Izumo Taisha (Shimane), Matsu no Sando, allée centrale réservée aux dieux Kami et à l'empereur

Les principales divinités du shintoïsme

Les dieux japonais Kami

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Baptisées kami en japonais, les divinités shintoïstes sont les protagonistes du culte shinto et de la fondation mythologique du Japon, de son territoire et de sa civilisation. Liés aux éléments naturels ou à des domaines importants de la vie quotidienne, ces dieux-esprits sont honorés au sein des sanctuaires et se comptent à l'infini.

Il est difficile de dater exactement la naissance officielle du culte shintoïste au Japon. On considère que son essor se confond avec l'apparition de la civilisation japonaise, à l’époque préhistorique Jomon, soit entre 13.000 et 400 ans avant J.C. environ.

Religion animiste et polythéiste, le shintoïsme ne présente ni fondateur, ni texte sacré officiels. Deux écrits majeurs existent cependant, considérés comme les plus vieux textes connus sur le sujet :

  • 古事記 Kojiki daté de 712 et que l'on intitule en français "Chroniques des choses anciennes" ;
  • et 日本書紀 Nihon Shoki rédigé en 720 et qui se traduit par "Chroniques du Japon".

Ces recueils retracent l’histoire du Japon avec ses mythes fondateurs majeurs ainsi que la chronologie des dieux shinto baptisés 神 kami. Ils reportent également par écrit les pratiques toujours respectées aujourd'hui, des rites et des cérémonies associées au culte de ces esprits divins.

Une infinité de dieux

Le mot "shintoïsme" que l'on écrit en japonais 神道 se traduit en français par "la voie des dieux" et définit l'existence d'une myriade de kami. On avance le chiffre de 8 millions pour exprimer le nombre quasi infini de divinités shinto au Japon. Sont honorés de nombreux phénomènes naturels comme les chutes d'eau ou bien les rochers ayant une forme particulière, ainsi que les éléments primaires comme le soleil, le vent et la terre.

La conception d’un kami se montre en réalité plus large que celle d’un simple dieu. Motoori Norinaga (1730 - 1801), un célèbre érudit japonais, en donne ainsi le sens suivant :

"Toutes les existences impressionnantes qui possèdent la qualité de l’excellence et nous inspirent un sentiment de crainte respectueuse sont appelées kami."

Définition issue de l’ouvrage Le shintô, la source de l'esprit japonais de Emiko Kieffer aux éditions Sully

De l'extérieur du Japon, une des portes d'entrées les plus communes vers les kami passe par les films d'animation de Hayao Miyazaki, au sein du Studio Ghibli, qui les exploite avec beaucoup de poésie.

Ces entités spirituelles subissent leurs humeurs à l'image des humains et sont capables d'accomplir de bonnes choses comme de mauvaises actions. Le bien ou le mal ne s'opposent pas et une divinité peut passer de l'un à l'autre au cours de son existence. Les mortels qui accomplissent de grandes choses, comme certains généraux de guerre ou intellectuels influents, peuvent à leur tour être déifiés et priés par leurs pairs.

Les sanctuaires shinto, que l'on nomme communément jinja, servent de lieux de culte pour les Japonais et de résidences de repos pour les esprits divins. On les trouve aussi bien coincés au coin d’une rue en ville, qu'abrités par une forêt toute entière. La plupart de ces sites consacrent plusieurs kami en même temps et il existe une hiérarchie au sein des sanctuaires au Japon dont les 2 plus importants et sacrés sont ceux d'Ise et d'Izumo.

Ces derniers organisent chaque année des festivals festifs baptisés matsuri. L'un des moments forts consiste à faire défiler les kami enchâssés au sein de chars portatifs appelés mikoshi dans les rues alentours, dans le but de bénir le quartier et sa population.

Meoto Iwa (Ise), les Rochers mariés, symbole du couple Izanagi et Izanami

Les principaux kami japonais

Afin de marquer le respect apporté à ces dieux et à leurs mérites, les Japonais emploient les suffixes honorifiques suivants pour les désigner :

  • 様 ouさま "-sama" ;
  • 命 ou 尊 "-no Mikoto" ;
  • 大神 pour "Okami" qui signifie "grand dieu" et qui n'est attribué qu'aux plus importants kami.

À noter que plusieurs possibilités d’écritures en kanji existent souvent pour chacune des divinités shintoïstes. Voici ci-dessous une sélection non exhaustive des principaux kami japonais, que l'on rencontre au gré des visites de sanctuaires au Japon ou bien via la culture populaire, notamment dans les jeux vidéo 🎮 et les mangas.

👫 Izanagi et Izanami (伊邪那岐 / 伊邪那美)

Respectivement dieu et déesse primordiaux, Izanagi et Izanami représentent le couple co-créateur du Japon tout en étant également jumeaux.

Depuis le pont flottant du ciel, ils remuèrent l’océan avec une lance céleste. Les gouttes de sel qui restèrent collées à celle-ci formèrent le premier bout de terre de l’archipel, qui appartient aujourd'hui à l'île d'Awaji dans le Kansai. Ils s’y installèrent et décidèrent de s’y marier, ce qui donna naissance aux autres îles du Japon ainsi qu’à d’innombrables kami.

Lorsqu'Izanami accoucha du dieu du feu baptisé Kagutsuchi, ce dernier la brûla si vivement qu’elle en perdit la vie. Izanagi partit alors la ramener du monde des morts mais il n'y parvint pas et dut fuir face à une troupe de démons lancée contre lui.

Sorti des enfers, il en boucha l’accès et alla se purifier dans une source d’eau, d’où naquit notamment sa fille Amaterasu. Ce lieu serait la rivière Isuzu-gawa, qui traverse le grand sanctuaire Ise Jingu dans la préfecture de Mie. Les gestes de purification des mains et de la bouche par l'eau sont ainsi devenus un passage habituel et obligatoire pour toute personne qui visite un sanctuaire.

Ise Jingu, vue du pont Ujibashi sur la rivière Isuzu-gawa relative au couple Izanagi et Izanami

☀️ Amaterasu (天照)

Déesse du soleil, Amaterasu sortit de l'œil gauche de son père lorsque ce dernier se purifia dans la rivière à Ise. Elle a notamment pour frère Tsukuyomi (ou Tsukiyomi), sorti de l’œil droit d'Izanagi et qualifié de dieu de la lune et de la nuit. Amaterasu représente la divinité la plus vénérée du shintoïsme et le drapeau national Hinomaru, qui symbolise un cercle de soleil rouge, lui fait directement référence.

Un célèbre récit mythologique raconte que, courroucée par Susanoo, un autre de ses frères, elle se réfugia dans une caverne, ce qui priva la Terre de soleil pendant de longues années. Afin de la faire sortir, les autres dieux imaginèrent un stratagème qui consista à lui faire croire qu’un autre soleil avait vu le jour. Pour cela, ils utilisèrent un miroir qui refléta ses propres éclats lorsqu'elle se mit à regarder dehors et sortit ainsi de sa grotte.

Une fois cet épisode terminé, Amaterasu envoya sur Terre un de ses petits-fils prénommé Ninigi pour gouverner le pays. Il descendit des cieux avec 3 reliques données par sa grand-mère :

  • le miroir Yata no Kagami, utilisé pour la faire sortir de sa caverne ;
  • l’épée Kusanagi no Tsurugi ;
  • et le collier de perles Yasakani no Magatama.

Ces 3 objets, caractérisés comme les plus sacrés du shintoïsme, sont préservés respectivement dans les sanctuaires d’Ise, d'Atsuta-jingu à Nagoya et au palais impérial de Tokyo.

🌪 Susanoo (素戔嗚)

Frère cadet d’Amaterasu, Susanoo est né du nez de son père Izanagi lorsque celui-ci alla se purifier dans la rivière à Ise. Dieu des tempêtes et destructeur de la nature par excellence, il est caractérisé par son côté très colérique tout en étant parfois capable d’actions positives.

Susanoo commença par gouverner le monde en collaboration avec sa sœur. Mais il provoqua tellement sa colère à maintes reprises qu'il déclencha la retraite de cette dernière au fond de la grotte.

Chassé du monde des divinités célestes suite à cet épisode très fâcheux, Susanoo descendit sur Terre et arriva dans la région d’Izumo. Il y sauva la jeune princesse Kushinada-hime des griffes du dragon à 8 têtes prénommé Yamata no Orochi et en fit son épouse. Dans la queue du dragon, il récupéra la fameuse épée Kusanagi no Tsurugi qu'il offrit ensuite à Amaterasu en guise de réconciliation.

Izumo Taisha (Shimane), statue de Okuninushi

🌾 Okuninushi (大国主)

Descendant de Susanoo, Okuninushi est le kami tutélaire du grand sanctuaire Izumo Taisha. Esprit bienfaisant et généreux dont le nom signifie "maître de la grande terre", il est notamment vénéré comme dieu de l’agriculture et de la médecine. Divinité spécifique à la région d'Izumo, Okuninushi se voit par la suite intégré au mythe national et au panthéon des dieux shinto les plus importants.

Suivant les récits du Kojiki, il endura de nombreuses épreuves avant de pouvoir gouverner la région d’Izumo. En lice avec ses 80 frères pour épouser la princesse Yagami-hime, il remporta sa main en portant secours au dieu-lapin 🐇 Inaba. Malades de jalousie, ses frères cherchèrent à le tuer par 2 fois, mais sa mère le ressuscita et l’envoya se réfugier dans les enfers baptisés Ne no Kuni où régnait Susanoo.

Là-bas, il tomba amoureux de Suseri-hime, fille du dieu des tempêtes et dut pour cela dépasser bien des difficultés imaginées par Susanoo. Il revint finalement sur Terre avec la bénédiction de son aïeul, parvint à vaincre ses frères et régna enfin en paix sur Izumo. Plus tard, il concéda son pouvoir à Ninigi envoyé par Amaterasu.

Au sein du bouddhisme syncrétique, Okuninushi se montre parfois associé à Daikokuten, également dieu de l’agriculture et l'un des 7 Dieux du Bonheur au Japon.

🦊 Inari (稲荷)

À l'origine divinité des bonnes récoltes dans un pays où la culture du riz est omniprésente, Inari est aujourd’hui prié comme dieu des affaires prospères. Il est l'un des kami les plus populaires et les plus représentés du Japon.

Au sein de la plupart des sites religieux, on croise des statues de renard 🦊 baptisé kitsune, qui est l'animal sacré messager d'Inari. Ce dernier tient parfois dans sa gueule une clé censée ouvrir les portes d'un grenier à céréales géant, qui renfermerait toutes les récoltes de l’univers. On le retrouve également habillé d’un bavoir rouge, ornement que portent également les statues de Jizo Bosatsu dans le bouddhisme japonais.

Son culte remonterait au début du VIIIe siècle et aurait été introduit par le clan Hata, une famille d’immigrés coréens qui fit d’un kami des champs sa divinité tutélaire et s'installa à Fushimi dans le sud de Kyoto. Le nom "Inari" serait d’ailleurs dérivé du mot "Inanari" qui signifie "la croissance du riz". Son sanctuaire principal est le très célèbre et majestueux Fushimi Inari Taisha.

Dans une conception syncrétique, Inari se montre également associé à des divinités féminines protectrices du bouddhisme baptisées les Dakini ou bien Mahakala, c'est-à-dire Daikokuten.

Fushimi Inari Taisha (Kyoto), statues de renard Kitsune, messager du dieu Inari

⚔️ Hachiman (八幡神)

Respecté comme le dieu de la guerre depuis l’époque féodale, Hachiman est principalement vénéré par la classe guerrière composée de samurai et de seigneurs. Plus de 40.000 sanctuaires baptisés Hachiman-gu et dédiés à son culte sont ainsi édifiés à travers le pays. Le kami se confond en une seule entité avec l'empereur historique Ojin (200 - 310).

Né dans la province de Buzen (actuelle préfecture de Fukuoka sur l'île de Kyushu), cette divinité fut d’abord associée à l’activité d’extraction du bronze. Le site spirituel Usa-jingu dans la préfecture d'Oita, fondé à l’époque de Nara (710 - 794), se dresse ainsi comme le chef de file des sanctuaires Hachiman-gu du Japon.

En 859, l'enceinte d’Iwashimizu, installée entre les villes de Kyoto et d'Osaka, devint un sanctuaire Hachiman-gu très influent auprès de la famille impériale alors établie à Heian-kyo (future Kyoto). Il est toujours considéré aujourd'hui comme le second lieu de culte lié aux ancêtres impériaux le plus important après celui d’Ise.

Hachiman est également connu pour être le kami protecteur du clan Minamoto. Le talentueux guerrier Minamoto no Yoshiie (1039 - 1106) aurait tenu sa cérémonie officielle d’entrée dans l’âge adulte au sanctuaire Iwashimizu Hachiman-gu ; ce qui lia définitivement le dieu à l’art de la guerre. Ensuite, le seigneur Minamoto no Yoritomo (1147 - 1199), qui accéda au pouvoir comme premier shogun de l'époque Kamakura (1185 - 1333), ordonna l'agrandissement du sanctuaire Tsurugaoka Hachiman-gu afin de remercier la divinité de l’avoir aidé durant le conflit contre le clan Taira.

⚡️Kaminari et 💨 Fujin (雷神 / 風神)

Divinités syncrétiques à la fois présentes dans le shintoïsme et le bouddhisme, Kaminari et Fujin sont respectivement les dieux du tonnerre et du vent.

Kaminari se montre plus connu sous son appellation bouddhiste : Raijin ou parfois Raiden. Il est représenté auréolé de 8 tambours qui symbolisent le bruit du tonnerre permettant de faire fuir les esprits néfastes. Dessiné le plus souvent avec un visage à l'air agressif, il ressemble ainsi à une figure guerrière et sert alors de gardien qui protège l'entrée des temples et sanctuaires.

Le dieu du vent, également baptisé Futen, a pour origine la divinité hindouiste Vāyu et est affublé sur ses épaules d'un large sac ou tissu chargé de vent. Peu vénéré en tant que divinité seule, Fujin est le plus souvent représenté aux côtés de Raijin, notamment au sein de la grande porte Kaminari-mon du temple Senso-ji d'Asakusa à Tokyo.

Senso-ji (Asakusa), statues des dieux Raijin et Fujin au sein de la porte Kaminari-mon

🐂 Tenjin (天神)

Divinité du ciel, de la calligraphie et de la littérature, Tenjin est le nom déifié de l'intellectuel et homme politique Sugawara no Michizane (845 - 903).

Historien, poète et professeur de littérature chinoise, cet érudit fut nommé ministre de la droite en 899 par l’Empereur du Japon. Il entra alors en rivalité avec le puissant clan Fujiwara qui, détenteur du poste 📮 de ministre de la gauche, n'accepta pas de partager le pouvoir avec un lettré issu de la classe moyenne.

Accusé à tord d'avoir comploté contre le pouvoir impérial, il partit en exil sur l'île de Kyushu et devint le gouverneur de Dazaifu. À sa mort, plusieurs incidents comme le décès prématuré du ministre Fujiwara ainsi qu'un incendie au palais firent penser à une vengeance de l’esprit de Michizane. Afin de le réhabiliter officiellement, il fut nommé à titre posthume ministre des affaires suprêmes et déifié en kami Tenjin. Le sanctuaire Dazaifu Tenmangu est ainsi bâti en son honneur afin que son âme puisse trouver le repos éternel.

Dieu des études auprès des jeunes, Tenjin est aujourd'hui prié par de nombreux écoliers et étudiants pour leur réussite scolaire et à la veille d'examens importants. Son animal sacré messager est le bœuf que les fidèles caressent pour se porter chance.

L'empereur du Japon comme descendant direct

Les empereurs du Japon dits Tenno ont longtemps été considérés comme des incarnations vivantes de dieux shinto. Le premier empereur légendaire Jinmu est d'ailleurs, selon la mythologie officielle, un descendant direct de la déesse Amaterasu. Les membres au pouvoir ont ensuite toujours été issus de cette même lignée de sang d'exception, dont l'actuel héritier au trône Naruhito.

Cette divinisation de l’Empereur et par extension du peuple japonais a conduit le pays au cours de son histoire à certains excès, justifications et expansions, notamment lors de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, l’Empereur a perdu son statut de divinité mais reste une figure importante, symbole de la nation unie et garante des rituels shinto ancestraux.

Le shintoïsme dispose par ailleurs dans son panthéon de bien d'autres créatures légendaires comme les tengu 👺 ou les yokai, qui peuplent le folklore japonais, ses contes et ses légendes.

Mis à jour le 24 février 2022 -