Covid Seconde Vague Japon

Seconde vague de Covid : la supériorité du modèle japonais

Alors que l'Europe (et notamment la France) connaît actuellement une seconde vague de Covid-19 spectaculaire en nombre de cas, le Japon est depuis un mois dans la phase descendante de cette deuxième salve du virus, revenant tranquillement à une situation sous contrôle. Sans oublier que côté chiffres, l'intensité n'est clairement pas la même d'un côté du globe ou de l'autre.

Nous allons donc analyser ce qui fait toute la différence de gestion et de conséquences de cette deuxième vague de Coronavirus 🦠 entre le vieux continent et l'archipel nippon.

France / Japon : des contaminations comparables

Des statistiques étonnamment parallèles

Les deux pays connaissent, à quelques semaines d'intervalle, un contexte de seconde vague étonnamment proche à divers égards :

  • un nombre de tests beaucoup plus important (jusqu'à 170.000 par jour en France / 30.000 au Japon, soit environ 5 fois les chiffres du printemps) ;
  • un taux de positivité en forte hausse également, d'environ 4 à 5% ;
  • un nombre record de cas (près de 10.000 quotidiens en France / jusqu'à 1.600 au Japon) ;
  • mais un taux d'hospitalisation et donc de létalité beaucoup plus faibles que lors de la première vague (à surveiller en Europe dans les prochaines semaines).

Même si la population y est 2 fois moins importante, la France a un nombre de cas qui augmente proportionnellement au nombre de tests réalisés, de manière étonnamment parallèle à ce qu'il s'est passé au Japon cet été.

Il n'en reste pas moins que les Japonais sont toujours aussi peu touchés, grâce à leurs gestes-barrière naturels, à leur esprit de groupe voire à leurs défenses immunitaires naturelles, que nous avons déjà abordés dans cet article :

Plus de peur que de mal ?

Les Japonais craignaient une explosion des cas notamment à 2 occasions successives :

  • la campagne "Go To Travel" (aide de ~11 milliards d'euros au tourisme domestique) démarrée le 22 juillet et qui se poursuit depuis, même si elle exclut encore Tokyo jusqu'au 30 septembre ;
  • Obon, la fête des morts, où de nombreux Japonais retournent traditionnellement dans leurs familles pendant quelques jours à la mi-août.

Mais cette seconde vague nipponne, débutée toute fin juin, a connu son pic entre fin juillet et début août. Elle n'a pas été alourdie par ces deux évènements et est depuis plusieurs semaines en baisse constante.

En France, on craignait les brassages et fêtes générés par les congés d'été ; effectivement la seconde vague a démarré fin juillet. Ce début septembre sonnerait donc notre pic avant une nouvelle accalmie, toutefois cet optimisme demande à être confirmé dans les semaines à venir.

Dans les deux pays, un constat identique : le taux d'occupation des hôpitaux reste maîtrisé dans la plupart des régions, loin des surcharges printanières.
Ce taux de cas graves beaucoup plus faible lors des secondes vagues a des explications parallèles entre la France et le Japon :

  • le taux réel de cas en juillet-août-septembre est sans doute inférieur à mars-avril, lorsque l'on réservait les tests PCR aux cas graves, alors que désormais tout le monde peut être dépisté (et gratuitement en France) ;
  • les jeunes sont actuellement les plus touchés et ce sont eux qui font le moins de formes graves du coronavirus, alors que les personnes âgées et fragiles, désormais mieux éduquées, se méfient plus et se protègent mieux ;
  • on prend en charge le virus plus efficacement puisqu'il est de mieux en mieux connu ;
  • enfin, la souche du Coronavirus aurait pu muter et serait moins virulente, mais cela reste à être prouvé scientifiquement.

Certains résidents japonais (en particulier expatriés) se sont plaints en milieu d'été que les autorités ne réagissaient pas suffisamment à la seconde vague, arguant qu'elles privilégiaient l’économie sur leur santé. Avec le recul, le gouvernement avait raison de ne pas inquiéter, mais l'absence de communication de l'équipe Abe était surtout liée à sa maladie, annoncée avec sa démission fin août.

Des médias alarmistes

D'un côté comme de l'autre, le Covid-19 fait encore la une des journaux tous les jours.

Au Japon, on récite quotidiennement les nouveaux chiffres et on cible les clusters :

  • en juillet, on pointait du doigt le monde de la nuit (Shinjuku et notamment Kabukicho à Tokyo, Namba / Osaka-Minami...) ;
  • depuis, on pratique la fameuse mise au pilori nipponne indifféremment sur tout le territoire, par exemple ces 91 cas dans un lycée de Shimane mi-août.

Les chiffres occidentaux et mondiaux ne sont pratiquement jamais abordés au Japon.

Seuls la démission de Shinzo Abe fin août et le typhon 🌀 passé sur Kyushu début septembre ont pu libérer un peu de place, temporairement, dans les news japonaises.
En Occident, le Corona reste toujours en toile de fond, mais il a pu être temporairement balayé dans l'actualité par des épisodes comme :

  • le mouvement "Black Lives Matter",
  • les explosions au port de Beyrouth au Liban,
  • ou encore le remaniement ministériel,
  • et prochainement les élections aux États-Unis.

Quant au comité scientifique, ce conseil de médecins référents semble moins suivi qu'en France par les décideurs politiques japonais ; d'ailleurs il s'exprime de son côté en conférence de presse et a géré au printemps 🌸 son état d'urgence sanitaire dans un calendrier indépendant de l'état d'urgence du gouvernement.

Ce qui diverge dans les gestions européenne et japonaise

Le civisme nippon et la défiance gauloise

On doit vous avouer avoir hésité ici entre les termes de "civisme" et de "suivisme". Chacun aura sa préférence mais le résultat est qu'au Japon, tout le monde porte un masque 😷 quasiment tout le temps et se plie aux consignes sanitaires, sans broncher.
Quant aux manifestations anti-masques, elles ne sont que des épiphénomènes, telle celle dérisoire du 9 août à Shibuya, ou encore ce passager récalcitrant débarqué d'un avion ✈️ Peach.

En Occident, le combat n'est pas le même : on râle sur les gouvernements quand il n'y en a pas en stock, puis on rechigne à les porter lorsqu'ils sont enfin disponibles... Et encore, friche des réseaux sociaux mise à part, les rares mouvements "anti-libertés" en France ont été infiniment moins virulents qu'en Allemagne ou encore aux États-Unis.

Concernant les vaccins, autant les Français ont une forte défiance à leur égard (qui ne date pas du Covid-19), autant il s'agit d'un non-sujet au Japon. Le gouvernement a d'ores et déjà commandé 120 millions de doses au laboratoire britannique AstraZeneca pour vacciner toute la population d'ici au premier semestre 2021, probablement en prévision des Jeux Olympiques 🏅 d'été 2021 à Tokyo. Si c'est un ordre des autorités ou du patron, on se fera vacciner, point.

Des aides disparates

En France, pays de la redistribution, les aides sont abondantes et rapides ; les plans de relance se succèdent.

On ne pensait pas le gouvernement japonais aussi social, mais il a fourni un certain nombre d'aides inattendues depuis le début de la crise du Covid :

  • 100.000¥ (~815€) pour toute personne résidente au Japon ;
  • jusqu'à 2 millions de Yens (~16.293€) et une prise en charge du chômage partiel pour les entreprises ;
  • jusqu'à 1 million de Yens (~8.147€) pour les travailleurs indépendants qui ont pu justifier d'une baisse de chiffre d'affaires.

Seule cette dernière, étonnamment facile à obtenir (même en "orientant" ses chiffres), a été versée rapidement.
Les fameux 100.000¥ ont mis environ quatre mois à arriver sur les comptes des bénéficiaires. Quant aux aides aux entreprises, beaucoup les attendent encore aujourd'hui...

À noter que des aides locales ont pu être débloquées en sus par certaines préfectures.

Concernant le télétravail : chassez le naturel, il revient au galop. Le présentiel a la vie dure au Japon et une fois l'état d'urgence terminé fin mai, chacun a vite retrouvé ses petites habitudes, quand bien même on leur recommande d'éviter les lieux confinés tels que... les transports en commun bondés du matin !

Symptômes et accès aux tests

En France, la recherche des chaînes de contamination bat son plein, mais au Japon celui qui est malade reste "le clou qui dépasse".
Il y est encore difficile d'accéder à un test Covid, même après avoir vu un médecin et cela reste payant, y compris sur ordonnance. Par soi-même, sans passer par l'assurance santé, il n'est pas rare de devoir débourser environ 40.000¥ (~325,90€) !

C'est d'autant plus compliqué que, pour ne pas créer de gêne ou de désordre :

  • les Japonais peuvent avoir tendance à cacher leurs symptômes ;
  • les entreprises vont parfois "protéger le secret" de leurs salariés malades.

Pour compenser ces difficultés, certaines entreprises privées mettent en place et subventionnent des tests PCR pour tous leurs effectifs afin de faciliter le dépistage et l'isolation des cas positifs (d'après nos informations, Rakuten en ferait partie).

Ce que cela augure pour la suite de la pandémie de Coronavirus

La question qui cristallise tous les débats depuis mars est celle de la réouverture des frontières japonaises.

Jusqu'ici, le Japon est resté campé sur son système sur-protecteur qui le laisse dans son habituel "monde de Bisounours". Mais ce monde-là, qui sclérose le pays dans la peur et le rejet de l'étranger, crée de nombreux drames et, par effet boule de neige, des futurs morts en grand nombre.

Un certain nombre de Japonais qui s'expriment, par exemple sur les réseaux sociaux comme Twitter, se montrent ouvertement xénophobes et trouvent normal que les frontières restent fermées. Cela reste d'ailleurs logique à l'échelle de la culture historique du pays mais, s'il est difficile de connaître l'opinion réelle de la population (la majorité silencieuse), cela reste un total non-sens économique, ne serait-ce qu'avec leurs voisins asiatiques qui ont aussi bien géré la crise sanitaire.

L'industrie du tourisme, qui représente 7 à 10% du PIB et fait partie des grands plans de relance économiques depuis les années 2000 et pour les 20 prochaines années, souffre bien sûr terriblement de cette situation.

Même à l'échelle domestique, on assiste à des situations délicates :

  • dans les transports :
    • pour la 1ère fois de son histoire, le métro d'Osaka est devenu déficitaire cette année (100 millions de voyageurs en moins entre avril et juin et 6,2 milliards de Yens / ~50,5 millions d'euros de pertes) ;
    • JR East a annoncé réduire prochainement ses horaires nocturnes, devant la réduction du nombre de voyageurs en soirée pour cause de nomikai (soirées arrosées entre collègues) en berne ;
  • l'impact sur le marché du travail et les licenciements se fait déjà ressentir : on croise désormais du monde au supermarché en plein après-midi en semaine ;
  • on sent une légère montée du racisme envers les expatriés, avec plus de méfiance et de dévisagements, ou encore un contrôle des Zairyu cards qui semble plus fréquent : beaucoup de Japonais pensent toujours que ce sont les étrangers qui portent le virus.

Le Coronavirus nous rappelle aujourd'hui la grippe de Hong Kong qui a frappé le monde à partir de l'été 1968, tuant environ 1 million de personnes (dont 17 à 40.000 en France). Les flux migratoires étaient alors bien inférieurs, mais les gestes-barrière également. Après un an et demi, l'épidémie s'est arrêtée naturellement. Verra-t-on l'Histoire se reproduire avec le Covid-19 ?

Dernière mise à jour le 21 septembre 2020