Historique du Studio Ghibli

Pour faire écho et en complément de la biographie de Hayao Miyazaki, j'ai choisi de vous proposer également l'historique précis d'un des plus grands studios de l'histoire du cinéma d'animation japonais.

En japonais, Ghibli s’écrit ジブリ et se prononce « djibli ».

Processus de création

En 1983 la société Tokuma Shoten, éditrice du magazine d’animation Animage, propose à Hayao Miyazaki de produire l’adaptation en film d’animation de son manga Nausicaä, publié dans son magazine depuis l’année précédente. Le réalisateur s’entoure donc du studio Topcraft pour concevoir le film. Son succès au cinéma encourage Tokuma à commander un second film à l’équipe. Au même moment, Topcraft connaît des difficultés et il est alors décidé de débaucher beaucoup de ses animateurs pour créer le Studio Ghibli le 15 juin 1985, filiale de Tokuma Shoten également sous la direction de Yasuyoshi Tokuma. Un étage d’immeuble entier, sur trois cents mètres carrés, est loué à Kichijoji dans la banlieue de Tokyo.

Contrairement à une idée reçue, Le Château dans le Ciel est le premier long-métrage à sortir sous l’égide du Studio Ghibli ; Nausicaä n’en fait donc pas partie historiquement. Toutefois, puisque les équipes de réalisation et de production sont sensiblement les mêmes, ce dernier est considéré comme un film Ghibli par le studio lui-même, en témoigne sa présence sur le site Internet officiel ou encore les sorties en DVD et Blu-Ray dans la même collection que ses successeurs.

À l’époque de la création du studio, les longs-métrages d’animation sont encore rares au Japon, qui leur préfère les séries animées voire les OAV (moyens-métrages) parfois sans âme. Le Studio Ghibli vient donc, sous l’impulsion des réalisateurs Hayao Miyazaki, Isao Takahata et d’autres animateurs vedettes, rechercher la création de films d’animation originaux où la qualité technique et scénaristique doit être très élevée, libérée d’une contraire de temps trop stricte. Le public visé ne se limite pas aux enfants mais englobe tous les publics grâce à différents niveaux de lecture.

Le nom du studio est choisi par Miyazaki lui-même. C’est celui d’un avion de reconnaissance de l’armée italienne utilisé pendant la seconde Guerre Mondiale, le Caproni Ca.309 Ghibli. Mot d’origine libyenne, Ghibli est le nom d’un vent chaud qui souffle dans le désert du Sahara. Miyazaki veut, selon Toshio Suzuki, faire souffler un vent fort sur le monde de l’animation. Au moment de transcrire phonétiquement le mot dans la langue japonaise pour l’enregistrement, une erreur est commise par rapport à la prononciation originale : « guibli » devient « djibli » et lorsque l’équipe s’en aperçoit, il est trop tard pour la corriger. Toutefois, le court-métrage Ghiblies (2000) se prononcera « guibliz » comme en clin d’œil.

Des débuts modestes au salariat

Aux débuts du studio, la survie de l’entreprise est conditionnée au succès public de chacune de ses sorties au cinéma. Si un film réalise suffisamment de recettes, il permet de financer le suivant mais, en cas d’échec, l’aventure du studio s’arrête net. À chaque nouvelle production de film, une équipe d’environ soixante-dix personnes est embauchée pour la durée de création seulement. On paye les artistes et animateurs comme des pigistes, au nombre de documents livrés, une pratique courante dans le milieu. Il faut attendre le succès plus important de Kiki la Petite Sorcière en 1989 pour que Ghibli puisse salarier l’équipe l’année suivante et mettre en place un système de rémunération fixe, initié avec Souvenirs Goutte à Goutte. À partir de là est instaurée l’embauche régulière de nouveaux employés et leur formation assurée. C’est également à ce moment-là que Toshio Suzuki rejoint les rangs pour devenir le célèbre producteur du studio.

Le doublement des salaires implique plus de promotion autour de chaque sortie pour s’assurer de toucher un public plus large. Souvenirs Goutte à Goutte a également été le premier à bénéficier d’un tel système, puisque plus de 40% de son budget (1,2 milliard de Yens au total) a été utilisé à des fins promotionnelles et publicitaires.

Suite aux bons retours de Mon Voisin Totoro auprès du public, son protagoniste devient la mascotte du studio. Ghibli commence à sortir des produits dérivés de ses personnages à partir de 1990. Ces nouvelles recettes permettent de diversifier les sources de financement. Ainsi, la réalisation de Porco Rosso peut démarrer alors même que Souvenirs Goutte à Goutte n’est pas achevé.

Pendant la production de Porco Rosso, en 1991, près de cent personnes travaillent dans les locaux de Kichijoji et il est décidé de faire construire des bâtiments plus adaptés. Miyazaki lui-même s’occupe de dessiner les plans de construction, sur quatre étages dont un sous-sol, pour une superficie totale de mille-cent mètres carrés. Peu après la sortie du film, en août 1992, le Studio Ghibli déménage donc à Koganei dans le grand Tokyo à l’ouest.

1993 marque la sortie de Je Peux Entendre l’Océan, un film réalisé par une jeune équipe avec deux spécificités. C’est le premier à être dirigé par un autre réalisateur que Miyazaki ou Takahata (Tomomitsu Mochizuki), et il est produit pour une diffusion télévisée sans passer par la case cinéma.

Le succès à l’international

Jusqu’à Princesse Mononoké, les films du studio ne sont pas distribués à l’international ou très rarement, à l’image de Mon Voisin Totoro que Tokuma a distribué dans cent dix-neuf salles au États-Unis en 1993 sans grande réussite. Cela vient de l’adaptation hasardeuse de Nausicaä, qui s’est vu coupé et modifié pour le public américain sans l’accord de son réalisateur.

La colère de Miyazaki ne s’est atténuée qu’à l’aboutissement d’un partenariat entre la Tokuma et Disney / Buena Vista le 23 juillet 1996 sur la base de clauses strictes de localisation, en particulier la traduction exacte des dialogues et l’interdiction de couper ne serait-ce qu’une seule scène, ou d’apporter toute autre modification aux films originaux. Depuis cette date, The Walt Disney Company possède les droits de distribution partout dans le monde à l’exception de l’Asie, sur la plupart des œuvres du studio au cinéma et en vidéo (y compris au Japon).

En 2005, le Studio Ghibli revendique son indépendance et s’éloigne de Tokuma Shoten pour devenir autonome. Pour une question de droits qui sera finalement résolue, Ghibli a failli changer de nom pour Sirocco, un autre vent saharien.

Le 1er février 2008 Koji Hoshino, président de Disney Japon et ami de Toshio Suzuki, devient PDG du Studio Ghibli.

Une méthode de travail caractéristique

Encore aujourd’hui, les méthodes de travail restent très traditionnelles pour chacune des productions Ghibli. À quelques rares exceptions près, notamment les deux derniers films d’Isao Takahata, l’ensemble de l’animation est encore réalisée à la main avec un quart-d’heure d’animation assistée par ordinateur par film au maximum. C’est peut-être en partie ce qui confère aux longs-métrages du studio leur caractère si particulier, apprécié et respecté par l’ensemble du public japonais chez les enfants comme les adultes de tous âges.

La quasi intégralité des films du Studio Ghibli sortent au cinéma en été, période propice pour se rendre en salles au Japon. Leur diffusion télé se fait généralement le vendredi soir sur la puissante chaîne privée NTV.

Il existe une anecdote bien connue de tous les Japonais qui travaillent dans la finance, appelée la malédiction Ghibli. Selon celle-ci, à chaque diffusion télévisée d’un film du studio, les actions du Nikkei à la bourse ont tendance à chuter. Évidemment, il s’agit plutôt de coïncidences liées au marché japonais, mais cela contribue à entretenir un certain mythe autour de leurs œuvres !

Article intéressant ?
4.92/5 (39 votes)

Informations pratiques

En japonais

スタジオジブリ (Studio Ghibli)

Cuisine japonaise

Découvrez les confiseries japonaises (5% de réduction)

Thématiques associées

Ressources

Site officiel (en japonais)

Page Facebook officielle (en français)

Pour aller plus loin

Kanpai vous suggère également ces articles