yasuo Otsuka : Conan le Fils du Futur représente une forme de prototype de son œuvre tant dans sa création que ses composantes scénaristiques. Il croise la route de Toshio Suzuki cette même année, alors rédacteur dans le magazine Animage, qui deviendra le futur producteur vedette du Studio Ghibli.

En 1979, Miyazaki travaille sur Anne aux Pignons Verts mais quitte Nippon Animation en cours de production, au bout du quinzième épisode, pour rejoindre le studio Tokyo Movie Shinsha (futur TMS) toujours accompagné d’Otsuka. Il y réalise son premier film d’animation : Le Château de Cagliostro, tiré de la série Lupin III. Il travaille ensuite pour une filiale, Telecom Animation Film, sur la deuxième série Lupin dont il réalisera plusieurs épisodes (1979-1980). En 1981 et 1982, il scénarise et réalise les six premiers épisodes de Sherlock Holmes, qui sera poursuivie par Kyosuke Mikuriya et diffusée en 1984-1985.

La relation entre Hayao Miyazaki et Toshio Suzuki devient de plus en plus ténue et ce dernier lui permet de pré-publier le manga Nausicaä dans le magazine Animage à partir de février 1982, qui connaît un grand succès dès le départ. La même maison publie également son roman graphique Le Voyage de Shuna en 1983.

Cette même année, Miyazaki obtient de réaliser Nausicaä en long-métrage d’animation avec le studio Topcraft, produit par Takuma Shoten, Hakuhodo et Isao Takahata. Le studio embauche de nombreux animateurs, dont Hideaki Anno (futur auteur notamment d’Evangelion) qui deviendra un proche. Au cours de la production, pendant l’été 1983, la mère de Miyazaki décède. Le film Nausicaä sort dans les salles japonaises en mars 1984 et marque sa première collaboration avec le compositeur Joe Hisaishi. Avec près d’un million d’entrées, les recettes permettent à Miyazaki et Takahata la création du Studio Ghibli en juin 1985, filiale de Tokuma Shoten, débauchant beaucoup des animateurs de Topcraft.

La carrière chez Ghibli

Au sein du Studio Ghibli, Hayao Miyazaki est beaucoup plus libre de ses projets et de ses choix, lui permettant de se consacrer aux longs-métrages d’animation originaux.

Le premier à paraître est Le Château dans le Ciel en août 1986, qui attire près de huit cent mille spectateurs.

Miyazaki produit en 1987 le documentaire en prises de vues réelles Yanakawa Horiwari Monogatari, réalisé par Isao Takahata.

En avril 1988, Mon Voisin Totoro sort en séance commune avec Le Tombeau des Lucioles de Takahata. Bien que refusé au départ par les producteurs, le succès (huit cent mille spectateurs) et surtout l’impact de Totoro auprès du public dépassera toutes les attentes.

L’été suivant sort Kiki la Petite Sorcière, qui réalise la meilleure performance cinéma de l’année, avec plus de deux millions et demie d’entrées. À partir de Kiki, Toshio Suzuki rejoint ses deux amis en devenant producteur au sein du studio.

En 1990 Miyazaki produit Souvenirs Goutte à Goutte, réalisé par Isao Takahata, qui sort en juillet 1991. Cette même année, il dessine les plans de construction des nouveaux bâtiments que le Studio Ghibli va se faire construire.

Porco Rosso arrive ensuite en juillet 1992, dépassant les trois millions de tickets vendus et réalise lui aussi la meilleure performance cinéma de l’année, devant Hook et La Belle et la Bête de Disney.

Le père de Miyazaki décède l’année suivante.

Le réalisateur participe à la production de Pompoko pour Isao Takahata, qui sort à l’été 1994, ainsi qu’à celle de Si tu Tends l’Oreille de Yoshifumi Kondo, pour lequel il écrit le script et dessine les storyboards.

En mars 1994, Miyazaki achève le manga Nausicaä avec son cinquante-neuvième chapitre en douze ans, et démarre la production de La Légende d’Ashitaka, qui deviendra Princesse Mononoké. Il se retire plusieurs semaines sur la petite île de Yakushima, au sud du Japon, où il mûrit l’environnement naturel du film.

Il travaille également sur le scénario du clip musical On Your Mark (1995) du groupe Chage & Aska, dont la réalisation est confiée à de jeunes animateurs du Studio Ghibli.

En juillet 1997 sort finalement Princesse Mononoké qui rencontre un succès immense, avec plus de quatorze millions de spectateurs. Il devient le film le plus vu au Japon jusqu’alors, obtient de nombreuses récompenses et propulse son réalisateur sur la scène internationale. C’est son premier film dont la conception utilise l’animation assistée par ordinateur.

Toutefois, fatigué par une longue production et se sentant moins vif sur le plan physique, Hayao Miyazaki quitte le Studio Ghibli six mois plus tard pour fonder Butaya, un studio plus intime mais situé géographiquement à quelques mètres seulement. Le décès soudain de Yoshifumi Kondo, qui devait lui succéder, conduit Miyazaki à réintégrer le Studio Ghibli en janvier 1999.

Le Voyage de Chihiro débarque en salles au cours de l’été 2001 tel un ouragan. Il totalise près de vingt-cinq millions d’entrées, soit le plus grand nombre de spectateurs de cinéma dans l’histoire du Japon, record qu’il détient encore à ce jour. Son succès critique et public retentit dans le monde entier, en témoignent les nombreuses récompenses reçues, parmi lesquelles l’Ours d’or du meilleur film à Berlin en 2002 ou encore l’Oscar du meilleur film d’animation en 2003.

En 2001 est également inauguré le Musée Ghibli à Mitaka, près de Tokyo, pour lequel Miyazaki réalisera plusieurs courts-métrages.

Il est invité en mars 2002 à participer aux Academy Awards à Hollywood (les Oscars) mais refuse, en signe de protestation contre l’invasion américaine en Irak.

En 2003, Miyazaki produit pour Hiroyuki Morita Le Royaume des Chats, suite de Si tu Tends l’Oreille.

Son prochain film en tant que réalisateur, Le Château Ambulant, arrive en salles en novembre 2004 et réunit quinze millions de spectateurs. Cependant, des critiques se font entendre sur la complexité de l’histoire, liée à un début de production compliqué.

L’année suivante, Hayao Miyazaki est décoré d’un Lion d’or à la Mostra de Venise pour l’ensemble de sa carrière.

Il loue ensuite une maison pendant deux mois en haut d’une colline du village de Tomo no Ura, dans la mer intérieure de Seto au large de l’île de Shikoku. La production de Ponyo sur la Falaise débute en octobre 2006 et le film sort en juillet 2008. Il réalise près de treize millions d’entrées.

Début 2009, son court manga Kaze Tachinu est publié dans le magazine Model Graphix et servira de base à la construction du film éponyme.

En 2010 et 2011, il participe respectivement aux scénarios d’Arrietty (Hiromasa Yonebayashi) et La Colline aux Coquelicots (Goro Miyazaki).

À la fin de l’été 2011, Miyazaki se rend avec Suzuki à Rikuzentakata, ville fortement touchée par le tsunami du 11 mars, pour projeter La Colline aux Coquelicots et aider moralement les enfants de la région.

Le Vent se Lève sort en juillet 2013 et attire près de huit millions de spectateurs. Quelques semaines après sa sortie, à près de 73 ans, Miyazaki organise une conférence de presse pour annoncer qu’il prend sa retraite en tant que réalisateur de longs-métrages (et non une retraite définitive globale, comme on peut le lire trop souvent).

Le réalisateur reçoit de la part de l'Académie des Oscars, le 8 novembre 2014, un award honorifique pour l'ensemble de sa carrière. Voici la vidéo de son discours de remerciement.

Un hommage à ses onze longs-métrages lui est rendu dans cette vidéo :

On le retrouvera dans d’autres projets jusqu’à la fin de sa vie, à commencer par un manga de samouraïs initialement prévu pour 2014-2015, mais visiblement mis en pause.

En juillet 2015, lors d'une courte conférence de presse, Hayao Miyazaki annonce travailler sur un court-métrage de douze minutes intitulé Kemushi no Boro ("Boro la chenille"). Contre toute attente le film, destiné à être diffusé au Musée Ghibli, sera réalisé en animation assistée par ordinateur. Sa durée de production est estimée à trois ans.

En novembre 2016, il est annoncé lors d'une interview sur la chaîne NHK que le réalisateur a commencé à travailler sur un nouveau projet de long-métrage d'animation (encore non validé par le producteur Toshio Suzuki) qu'il souhaite sortir avant 2020. Aucune précision n'a été donnée sur son contenu.

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