Yokai : quelques esprits japonais du folklore

Le folklore, tout comme les rituels, peut servir à expliquer des phénomènes naturels voire à maintenir l'ordre social. En effet les contes, les légendes et toute forme de narration moralisatrice permettent d'expliquer ce qui ne se déroule plus correctement dans la société ou dans la nature. En effet, il faut parfois faire peur ou faire croire pour que l'obéissance suive ; pour empêcher aux enfants de se balader seuls ou de faire confiance aux inconnus, on peut par exemple leur lire Le petit chaperon rouge (entre autres interprétations).

Voici donc, dans cet ordre d'idée, quelques 妖怪 yokai et autres esprits japonais effrayants. Ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est que les Japonais sont très doués pour créer des histoires à se glacer le sang à partir d'éléments pourtant simples.

Akateko (赤 rouge, 手 main, 児 petit enfant) est une... main d'enfant rouge qui pend à un arbre, seulement accrochée à une branche par un ligament — bien qu'en réalité personne ne sache à quoi cette main est attachée. Originaire de la région de Aomori dans le nord de Honshu, la main tombe de l'arbre quand une personne s'en approche. Akateko porte malheur à qui le rencontre : il peut faire un simple croche-patte ou donner une forte fièvre. Quoi qu'il arrive, les personnes qui le croisent n'en ressortent pas indemnes.

Taka Onna たか女 est un esprit ressemblant à une femme ordinaire, mais qui s'étire à tel point qu'elle finit par ressembler à un long serpent. Connue pour utiliser cette capacité afin de fixer l'intérieur des maisons à travers la fenêtre, on dit aussi d'elle qu'elle ne cherche qu'à observer les personnes jalouses et les femmes peu attirantes, les poursuivant ou les dupant pour mieux se venger d'elles. D'autres légendes disent que les Taka Onna ne scrutent que les personnes allant dans des lupanars.

Onmoraki 陰摩羅鬼 naît d'un mort qui n'a pas reçu des funérailles décentes. Bien qu'enterré, l'esprit du mort recherche la vengeance pour la négligence dont il a été victime. Ce yokai a le don de d'effrayer suffisamment les prêtres superstitieux qui accordent temps et importance à chaque enterrement. Peut-être que la peur de se faire hurler dessus par un démon mi-oiseau mi-homme habité par l'âme du mort a raison de leur paresse.

Kubikajiri 首かじり est un monstre sans tête qui erre et mange la tête des personnes qu'il rencontre ou celle des morts. Se promenant dans les cimetières la nuit, il passe pour un homme normal jusqu'à ce que l'on frissonne face à l'étrange silhouette sans tête qui se rapproche. Il empeste l'odeur du sang et ne s'arrêtera que lorsqu'il aura retrouvé sa propre tête.

Ikiryo 生霊 est le double de soi lorsqu'une personne ressent une émotion si intense que son âme se détache de son corps et apparaît sous une forme éthérée. Il hante des lieux ou des personnes, vagabonde jusqu'à ce que la personne retrouve le repos, l'esprit reprenant alors sa place. Ressemblant fortement à un épisode dissociatif (dépersonnalisation), ce fantôme servait à expliquer tout ce que le corps pouvait faire d'anormal, à justifier des émotions ou pulsions inexplicables, ou quand une personne ressentait la présence d'une autre près d'elle.

Yama Uba 山姥 pourrait s'apparenter dans notre folklore à une sorcière de contes anciens : elle change d'apparence pour mieux tromper qui a le malheur de croiser sa route en forêt. Vêtue d'un kimono en haillon, vieille et mal peignée, elle mange ses victimes et est bien plus souvent maléfique que bénévolente.

Ittan Momen 一反木綿 n'est pas un yokai humanoïde comme ceux présentés ci-dessus. C'est un long morceau de coton qui vole, s'entoure autour d'une personne et l'étouffe comme un boa. Le rencontrer finit toujours mal pour la victime qui, dans le meilleur des cas, aura subi un long moment de suffocation avant de pouvoir s'en sortir.

Ushi Oni 牛鬼 est un démon qui a la forme d'un crabe-araignée : les pattes sont très longues et pointues, alors que la carapace ressemble au visage d'un homme. Il vit dans l'eau, attire les gens qui marchent le long des côtes pour les tuer. Il est très cruel et peut attaquer en groupe, propager des maladies et même ravager les espaces proches de son repaire.

Le folklore japonais est rempli de bien plus de créatures que peut l'être le folklore européen. Il reste entretenu par la culture populaire qui se plaît à en créer d'autres, par le biais des religions ou par inspiration puisée hors des frontières nippones.

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