Rue à Tokyo, poisson-chat Namazu représenté sur les panneaux de prévention en cas de séisme

La légende de Namazu

🐟🐈 Le poisson-chat Ă  l'origine des sĂ©ismes au Japon

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Namazu est le poisson-chat légendaire sur lequel repose l'archipel japonais, à l'origine des nombreux tremblements de terre qui frappent le Japon lorsqu'il se met à bouger. Selon la légende populaire de l'époque Edo, il est maintenu immobilisé sous terre par une pierre sacrée qui lui a été plantée par le dieu Takemikazuchi. On retrouve sa figure réguliÚrement utilisée dans la culture populaire japonaise.

Archipel volcanique dressĂ© Ă  la rencontre de 4 grandes plaques tectoniques, le Japon connaĂźt depuis toujours des sĂ©ismes plus ou moins forts et destructeurs. La population, qui a tentĂ© d'expliquer ces phĂ©nomĂšnes naturels alĂ©atoires bien avant le dĂ©veloppement des connaissances scientifiques, les a ainsi intĂ©grĂ©s au catalogue de son folklore traditionnel. Les diffĂ©rents rĂ©cits mythologiques y faisant rĂ©fĂ©rence dĂ©taillent l'idĂ©e principale que le pays repose sur l'Ă©pine dorsale d'une bĂȘte monstrueuse associĂ©e Ă  l'eau et dont les mouvements seraient Ă  l'origine des secousses rĂ©guliĂšres de la terre.

D'abord dragon 🐉, l'animal gĂ©ant sur lequel se trouve le Japon se transforme au fil des siĂšcles en poisson 🐟-chat 🐈 baptisĂ© namazu (鯰) en japonais. En effet, ce gros poisson carnassier dotĂ© de barbillons autour de la bouche, qui vit dans les profondeurs des lacs d'eau douce et que l'on connaĂźt en Europe sous le nom de silure, s'avĂšre sensible aux champs Ă©lectriques gĂ©nĂ©rĂ©s en souterrain. De cette façon et pour l'Ă©poque, on aurait conclu Ă  leur causalitĂ© concernant la survenue de tremblements de terre, aprĂšs avoir observĂ© des namazu s'agiter Ă  la surface de l'eau juste avant un Ă©pisode.

La lĂ©gende de Namazu apparut au XVe siĂšcle puis devint trĂšs populaire au cours de l'Ă©poque Edo (1603 - 1868), notamment Ă  la suite des 3 grands sĂ©ismes de l'Ăšre Ansei qui se produisirent entre 1854 et 1855, dont un de magnitude 6,9 qui frappa l'ancienne capitale fĂ©odale (actuelle Tokyo). À cette pĂ©riode et pour se protĂ©ger d'autres futures catastrophes, les auteurs d'estampes japonaises ukiyo-e publiĂšrent une sĂ©rie de reprĂ©sentations du poisson-chat baptisĂ©es namazu-e (鯰甔). Ces derniĂšres relatent de maniĂšre illustrĂ©e l'histoire lĂ©gendaire et servent Ă©galement de talisman omamori pour demander la protection du dieu du tonnerre Takemikazuchi (ć»șćŸĄé›·).

Estampe Namazu-e, divinitĂ© Takemikazuchi avec la pierre Kaname-ishi sur la tĂȘte du poisson-chat

La soumission par le kami Takemikazuchi

Takemikazuchi est une divinitĂ© kami guerriĂšre hĂ©roĂŻque, connue pour avoir rĂ©ussi Ă  immobiliser le poisson-chat gĂ©ant responsable des sĂ©ismes au Japon. Pour cela, il lui Ă©pingle sur la tĂȘte la pierre sacrĂ©e kaname-ishi (èŠçŸł), sorte de clĂ© de voute essentielle qui, enterrĂ©e dans le sol, empĂȘche Namazu de bouger et donc de provoquer des secousses.

On peut voir le symbolique monolithe kaname-ishi toujours plantĂ© dans le sol au sein du grand sanctuaire Kashima-jingu (éčżćł¶ç„žćźź) situĂ© dans la prĂ©fecture d'Ibaraki, au nord-est de Tokyo. Cette ancienne enceinte shinto consacre le kami Takemikazuchi, Ă©galement connu sous le nom de Kashima daimyojin ou Kashima no Kami. Il est par ailleurs la divinitĂ© tutĂ©laire de la famille Fujiwara, un puissant clan de l'AntiquitĂ© japonaise, pendant les pĂ©riodes de Nara (710 - 794) et Heian (794 - 1185).

Mais l'Ă©treinte sur Namazu reste faillible et mĂȘme le dieu du tonnerre ne peut totalement empĂȘcher la crĂ©ature de se mouvoir. Ainsi, certaines estampes namazu-e de l'Ă©poque Edo critiquent cette faiblesse inhĂ©rente du kami qui se distrait parfois et relĂąche sa prise, ce qui entraĂźne un sĂ©isme. D'un autre cĂŽtĂ©, le poisson-chat n'est pas forcĂ©ment de mauvaise augure pour la population et ses mouvements de destruction peuvent finalement apporter une certaine richesse aux travailleurs, notamment Ă  ceux qui sont chargĂ©s de reconstruire. De cette façon, certaines estampes prĂ©sentent le poisson-chat en compagnie de Daikokuten, l'une des 7 DivinitĂ©s japonaises du Bonheur.

Namazu pourrait Ă©galement symboliser le yin et le yang et provoquer des sĂ©ismes lorsque l'Ă©quilibre cosmique n'est pas respectĂ©. De cette façon, certains habitants d'Edo voyaient dans les grands sĂ©ismes de l'Ăšre Ansei une consĂ©quence de l'actualitĂ© troublĂ©e de l'Ă©poque dite "Bakumatsu", marquĂ©e par de nombreux enjeux politiques et commerciaux qui entraĂźnĂšrent la chute du pouvoir shogunal et le retour de l'empereur seul Ă  la tĂȘte du pays.

Pokemon Barbicha (Numazun)

Namazu dans la culture contemporaine

De nos jours, la figure de Nazamu et sa relation traditionnelle avec les séismes est réguliÚrement reprise par les institutions japonaises, notamment pour illustrer les panneaux d'indication de circulation en cas de gros tremblements de terre comme à Tokyo (photo de une). L'agence météorologique japonaise a également déjà utilisé le poisson-chat pour communiquer à propos de la sismicité de l'archipel.

Au sein de la culture populaire, les représentation de Namazu sont nombreuses. On peut citer le Pokemon Barbicha (baptisé Namazun en japonais) qui fait directement référence au poisson-chat et à ses facultés à provoquer des secousses sismiques.

En France, le parc Vulcania en Auvergne inaugure en 2021 une nouvelle attraction ludo-pédagogique baptisée Namazu, qui sensibilise les plus jeunes au phénomÚne naturel des tremblements de terre.

Mis Ă  jour le 11 mars 2024 -