Femmes en yukata lors du Sanja Matsuri à Tokyo

Kimono et yukata

👘 Les tenues traditionnelles japonaises

Tous les Japonais, hommes ou femmes, de tous âges et potentiellement les enfants dès qu'ils savent marcher, sont amenés à porter un kimono 👘 ou un yukata au moins une fois dans leur vie. Si leur usage n’est plus quotidien, les Japonais apprécient de les revêtir pour des occasions spéciales, voire formelles ou pour le plaisir, notamment en été.

Dans l’imaginaire collectif occidental, le kimono est soit un vêtement de sport, soit une robe de chambre luxueuse aux couleurs chamarrées, ou éventuellement la tenue d’apparat des geishas. Le yukata est quasiment inconnu ou confondu avec le kimono. Ce sont en réalité deux types de vêtements appartenant à la gamme des wafuku (和服), les vêtements à la japonaise, définie en opposition à celle des vêtements à l’occidentale (yofuku 洋服).

Comment différencier un kimono d'un yukata ?

Kimono et yukata sont tous deux de longues robes traditionnelles japonaises, qui se ferment sur le devant et sont maintenues par une ceinture appelée obi (帯). Ils sont conçus selon le même patron en T qui s'assemble facilement grâce à des lés de tissus aux dimensions standardisées. Ils se différencient principalement par leur usage.

Kimono

Kimono (着物) signifie littéralement "chose qu’on porte". Il est généralement privilégié pour des occasions particulières telles que :

  • la cérémonie de la majorité (seijin no hi),
  • la participation à des activités traditionnelles (cérémonie du thé, théâtre No ou kabuki),
  • mais aussi pour un mariage ou un enterrement,
  • voire même pour le plaisir.

Le style des motifs, le choix des couleurs, etc., variant bien sûr en fonction des circonstances.

Le kimono est confectionné le plus souvent en tissus onéreux ou précieux (comme la soie) et tissé grâce à des techniques élaborées (le brocart par exemple), décoré de motifs sophistiqués dont la symbolique peut être forte.

Le vêtement de sport keikogi (稽古着) quant à lui, appelé abusivement kimono en occident, n’a sa place que dans les dojos d’arts martiaux.

Yukata

Yukata (浴衣) signifie "vêtement de bain", et fait partie de la garde-robe d'été. C'est une des tenues favorites des Japonais pour assister aux festivals traditionnels. Contrairement au kimono, il peut se porter à même la peau. Il se veut plus léger et plus adapté aux températures de l’été, mais aussi plus décontracté. Il est souvent en coton, voire en polyester et offre une grande liberté dans le choix des motifs.

Femme habillée en kimono pour la cérémonie du thé à Kyoto

Un peu d’histoire

Le kimono

La forme actuelle du kimono, dite kosode (小袖 "petites manches"), s’impose aux XVIe et XVIIe siècles, après une simplification progressive des styles vestimentaires typiquement japonais développés depuis l’époque de Heian (794 - 1185). Le kimono devient un vêtement universel, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, et porté au quotidien par toutes les classes de la société, à l’exception des guerriers.

Pendant l’époque d’Edo (1603-1868), les lois dites "somptuaires", édictées par le gouvernement shogunal, définissaient comment porter le kosode et quels motifs, matières, techniques de tissage ou couleurs étaient permis selon la classe sociale, le métier, le genre, le statut marital, etc. Le vêtement servait ainsi de carte d’identité sociale. Vers la fin de l’époque d’Edo, la complexité de la codification générale du port du kimono était telle que les marchands devaient éditer d'épais catalogues pour aider leurs clients à choisir le vêtement approprié.

L’ère Meiji (1868-1912) marque l'introduction du vêtement à l’occidentale dans la garde-robe japonaise, d’abord porté tel quel en signe extérieur de modernité, puis associé avec les vêtements de style japonais. C’est d'ailleurs à cette époque que débute la partition entre wafuku et yofuku, et que le terme "kimono" est forgé et remplace kosode.

La rencontre avec d’autres civilisations a nourri et continue de faire évoluer ce vêtement traditionnel, qui comme ses nombreux homologues de par le monde, qu'il soit masculin ou féminin, véhicule un message. L’importance du symbole est forte et se manifeste de diverses façons qui ne s’excluent pas :

  • la longueur des manches est un indice sur le statut marital des femmes,
  • les motifs indiquent l'érudition du porteur de kimono ou sont recherchés pour leur valeur propitiatoire,
  • les tissus et techniques de tissage mettent en évidence l'aisance matérielle,
  • etc.

Et c'est encore vrai de nos jours.

Japonaises en yukata dans les rues de Kinosaki Onsen

Le yukata

L'histoire du yukata semble moins complexe que celle du kimono. Son usage aurait débuté au cours de l’époque de Heian (794 - 1185), au sein de la noblesse. Comme il était fréquent que plusieurs personnes en même temps pratiquent des ablutions rituelles, le port du yukata s'est développé avec pour but principal de cacher la nudité des corps. Il était originellement en chanvre car c’est une matière qui sèche vite. Son usage se répand au reste de la société lors de la période d’Azuchi-Momoyama (1573-1603) : on l’utilise alors en sortie de bain, comme vêtement pour se sécher. C’est au début de l’époque d’Edo qu'il entre dans la garde-robe quotidienne du peuple.

Au départ vêtement de bain, puis sortie de bain et même vêtement de nuit, le yukata était normalement un vêtement réservé à l'intérieur du foyer. Cependant, à partir de l’époque d’Edo, les usages se sont un peu assouplis, et on a commencé à le porter le soir pour des matsuri ou des feux d’artifices, dans les endroits où aucune apparence formelle n'était nécessaire.

Le yukata est progressivement devenu un accessoire de mode avec lequel on sort, à tel point que l'étiquette actuelle du yukata inclut le port de sous-vêtements. Ceux-ci peuvent être de style occidental, mais le sous-vêtements de style japonais, comme le hada juban (肌襦袢 "vêtement de peau") sont recommandés.

De vêtement de chanvre ou de coton blanc teinté ou orné de motifs à la coloration traditionnelle indigo (bleu foncé), le yukata a intégré une large gamme de motifs et de teintes au fil de ses évolutions progressives et de l’influence du vêtement occidental. Aujourd’hui, la plupart sont fabriqués industriellement, en coton, ou en tissus composés de mélange de chanvre et de polyester.

Attention, les yukata fournis par les ryokan et hôtels 🏨 de luxe sont à utiliser dans leurs locaux ou à proximité immédiate. Comme leurs prédécesseurs, ils sont destinés à cacher la nudité à la sortie du bain, entre les bains, ou à servir de chemise de nuit. En-dehors des villes de onsen ♨️, évitez donc de vous promener avec !

Des kimonos et yukata exceptionnels

Le port du kimono ou du yukata concerne toute la société japonaise mais certains des vêtements traditionnels, bien qu'ayant les mêmes origines, seront réservés à des personnes exceptionnelles par leurs fonctions ou leur rôle. Voici quelques exemples non-exhaustifs, mais présents dans l'imagerie folklorique qui peut entourer cette robe traditionnelle japonaise.

Maiko et Geiko en kimono lors de Setsubun en février à Kyoto

La Geisha

Quand on évoque le kimono, l'image qui apparaît certainement à la plupart d'entre nous est celle de la geisha ou de la courtisane des estampes. Les geisha et leurs apprenties, les maiko, revêtent en effet cette tenue quasi-quotidiennement, mais elles en ont adopté des versions codifiées, assez différentes de celles portées par la population générale, et adaptées à leur profession d'artistes.

Leur robe est généralement plus longue que celle d'un kimono normal, pour former une traîne, le bas du vêtement devant être tenu à la main pour se déplacer. Un kimono de geisha est une véritable œuvre d'art, fabriquée dans des tissus extrêmement coûteux. Chaque détail de la tenue, de la couleur d'une lanière de chaussure au peigne ornemental, en passant par la couleur du col ou le type de maquillage, comporte une symbolique qu'il peut être intéressant de tenter de déchiffrer. Certains éléments sont portés en fonction de la saison, comme une décoration à base d'épi de riz en début d'année, d'autres en fonction du stade d'apprentissage de la maiko, comme le maquillage, tel type de nœud d'obi, le type de coiffure, etc.

En règle générale, comme dans la société civile, les geisha avançant en âge et en expérience arborent tenues et coiffures de plus en plus sobres. La traîne, la dégagement de la nuque plus prononcé et l'importance du maquillage sont les signes distinctifs les plus évidents entre une geisha et une "personne normale".

Le Sumo

Autres ambassadeurs des traditions nippones, les sumos évoquent davantage les luttes au corps à corps, dans une tenue minimaliste. Or, ils sont aussi porteurs du yukata, quelle que soit la saison, car c'est leur tenue officielle en dehors du ring. Les plus haut gradés auront le droit de l'agrémenter d'une écharpe ou d'un manteau en hiver. De même, le type de sandale indique l'ancienneté ou le grade du lutteur, ainsi que l'usage des tabi (足袋), sorte de chaussettes isolant le pouce du pied, autorisées à partir d'un certain niveau.

Les yukata de sumos sont réalisés sur commande pour chaque lutteur. Les plus hauts gradés peuvent faire imprimer leur nom sur le tissu servant à leur confection et il est fréquent qu'ils en offrent à leurs collègues, qui n'hésiteront pas à porter fièrement un vêtement marqué du nom de leur bienfaiteur. Ils peuvent aussi afficher les couleurs de leurs sponsors, de leur région d'origine, ou tout simplement un motif qui les inspire.

Une balade dans les quartiers de sumos, près d'Arakawa ou de Ryogoku vous permettra peut-être de croiser la route des lutteurs arborant élégance et décontraction au quotidien, voire même des choix de motifs décalés.

Couple japonais en kimono de mariage au sanctuaire Meiji-jingu à Tokyo

La mariée

La silhouette nimbée de blanc de la jeune mariée traditionnelle est caractérisée par le shiromuku (白無垢), shiro (白) signifiant "blanc" et muku (無垢) "pureté". L'usage de ce vêtement blanc s'est imposé au cours de l'ère Meiji, où de nombreuses pratiques se sont occidentalisées, et notamment celle du mariage en blanc. Cette couleur était et est toujours, comme dans de nombreux pays d'Asie, la couleur du deuil ou a minima celle de la sobriété.

Le shiromuku est un ensemble porté par l'épousée lors d'une cérémonie de mariage shinto. Il se compose d'un kimono terminé en une courte traîne, d'un long et lourd manteau uchikake (打ち掛け) descendant jusqu'à mi-mollet et d'une coiffe rigide qui enveloppe la tête. Tous les éléments sont blancs, mais ils arborent des motifs brodés, censés être de bon augure, comme la grue, ou des motifs floraux.

Sa sophistication et le fait qu'il est difficile de s'en vêtir sans aide font du shiromuku une tenue extrêmement chère que l'on préfère généralement louer pour l'occasion. Les services proposés par les professionnels incluent la location des vêtements, l'habillage et la coiffure, ainsi que les traditionnelles séances photo.

La tenue du marié semble plus sobre et se compose d'un kimono foncé (souvent noir) par-dessus lequel on enfile un hakama (袴, pantalon plissé aux pattes larges) clair et / ou à rayures verticales. La touche finale est une veste haori (羽織) noire ou de la même couleur que le kimono, arborant le blason familial mon (紋) et maintenue sur la poitrine par une cordelette à pompon blanc.

Le couple impérial

Lors de la cérémonie d’intronisation en 2019, l’empereur Naruhito et son épouse Masako ont porté des tenues traditionnelles de la Cour Impériale. Ce sont des tenues d'apparat directement inspirées de leurs homologues de l’époque de Heian, que les observateurs attentifs auront déjà vues revêtir les poupées représentant le couple impérial exposées lors de Hina Matsuri 🎎, la fête des poupées.

L'apparence de l'impératrice Masako était peut-être la plus extraordinaire : elle portait le junihitoe (十二単, "vêtement à 12 couches") qui consiste en une superposition de multiples kimonos de différentes couleurs, s'ouvrant au bas de l'ensemble pour former une courte traîne arrondie. Les différentes couches sont visibles au niveau du col, des manches, et au bas de la robe. Cette tenue est réservée aux femmes de la noblesse à la Cour Impériale et est difficile à porter car elle peut peser jusqu'à 20 kg ! L'impératrice Masako portait une superposition d'au moins cinq vêtements, et elle arborait une coiffure rigide sculptée en une vague volumineuse vers l’arrière surmontée d’un peigne doré au-dessus du front, ainsi qu'un maquillage accentuant la blancheur de la peau.

L'empereur Naruhito portait le sokutai (束帯), une tenue de cérémonie datant de l’époque de Heian, depuis laquelle elle est réservée exclusivement à l’empereur et aux fils des aristocrates de sa famille. C'est une sorte de chasuble à longues et larges manches formant une traîne, portée sur plusieurs couches de vêtements et un pantalon aux pattes larges (ueno hakama 表袴) qui laisse apparaître des chaussures fermées à semelles très épaisses. La couleur brun-doré de ce vêtement est réservée à l'empereur. Celui-ci tenait à la main le shaku (笏), un sceptre signe de son autorité, et arborait à la ceinture un sabre court. Il était coiffé d'un chapeau de laque noire (kanmuri 冠) surmonté d'une aigrette de 60 cm de haut.

Femmes en kimono au temple Senso-ji à Tokyo

Des vêtements traditionnels toujours à la pointe de la mode

Le kimono et le yukata sont des vêtements offrant une infinité de styles et de variétés. C'est probablement l'une des raisons de leur popularité persistante aujourd'hui, malgré leur complexité. Ils ont su cependant se moderniser, d'abord avec la création d'accessoires permettant de s'habiller seul, comme le tsukuri obi (作り帯), un obi pré-noué qu'il ne reste plus qu'à enfiler et fermer à l'aide d'un clip, sur le même principe que le nœud papillon déjà fait. Des adaptations ont porté sur les types de tissus, avec l'introduction du denim, et les motifs et accessoires ne cessent de recevoir les influences des autres cultures par des collaborations avec de grands couturiers notamment.

On ne saurait rendre compte de la diversité et de la complexité du wafuku, le vêtement à la japonaise. D'autant que n'ont pas été abordés ici des déclinaisons comme le hakama ou le jimbei qui font aussi partie de la garde-robe traditionnelle.

Sur place

Comment dit-on en japonais ?

着物 (kimono)

浴衣 (yukata)

Dernière mise à jour le 27 avril 2020