Nagoya
La grande ville sur la route du Tokaido
Nagoya est la capitale de la préfecture d’Aichi, située dans le centre de Honshu, au bord de la baie d’Ise au Japon. À mi-chemin entre Tokyo et Osaka, sa localisation en a fait un lieu stratégique, historiquement mais aussi économiquement. Souvent présentée comme la "ville la plus ennuyeuse du Japon", Nagoya est en général boudée des voyageurs. Si le centre-ville touristique se visite en 1 journée, on peut y rester 2 ou 3 jours et s’en servir comme base pour explorer ses environs, ou accomplir facilement des excursions à la journée dans les Alpes japonaises ou en bord de mer.
Nagoya est la plus grande ville de la région centrale du Chubu et la 4ème ville japonaise en terme de démographie, avec ses 2,2 millions d’habitants. Idéalement située entre les grands pôles touristiques et économiques du Kanto et du Kansai, elle constitue un nœud de transports pratique grâce à :
- l’aéroport international du Chubu dans la baie d’Ise au sud de Nagoya ;
- la gare JR de Nagoya, où les Shinkansen Tokaido entre Tokyo et Osaka marquent l’arrêt.
La ville elle-même dispose d’un réseau de 5 métros 🚇, d’un réseau ferré incluant des lignes JR et Meitetsu, de l’unique ligne Maglev du Japon (la Linimo) ainsi qu’un réseau de bus, dont les bus touristiques Meguru qui relient une 10aine de ses lieux touristiques les plus notables à la gare de Nagoya. Et l’on peut y circuler avec une carte IC, qu’elle soit Suica, Icoca, Manaca ou Toica.
Son attractivité a récemment été renforcée par l’ouverture du Parc Ghibli à environ 1 heure de son centre. Pourtant, elle est souvent boudée par les visiteurs étrangers qui ne font qu’y passer.
Nagoya, la ville la plus ennuyeuse du Japon ?
Cette réputation serait née d’un sondage lancé en 2016 à l’initiative de la mairie de Nagoya elle-même : les habitants de 8 "villes-clés" devaient désigner celles qui feraient les meilleures destinations touristiques. Or Nagoya est arrivée dernière dans presque toutes les rubriques du questionnaire, à cause des habitants de Nagoya eux-mêmes qui votaient pour Tokyo ou Kyoto mais pas forcément pour leur propre ville ! Les autres sondés, quant à eux, avaient tendance à voter pour leurs propres villes.
Cette attitude des gens de Nagoya est peut-être influencée par un phénomène d’évitement de Nagoya appelé Nagoya tobashi en japonais(名古屋飛ばし), qui daterait des années 1980. Le terme rend compte du fait que la ville est souvent "oubliée" des grands événements culturels ou populaires, mais aussi "sautée" dans le fonctionnement de certaines infrastructures. Ainsi, l’expression se répand dans les années 1980 car le 1er train Shinkansen 🚅 Nozomi de la journée n’a pas marqué l’arrêt à la gare de Nagoya pendant plusieurs années, pour que la liaison entre Tokyo et Osaka soit plus rapide. Aujourd’hui, l’usage de Nagoya tobashi s’étend au fait que la plupart des touristes étrangers ne font aussi que passer dans la région.

La ville au cœur de l’unification de l'archipel
Nagoya se situe dans l’ancienne province d’Owari (ouest de l’actuelle préfecture d’Aichi) et commence à prendre de l’importance autour de 1525 avec la construction d’une 1ère forteresse, saisie en 1532 par le clan Oda. Oda Nobunaga (1534 - 1582), le daimyo qui entreprend l’unification du Japon, est natif de Kiyosu d’où sa famille régnait sur la province, et il remporte sa 1ère grande bataille en 1560 à Okehazama, au sud-est de l’actuelle Nagoya.
Plus tard, son vassal devenu shogun Tokugawa Ieyasu (1543 - 1616) abandonne le château 🏯 de Kiyosu, et fait construire celui de Nagoya en 1609 pour défendre cette partie stratégique de la route du Tokaido entre Edo et Kyoto. Il y installe un de ses fils et la branche des Tokugawa-Owari jusqu’à la fin du shogunat.
Le modeste sanctuaire Toyokuni-jinja dans l’ouest de Nagoya marquerait le lieu de naissance du 2nd des 3 unificateurs, Toyotomi Hideyoshi (1537 - 1598). La région porte ainsi des traces fortes du passage de ces 3 grandes figures de l’histoire du Japon.
Dès le début du XXe siècle, la ville devient le 3ème centre industriel du pays avec notamment la création de Toyota, que célèbrent actuellement pas moins de 3 musées à Nagoya et ses environs ! L’effort de guerre en fait le centre névralgique de la production industrielle à visée militaire, avec notamment l’installation des usines aéronautiques de Mitsubishi et la production de munitions.
Le château sert de centre de commandement pendant la 2nde Guerre mondiale et constitue donc une cible pour l’armée américaine, qui le détruit en mai 1945. Le château actuel est une reconstruction de 1959.
Largement détruite par les bombardements, Nagoya se reconstruit selon un plan plus moderne, avec de grandes avenues rectilignes, et son industrie renaît de ses cendres grâce aux besoins de reconstruction. Son port accueille des installations de raffinement de pétrole et devient un grand pôle pétrochimique.
En 2005 la ville de Nagakute, à l’est de Nagoya, accueille l’exposition universelle d’Aichi sur le thème de l’écologie. Le site a été reconverti en parc et réinvesti par le Parc Ghibli, ouvert fin 2022.

Une gastronomie locale réputée
Nagoya dispose de sa propre gastronomie locale, appelée Nagoya meshi en japonais, qui se distingue particulièrement par son usage du miso et de la sauce soja shoyu. Ainsi, ses plats les plus fameux sont :
- hitsumabushi, un bol de riz couvert de filets d’anguille de Nagoya, qui ont mariné dans une sauce de soja sucrée et sont grillés en brochettes ;
- tebasaki, des ailes de poulet frites puis nappées d’un glaçage de sauce de soja sucrée-salée, et saupoudrées de poivre noir et de sésame ;
- miso katsu, de la côtelette de porc panée katsu présentée sur un bol de riz et nappée d’une sauce sucrée-salée au miso rouge fermenté hatcho miso ;
- tenmusu, un type d’onigiri 🍙 fourré à la crevette en tempura 🍤 ;
- les nouilles de blé kishimen, variantes plates des udon et servies en soupe ou à tremper dans une sauce.

Sumos et festivals
En termes d’événements culturels et sportifs, Nagoya peut se targuer d’accueillir chaque année :
- le Nagoya Basho, l’un des 6 grands tournois annuels de sumo professionnel, qui a lieu en juillet depuis 1958 à l’IG Arena, conçue par l’architecte japonais Kengo Kuma ;
- le Nagoya Matsuri, un festival consacré aux 3 "héros" de l’unification, dans une procession historique dont le point culminant est l’apparition de Nobunaga, Hideyoshi et Ieyasu. Il a lieu sur un week-end à la mi-octobre avec défilé de chars historiques, mais aussi de plus modernes et fantaisistes entre la gare, le château et le quartier Osu-Kannon (à échelle réduite en 2026 pour cause de Jeux para asiatiques) ;
- World Cosplay Summit : rassemble les cosplayers du monde entier depuis 2003, chaque été jusqu’en 2026, puis à la mi-novembre à partir de 2027 ;
Exceptionnellement, les Jeux asiatiques de 2026 (Asian Games) se tiennent du 19 septembre au 4 octobre 2026, suivis du 18 au 24 octobre de leur version paralympique.

Les incontournables de Nagoya en 1 jour
Malgré sa riche histoire et son importance stratégique, Nagoya présente des sites touristiques assez classiques, similaires à ce qui peut être vu ailleurs au Japon sans perdre en qualité d’expérience.
Ainsi, il est possible de ne passer qu’une journée bien remplie dans l’ancienne cité industrielle. En arrivant à la gare JR de Nagoya :
- Musée commémoratif de l'industrie et de la technologie Toyota à 1 station de train Meitetsu (Sakou) ou accessible en bus de tourisme Meguru. Installées dans d’anciens bâtiments d’usine textile, ses expositions rendent hommage à l’industrie locale, du métier à tisser aux voitures produites par Toyota, ainsi qu’aux diverses machines en rapport avec la construction automobile ;
- puis en retournant en direction du centre-ville, on passe par le jardin Noritake placé entre des édifices industriels préservés. Son musée est dédié à la porcelaine fine ;
- Shike-michi, son ambiance de l’époque Edo et la rue commerçante Endo-ji Shotengai sont l’endroit idéal pour faire une pause déjeuner ;
- le château de Nagoya, reconstruit en 1959, permet de découvrir les fastes d’une résidence shogunale, en particulier le palais Honmaru Goten rénové en 2018. Son donjon est inaccessible jusqu’en 2028 car en cours de reconstruction (en bois).
On peut ensuite poursuivre la balade sur Hisaya-dori et le quartier commerçant moderne de Sakae, pour du shopping ou admirer une architecture contemporaine décalée (Spaceship Aqua) ou monter dans la Mirai Tower pour une vue nocturne sur la ville. Près de la gare JR de Nagoya, la tour Midland Square propose également un observatoire avec vue panoramique appelé Sky Promenade, qui est le plus haut observatoire aérien du Japon.
Celles et ceux pour qui le shopping est superflu pourront s’intéresser au sanctuaire Atsuta-jingu, un des 3 sites Shinto les plus importants du Japon, situé au sud du centre-ville et réputé protéger 1 des 3 trésors impériaux : l’épée sacrée Kusanagi no Tsurugi. Ses bâtiments de bois imposants sont enveloppés dans une végétation dense.

Nagoya en 2 ou 3 jours
Une 2ème journée à Nagoya laisse le temps de compléter sa liste d’incontournables mais aussi de découvrir de discrètes pépites touristiques. Ainsi, 3 zones d’exploration peuvent être proposées :
- Le long de la ligne Linimo, qui dessert la banlieue est de Nagoya, en particulier Nagakute où se trouve le Parc Ghibli, qui va rythmer l’organisation de la journée en fonction des horaires d’entrée obtenus à la réservation à l’avance. Le reste du temps peut être passé à une des attractions culturelles ou historiques comme le Musée Toyota de l’automobile, le Musée préfectoral de la céramique et même un onsen ♨️.
- Le long de la ligne de bus touristique Meguru : celle-ci dessert le château et jusqu’au jardin Tokugawa-en, qui abrite également le Tokugawa Art Museum dédié aux shoguns. En cours de route, faites escale au "Chemin de la culture" Bunka no Michi Futaba Museum pour replonger dans l’architecture Art déco de l’ère Taisho (1912 - 1926), également représentée par Shumokukan et le musée de la céramique de Nagoya, dont l’extérieur n’est pas sans rappeler celui de l’hôtel Marufukuro de Kyoto.
- La zone du port : au sud de la ville, il s’étend sur des polders et plaira davantage aux familles avec jeunes enfants. Celles-ci pourront s’amuser au parc d’attractions Sea Train Land ou encore au Legoland Japan, encore plus au sud sur le polder Kinjofuto. Non loin de là, la technologie Maglev s’expose dans son propre musée le SCMaglev and Railway Park.
Les amoureux de l’époque Edo pourront se rendre à Arimatsu, au sud-est de Nagoya, pour apprécier un quartier à l’architecture de l’époque Edo préservée, et son festival Arimatsu Shibori en juin qui rend hommage à une technique locale de teinture par nouage. Non loin de là se trouve le Parc de la bataille d’Okehazama, qui conserve le souvenir du daimyo Oda Nobunaga.

Autour de Nagoya
Grâce à sa situation géographique privilégiée, Nagoya peut servir de base pour explorer la région du Chubu et ses environs par des excursions à la journée vers des destinations classiques :
- dans les Alpes japonaises, avec accès :
- en moins d’1 heure de train à la randonnée Nakasendo et la vallée de Kiso ;
- 2 heures de train jusqu’à Takayama ;
- voire jusqu’à Shirakawa-go en moins de 3 heures de bus directs Meitetsu ;
- le grand sanctuaire Ise Jingu et la péninsule de Shima (1h30 de train direct jusqu’à Iseshi) dans la préfecture de Mie, terre de pèlerinage et de somptueuses vues sur le littoral.
D’autres sorties à la journée sont recommandées aux habitués du voyage dans l’archipel, comme :
- Inuyama (environ 40 minutes de train Meitetsu) est à découvrir pour son château japonais authentique ainsi que sa rue commerçante traditionnelle d’avant-guerre Honmachi-dori. À proximité, le parc architectural en plein-air Meiji-Mura préserve des bâtiments témoins de la rapide modernisation du Japon pendant l’ère Meiji (1868 - 1912) dont une partie de l’Hôtel Impérial conçu par Frank Lloyd Wright et ouvert en 1923.
- La ville de Toyota, berceau de la marque automobile, abrite le musée Toyota Kaikan Museum (environ 50 minutes de train Meitetsu).
- La ville de Nishio, au sud-est de Nagoya (environ 50 minutes de train Meitetsu), est réputée pour sa production de matcha 🍵. En complément de ses plantations de thé, on peut y visiter le musée Saijouen consacré à la poudre verte et faire une escapade dans la baie de Mikawa pour découvrir l’île artistique de Sakushima.
Nagoya est donc loin d’être une ville ennuyeuse, à condition que l’on cherche à approfondir sa connaissance du Japon et que l’on sache tirer partie de sa localisation centrale. Si elles ne révolutionnent pas le tourisme, les perles y sont nombreuses et l'on peut également citer le quartier autour du temple Osu-Kannon au sud du château, ou encore les insolites Bouddha vert du Togan-ji et Bouddha rouge de Kosho-ji. Chaque visiteur peut y trouver son compte, que l’on soit en famille, entre amis ou en voyage solo.

