Conan le Fils du Futur, l'animé total de Miyazaki

Comme beaucoup d'entre vous je suppose, j'ai beau retourner la réflexion dans tous les sens mais rien n'y fait : il m'est impossible de détacher un seul ou même un trio des longs-métrages de Hayao Miyazaki. Ces onze-là, clôturés récemment avec Le Vent se Lève, dégagent tous une telle surpuissance narrative et artistique qu'en établir un classement relève d'une des plus fortes gageures jamais rencontrées depuis que je conçois du contenu sur la culture populaire japonaise. Et c'est presque tant mieux : au-delà d'une dimension scénique inénarrable et d'une étonnante modernité, chacun d'entre eux offre une mine d'informations étonnante à creuser, ce que j'ai cherché modestement à faire dans mes articles d'analyses "mercredi c'est Ghibli" publiés sur Kanpai en 2012.

Mais, encore une fois je le redis : le public occidental a trop souvent cette fâcheuse tendance à nier tout le travail de Miyazaki au-delà de sa petite douzaine de longs-métrages, parfois par simple méconnaissance du reste de son œuvre. J'essaye donc, naturellement, de vous faire découvrir une à une d'autres petites perles du maître, telles que Le Voyage de Shuna, Panda Petit Panda, Horus ou encore ses courts-métrages du Musée Ghibli.

Dans cette sélection, il nous est évidemment inconcevable d'éluder Conan le Fils du Futur, le seul animé que Miyazaki ait imaginé et réalisé en entier. Bien qu'il ait participé à plusieurs autres (notamment Lupin III, puis Sherlock Holmes plus tard), Conan conserve une touche particulière, très caractéristique de sa légendaire conception scénique initiée une décennie plus tôt avec la séquence d'aventure finale du Chat Botté et qui inspirera très largement Laputa le Château dans le Ciel jusque dans son duo de protagonistes.

Ce sont donc vingt-six épisodes d'une petite demi-heure qui furent diffusés en 1978 sur la chaîne publique japonaise NHK. Conan fut l'occasion de renforcer les liens de l'auteur avec deux fidèles animateurs de génie : Yasuo Otsuka et Yoshifumi Kondo. Notons également que c'est l'une des rares créations de Miyazaki précédant sa rencontre avec Joe Hisaishi ; la bande sonore n'en est pas moins excellente. Au global, même trente-cinq ans après, le visionnage reste terriblement d'actualité et passionnant jusqu'au bout.

La pierre angulaire de l'œuvre du maître

Pour concevoir cet univers post-apocalyptique de 2028 qui résonne étrangement bien avec notamment Nausicaä et Princesse Mononoke, Miyazaki s'est (vaguement, haha) inspiré du roman The Incredible Tide publié par l'Américain Alexander Key en 1970. Vingt ans après une terrible montée des eaux conséquence d'une guerre magnétique, les quelques survivants d'une humanité décimée continuent de s'affronter : d'un côté Industria et sa course technologique à l'énergie solaire, de l'autre High Harbor et sa vie écologique et paisible.

Conan et Lana, les deux jeunes protagonistes, ont déjà cette fascinante figure déictique et altruiste. D'une part car leurs capacités sont clairement surhumaines (physique pour lui, télépathique pour elle) et de l'autre puisque leurs intentions restent toujours pures et leurs objectifs fixés pour le bien de l'un-l'autre puis de l'humanité. Ils forment alors un contrepoids équilibré avec Lepka, rare "méchant" de Miyazaki qui, avec le Comte de Cagliostro et Muska de Laputa, sera un des seuls punis par la mort sous le crayon du maître.

Mais Conan le Fils du Futur n'en oublie jamais d'être drôle, attachant et terriblement inventif ; en cela il préfigure assez largement du talent de l'artiste que l'on retrouvera distillé dans toute son œuvre. On y trouve même en Lana et Monsley le prototype final de ses "deux sœurs", cette double facette de la femme que l'on reconnaîtra dans quasiment tous ses films suivants. Ainsi, après un démarrage sur la base de fortes références à Horus, Conan s'émancipe jusqu'à devenir ni plus ni moins la pierre angulaire de la création de Miyazaki.

L'animé marque également un croisement passionnant entre deux facettes du créateur, au passage de l'idéaliste qui livre parfois un message quasi épicurien vers le pessimiste et sa perte d'espoir en l'humanité. À partir de Conan, presque plus aucune de ses productions ne sera pas marquée de cette forme de désespoir. Et cela, pour la première fois, l'animé sait le manier avec une pondération impressionnante. L'univers a beau avoir été ravagé par la folie des hommes, il reste toujours un échappatoire en l'avenir.

Conan le Fils du Futur s'inscrit avec talent comme une merveille de précision et de maîtrise du rythme, dans plus de douze heures d'aventure mêlant habilement action, humour et réflexion. Pour tous les fans de Miyazaki, c'est un indispensable absolu et les références qu'il crée sont inestimables. Pour l'heure il n'est disponible qu'en coffret DVD dans sa version française mais, puisqu'une édition Blu-Ray est parue au Japon en 2011, des espoirs de localisation restent permis.

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Commentaires

jupiter35
22 Janvier 2014
19:20

Bonjour et merci pour ce commentaire argumenté de Gaêl

a) où puis-je trouver l'intégralité de cette série en VOSTF?

b) digression: quels sont les 10 anime , hors ghibli, que vous me conseilleriez(en vostf afin d'améliorer mon japonais oral)

En espérant une réponse..

merci à toutes et à tous

jupiter35
22 Janvier 2014
21:38

Etant un "vieux" je me serais porté vers "cobra"(terasawa buichi) ou "les cités d'or";

Mais entre temps d'uatres éries ont apparu(gundam etc..)

En espérant vos conseils

23 Janvier 2014
08:49

Bonjour, Les DVD ont l'audio japonais il me semble, probablement avec sous-titres français. Concernant les animés conseillés, vous pouvez consulter cet article : https://www.kanpai.fr/culture-japonaise/6-animes-japonais-essentiels

Adam
25 Janvier 2014
21:49

Humm, il semble que tu voues un tel culte à Myazaki que tu en viens à occulter, par ignorance je suppose, l'influence de Hideoki Anno dans la réalisation de cette série. (J’espère que tu sais qui sait, sinon je t'invite à consulter Wikipédia cash game^^)
Le caractère pessimiste, mélancolique et désespérant que tu as justement relevé émane d'un autre génie! Je trouve d'ailleurs très étrange de parler de Conan sans évoquer la série Nadia qui est exclusivement de Anno et qui est une réponse, un pendant plus mature, que dis-je, l'accouchement de la frustration qu’à éprouver ce dernier face à la candeur de Miyasaki XD
On pourra repérer plusieurs private joke, des canons de personnages, des ficelles scénaristique, qui renvoient directement à Conan et Laputa, c'est juste génialissime!!! ^^
Je ne pige pas ce que tu mets dans les onze, c’est très subjectif tout ça…
Au bucher hérétique! Ne regarde pas d'anime dub et n'incite personne à le faire, JAMAIS! Sacrilège, c'est comme-ci tu regarderais un spectacle de Desproges dub English haha c'est tout naze...:/ Typiakkkk Piii...Rateee

26 Janvier 2014
09:44

Adam,

Ton message aurait pu ouvrir un débat intéressant s'il n'était un ramassis d'inexactitudes. Rien que le fait d'écrire Myazaki puis Miyasaki ou encore Hideoki Anno met la puce à l'oreille... Tu viens me faire la leçon sur ma supposée ignorance, mais j'ai du mal à te prendre au sérieux.
Commence par fouiller un peu plus Kanpai pour comprendre que je connais un minimum le travail d'Anno. ;-)

Non, Anno n'a pas influencé Miyazaki dans la réalisation de Conan en 1978 puisqu'ils se sont rencontrés cinq ans plus tard, au moment de la production de Nausicaä (je t'encourage à en lire mon analyse afin de mieux le comprendre). Pendant la production de Conan, Anno était encore au lycée !
Que Nadia (1990) te semble une réponse à Conan vient simplement du fait que Miyazaki fut à l'origine du projet dans les années 1970 (comme adaptation des "20.000 Lieues sous les Mers" de Jules Vernes) avant que la production ne soit abandonnée, puis récupérée par Gainax en 1988. Des éléments imaginés par Miyazaki pour le pré-Nadia se sont donc naturellement retrouvés dans Conan, et ont été réutilisés par Gainax dans le Nadia final.
Miyazaki et Anno se tiennent en haute estime mutuelle depuis la séquence d'animation du Dieu-Géant de Nausicaä en 1984 ; rien d'étonnant à ce que leurs créations respectives s'en ressentent, jusqu'au doublage de Jirô dans le récent Vent se Lève.

Ce que je mets dans les onze serait subjectif ? Euh... Hayao Miyazaki a réalisé onze longs-métrages, je n'ai rien inventé. Encore une fois, il serait temps de réviser tes classiques !

Enfin, je ne comprends pas où tu as cru lire que j'incitais mes lecteurs à regarder de l'anime-dub ; en tant que japanophone, je ne le défendrai jamais face à la version originale. Quant au piratage, idem : j'encourage toujours le soutien des créations via la commande des Blu-Ray ou DVD, comme c'est encore le cas dans cet article.

Adam
26 Janvier 2014
11:34

J’ai trôlé comme un débutant, je m'incline u__u. Effectivement Anno n'a pas du tout bossé sur Conan, je ne sais même plus d'où j'ai sortis ça.
Mais le lien à faire entre les 2 séries, il reste tout de même pertinent. Je ne voulais pas dire qu'ils étaient brouillés, auxquels cas, on aurait eu du mal à imaginer le short de Giblhi qui a ouvert le dernier Evangelion.
Oui et il y a surtout un cheminement, une continuité, à repérer de Conan à Evangelion en passant par Nadia, c'est clairement la déconstruction des archétypes de Myazaki, je trouve que c'est important d'en prendre conscience, pour apprécier l'œuvre d'Anno. Même si c’est une récupération de projet, et j’avoue bien volontiers que tu me l’as appris, ce qui, d’ailleurs, rend ma thèse encore plus cool ! ^^
Oh j'ai oublié un "i" ce n’est pas dramatique ;) On ne va pas chercher les fautes d'orthographes dans tes articles pour discréditer ton propos, si? rohh
Par contre si on parle de réalisation de longs métrages, il est plutôt à 12, tu oublies surement de compter le Lupin.
2014 je ne trouve pas le temps de lire le tout internet, Je vais tout de même me pencher sur ton analyse de Nausicaa. ^^

26 Janvier 2014
12:10

Peux-tu creuser en quoi tu trouves qu'Anno déconstruit les archétypes de Miyazaki ? Ce sujet m'intéresse.

Sinon, tu peux chercher les fautes d'orthographe dans mes articles et en particulier sur les noms propres, je fais au mieux pour ne pas en laisser passer beaucoup. ;-)

Je maintiens mon chiffre des onze longs-métrages de Miyazaki en comptant Lupin ; tu peux trouver la liste complète dans mon article sur l'annonce de sa retraite. Pour avoir longuement étudié et analysé son œuvre, je peux prétendre en avoir une connaissance assez précise et complète.
Si tu en connais un douzième, c'est une sacré exclu mondiale..!

Praline
23 Avril 2014
18:14

Je te remercie infiniment d'avoir cité cet animé, hélas trop méconnu.

Il est intéressant d'y retrouver toutes les valeurs qui structurent les plus grands succès de Miyazaki et de constater à quel point l'œuvre du maître est une argumentation complète qui ne fait que se renforcer et s'affirmer au fil des créations.

Oui, j'adore "Conan le Fils du Futur". Je me suis même procurée l'intégrale ! Mention spéciale en l'honneur de mon personnage favori : Gimsy (le rouquin hirsute avec son palmier sur la tête - voir image de couverture - ). ^^

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