Joren-ji (Tokyo), statues des 7 dieux du bonheur dans les jardins du temple

Les Sept Divinités du Bonheur

Les dieux Shichifukujin au Japon

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Baptisés Shichifukujin au Japon, les 7 Dieux du Bonheur sont les populaires Benzaiten, Bishamonten, Daikokuten, Ebisu, Fukurokuju, Hotei et Jurojin connus de tous les Japonais. Issu de divers courants religieux, ce groupe de divinités unique au monde est prié à la fois dans les temples et les sanctuaires de l'archipel pour se porter chance.

En japonais, le mot 七福神 Shichifukujin désigne les Sept Divinités du Bonheur et peut se découper ainsi :

  • shichi traduit le chiffre 7 qui est un nombre porte-bonheur ;
  • fuku signifie "chance" ou "bonne fortune" ;
  • et 神 jin prend ici le sens de "divin" ou "divinité".

Les dieux Benzaiten, Daikokuten, Ebisu, Bishamonten, Hotei, Fukurokuju et Jurojin proviennent à la fois des religions shintoïste, bouddhiste, hindouiste et taoïste. Il s’agit d’un mélange unique comme le Japon en est capable grâce à sa propension au syncrétisme religieux. Tous ensemble, ils évoquent la chance, le bonheur et la bonne fortune. Chaque métier dispose par ailleurs de son protecteur dédié parmi les sept déités que l'on peut donc prier chacune individuellement ou bien en groupe.

L’importance des Shichifukujin se développe à la fin du Moyen Âge japonais, dans une société qui cherche de manière avide la prospérité. Certaines divinités rejoignent le cercle plus tard, au fil des périodes historiques. Il est avéré que les croyances autour de 7 dieux actuels sont pratiquées depuis le début du XVIème siècle au Japon.

Le pèlerinage des Shichifukujin pour bien commencer l'année

Les 7 Divinités du Bonheur occupent une place importante dans le culte quotidien des Japonais, en particulier pendant le Nouvel An. Le changement d'année se traduit en général par une première visite rituelle au sanctuaire ou au temple de son quartier, appelée hatsumode.

Celles et ceux qui souhaitent se garantir davantage de félicité et de réussite pour les 12 mois à venir peuvent à la place effectuer le pèlerinage des Shichifukujin (七福神巡り Shichifukujin meguri en japonais) qui consiste à visiter, dans une zone géographique délimitée, les 7 temples et sanctuaires rattachés à chaque divinité. Certains de ces itinéraires se montrent très fréquentés chaque début janvier comme à Kamakura, à Kobe, à Kyoto (on parle alors de 都七福神 Miyako Shichifukujin) ou encore dans les arrondissements de Minato et d'Ota (quartier Ikegami) à Tokyo.

Kobe, statues des 7 dieux du bonheur dans la rue

À la manière des carnets de tampons goshuin où l'on collectionne les magnifiques calligraphies des temples et sanctuaires visités, le pélerinage des Dieux du Bonheur donne également l'occasion de récupérer sur papier les sceaux de chaque divinité honorée.

Une autre coutume veut que les enfants placent sous leur oreiller, pendant la nuit du 1er janvier, une image traditionnelle qui représente les 7 personnages divins dans un bateau à voile baptisé 宝船 Takarabune en japonais. Ainsi, leur premier rêve de l'année, qui est très important au Japon, sera de bonne augure et servira à porter chance aux 365 jours restants.

La représentation de la richesse et du bonheur au Japon

La mythologie japonaise représente le club des 7 embarqués à bord d'un navire sur les flots et muni de nombreux attributs traditionnels qui évoquent :

  • la richesse comme l'or, le poisson et le riz ;
  • la longévité avec des animaux emblématiques tels que la grue ou la tortue ;
  • l'opulence avec la présence de sacs et de bourses bien remplis ;
  • ainsi que des objets aux pouvoirs magiques qui permettent de réaliser les vœux des fidèles comme un manteau ou un chapeau d'invisibilité ou encore une clé sacrée.

Chaque divinité possède ses propres attributs, une attitude et une personnalité particulière afin de rester facilement reconnaissable par tous et quelque soit l'endroit où elle est consacrée. Voici ci-après une présentation générale de chacun des Sept Dieux et de leurs pouvoirs distinctifs.

Benzaiten (弁財天)

La déesse des arts, de l’éloquence et de l’érudition est l’une des divinités les plus populaires et la seule femme du groupe. Protectrice du bouddhisme japonais et pourvoyeuse de richesses, Benzaiten ou Benten se dresse également comme une guerrière extrêmement puissante.

Souvent liée à l’eau, elle est fréquemment représentée jouant du biwa, un instrument de musique traditionnel à cordes, et parfois avec des armes lorsqu’elle est dotée de plusieurs bras.

Chikubushima (lac Biwa, Shiga), statue de Benzaiten avec plusieurs bras

Bishamonten (毘沙門天)

Dieu de la guerre et de la chance, Bishamonten trouve ses origines dans l’hindouisme et est arrivé au Japon par la Chine. Également connu sous le nom de Tamon-ten (多聞天), il est le plus important des Quatre Rois célestes, gardiens Shi-Tenno des points cardinaux dans les temples bouddhistes. Doué d’une ouïe extrêmement fine, il protège le monde de l'arrivée des démons en surveillant le nord.

Paré d'une armure de style chinois et d'une lance, on le retrouve généralement représenté avec une pagode miniature dans les mains, puisqu’il est aussi un protecteur de la loi bouddhiste.

Ebisu (恵比須)

Dieu de la pêche, de l'agriculture et du commerce, Ebisu est considéré comme la seule divinité purement japonaise parmi les 7 Shichifukujin, avec des origines shintoïstes.

Dans une société japonaise où le poisson 🐟 et les produits de la mer représentent une nourriture toute particulière, il est l'un des Dieux du Bonheur les plus honorés à travers l'archipel. La capitale tokyoïte possède d'ailleurs un quartier éponyme qui en a fait son emblème.

On le représente avec une canne à pêche et un gros poisson dans la main, souvent une brème ou une dorade. Sa statue se retrouve fréquemment exposée dans les commerces au Japon car il apporte le succès dans les affaires. Il est souvent associé à Daikokuten qui lui ressemble.

Daikokuten (大黒天)

Dieu de la richesse, de l’agriculture et pourvoyeur de nourriture, Daikokuten garantit l’abondance et la prospérité au peuple. Il va souvent de pair avec Ebisu dont il est proche dans ses fonctions. D’origine indienne, il est également protecteur de la loi bouddhiste.

Représenté assis sur de grands sacs rempli de riz, il est équipé d'un maillet qui exauce les souhaits des fidèles. Dans certains sanctuaires et temples au Japon, le maillet de Daikokuten sert à tirer les papiers omikuji qui annoncent bonne ou mauvaise fortune. Comme il favorise les échanges commerciaux, on retrouve souvent sa statue sur les comptoirs et devantures de boutiques.

Kongo-ji (Shakujii-gawa, Tokyo), statue de Daikokuten dans les jardins du temple

Hotei (布袋)

Patron de l'économie, de la philanthropie, de la satisfaction et de la bonne santé, Hotei est un moine zen semi-légendaire issu du bouddhisme chinois et présent dans la religion taoïste.

Doté sur les épaules d'un gros sac, il amasse des trésors qu'il redistribue ensuite aux personnes pour les rendre heureuses. Certaines thèses zen expliquent néanmoins que le sac est en réalité vide afin d'apprendre à se contenter de ce que l'on a. Sa représentation est proche du bouddha chinois, c'est-à-dire avec un gros ventre rond et nu (que l'on frotte pour se porter chance) ainsi qu'un visage toujours très souriant et empreint de bonté.

Fukurokuju (福禄寿)

Divinité de la santé et de la longévité, Fukurokuju est tiré de la religion taoïste. Il est représenté sous les traits d’un vieil homme de petite taille et avec un front démesuré, symbole de chance et d’immortalité dans le taoïsme. On le retrouve souvent accompagné d’une grue ou d’une tortue, animal caractéristique de longévité au Japon.

Sous sa forme humaine, il serait capable de vivre sans manger et en tant que Dieu, il pourrait ressusciter les morts. On l’associe aussi souvent à Jurojin.

Jurojin (寿老人)

Autre dieu de la longévité issu du taoïsme, Jurojin est également dessiné sous l’aspect d’un vieil homme accompagné d’une grue ou d’un daim. Il possède un parchemin ou un sutra (texte sacré pour la prière bouddhiste) où seraient inscrits les secrets de la longévité et de la sagesse du monde. Fukurojin et Jurojin auraient cohabité dans le même corps, d’où la confusion fréquente entre ces deux divinités.

Mis à jour le 03 janvier 2022 -