Jeunes japonaises en kimono furisode pour Seijin no hi

Seijin no Hi

👘 La fĂȘte de la majoritĂ© Ă  20 ans au Japon

Seijin no hi ou le jour des adultes, est un jour fĂ©riĂ© japonais qui marque l’entrĂ©e dans l’ñge adulte des Japonais. Une cĂ©rĂ©monie particuliĂšre, Seijin shiki, est cĂ©lĂ©brĂ©e chaque annĂ©e le deuxiĂšme lundi de janvier, pour concrĂ©tiser l’accession Ă  la majoritĂ©, qui est actuellement fixĂ©e Ă  20 ans au Japon.

🚧 Accùs restreint

En 2021, certaines municipalités ont décidé de reporter les cérémonies ou de les organiser en ligne pour celles qui seraient maintenues, afin de lutter contre l'épidémie de Coronavirus au Japon.

La cĂ©lĂ©bration d'un rite de passage Ă  l'Ăąge adulte existerait au Japon au moins depuis l'Ă©poque de Nara (710 - 794). Dans le mĂȘme esprit que Shichi-go-san, la tradition aurait dĂ©butĂ© au sein de la noblesse, avec la cĂ©rĂ©monie Genpuku (ć…ƒæœ) destinĂ©e aux garçons entre 12 et 16 ans. Ils Ă©taient prĂ©sentĂ©s au kami tutĂ©laire de leur famille au cours d'une cĂ©rĂ©monie shinto, Ă  l'occasion de laquelle ils adoptaient pour la premiĂšre fois une apparence d'adulte, dans les vĂȘtements et la coiffure.

Un rite basé sur le changement d'apparence

La coutume s’est rĂ©pandue aux autres classes de la sociĂ©tĂ© au fil des siĂšcles, et fut couramment pratiquĂ©e Ă  l'Ă©poque d'Edo (1603 - 1868) chez les guerriers et le peuple, dans une version simplifiĂ©e qui consistait notamment Ă  raser l’avant et le dessus du crĂąne pour crĂ©er la coiffure caractĂ©ristique des hommes adultes, qui Ă©tait Ă©galement celle des samouraĂŻs.

C'est aussi Ă  partir de l’époque d’Edo que les jeunes femmes ont commencĂ© Ă  avoir leur cĂ©rĂ©monie, appelĂ©e Mogi (èŁłç€). Elle Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ©e soit au moment de leur mariage, soit entre 18 et 20 ans. L'apparence de femme adulte Ă©tait confĂ©rĂ©e par la coiffure nihongata et le noircissement des dents notamment.

Aujourd'hui, c'est justement l'apparence des jeunes femmes qui marque le plus les festivitĂ©s de l’accession Ă  la majoritĂ© : leur kimono 👘 d'hiver Ă  manches longues dit furisode est devenu emblĂ©matique de cette cĂ©lĂ©bration. Cette journĂ©e, et en particulier la cĂ©rĂ©monie solennelle qui s’y tient est en effet l’occasion pour les jeunes Japonais concernĂ©s de se mettre sur leur 31. Les jeunes hommes ne sont pas en reste, et si beaucoup adoptent un Ă©lĂ©gant costume trois piĂšces sombre Ă  l’occidentale, ils sont encore nombreux Ă  revĂȘtir le kimono traditionnel.

Le jour des adultes devenue une fĂȘte nationale fĂ©riĂ©e

AprĂšs-guerre, en 1948, le gouvernement japonais a rĂ©cupĂ©rĂ© la tradition pour en faire un Ă©vĂ©nement marquant destinĂ© Ă  "encourager les jeunes qui s’apprĂȘtent Ă  affronter la vie avec la conscience d’ĂȘtre devenus des adultes". La date fut fixĂ©e au 15 janvier et l'Ă©vĂ©nement nommĂ© Seijin no hi.

En 1998, la distribution des jours fĂ©riĂ©s est rĂ©formĂ©e et le systĂšme dit Happy Monday Seido (ăƒăƒƒăƒ”ăƒŒăƒžăƒłăƒ‡ăƒŒćˆ¶ćșŠ) entre en vigueur l'annĂ©e suivante. Il permet d'Ă©viter que les jours fĂ©riĂ©s tombent trop souvent durant un week-end, en reportant le congĂ© national sur un lundi proche de la date initialement chĂŽmĂ©e. Cela a pour consĂ©quence notamment de crĂ©er davantage de "petites vacances" de trois jours consĂ©cutifs. Depuis l'an 2000, Seijin no hi est fixĂ© au deuxiĂšme lundi de janvier.

En réalité, cette date peut varier selon les régions pour cause de conditions climatiques, en particulier dans les préfectures septentrionales, ou pour favoriser des périodes plus propices au retour des jeunes dans leur ville d'origine.

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Comment se déroule la cérémonie Seijin shiki ?

La cĂ©rĂ©monie officielle qui marque l'accession Ă  la majoritĂ© est nommĂ©e Seijin shiki (成äșșćŒ, cĂ©rĂ©monie [de passage Ă  l'Ăąge] adulte) et elle a lieu le jour de Seijin no hi.

Cette cérémonie est organisée par les collectivités locales, principalement les mairies, par le biais d'un comité d'organisation d'une dizaine de membres recrutés chaque année parmi les nouveaux jeunes adultes. Ceux-ci sont chargés de :

  • mettre au point les dĂ©tails de la cĂ©rĂ©monie ;
  • prĂ©parer une brochure commĂ©morative Ă  remettre aux participants le jour J ;
  • prĂ©senter la cĂ©rĂ©monie.

La cĂ©rĂ©monie officielle a gĂ©nĂ©ralement lieu dans un thĂ©Ăątre ou une salle de confĂ©rences, en prĂ©sence de reprĂ©sentants de la mairie et du corps enseignant. N’y sont conviĂ©s que les jeunes qui ont eu ou auront 20 ans entre le 2 avril de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente et le 1er avril de l’annĂ©e en cours, et qui sont officiellement rĂ©sidents de la ville oĂč elle est organisĂ©e. Ils reçoivent leur invitation courant dĂ©cembre, sans laquelle ils ne peuvent participer.

Seijin shiki dure moins d'une heure et se présente comme un moment trÚs ritualisé. Quand toute l'assistance est installée, les interventions se déroulent de façon trÚs conventionnelle :

  • l’hymne national japonais ;
  • des discours du maire et / ou de reprĂ©sentants du conseil municipal, ou autre responsable administratif ;
  • des remerciements envers diffĂ©rentes associations en rapport avec la jeunesse, l’éducation, etc. ;
  • l’apparition des incontournables mascottes locales.

À cela on peut ajouter un ou deux discours d'enfants de 10 ans destinĂ©s Ă  montrer leur admiration pour leurs aĂźnĂ©s, des diaporamas Ă©voquant des moments forts de la scolaritĂ© de la gĂ©nĂ©ration devenant adulte, ou autres animations musicales.

Les reprĂ©sentants du comitĂ© d’organisation de la cĂ©rĂ©monie, gĂ©nĂ©ralement au moins un jeune homme et une jeune femme, donnent Ă©galement des discours Ă©voquant leur reconnaissance envers les aĂźnĂ©s, et leurs espoirs pour l'avenir.

À noter que la cĂ©rĂ©monie des 20 ans concerne tous les Japonais de cet Ăąge, quelle que soit leur occupation Ă  ce moment-lĂ  : on y croise aussi bien des jeunes "lambda" que des cĂ©lĂ©britĂ©s, des sportifs de haut niveau et mĂȘme une maiko en tenue.

Certaines grandes entreprises et les forces d’auto-dĂ©fense japonaises avaient Ă©galement coutume d’organiser une Seijin shiki pour leurs employĂ©s ou membres atteignant l’ñge de 20 ans, mais la pratique est tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude.

Depuis quelques temps, certaines municipalitĂ©s ouvrent Ă  prĂ©sent la cĂ©rĂ©monie Seijin shiki aux Ă©tudiants Ă©trangers ou aux stagiaires qui fĂȘteraient leurs 20 ans pendant leur sĂ©jour au Japon.

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L'avenir de la fĂȘte de la majoritĂ©

On constate toutefois un dĂ©sintĂ©rĂȘt grandissant des jeunes Japonais pour cette cĂ©rĂ©monie, dont le format trĂšs convenu n’est plus forcĂ©ment adaptĂ© aux nouvelles gĂ©nĂ©rations.

De plus une loi passĂ©e en 2018, applicable Ă  partir de 2022, abaisse l’ñge de la majoritĂ© Ă  18 ans pour Ă©largir le droit de vote. Ainsi, beaucoup de municipalitĂ©s s’interrogent sur la pertinence d’abaisser Ă©galement l’ñge de la cĂ©rĂ©monie Seijin shiki Ă  l’annĂ©e des 18 ans. Cependant, considĂ©rant que cette pĂ©riode de la vie est dĂ©jĂ  compliquĂ©e par la fin du lycĂ©e, le passage des examens d’entrĂ©e Ă  l’universitĂ© et diffĂ©rents choix de vie, la tendance gĂ©nĂ©rale est Ă  maintenir la cĂ©rĂ©monie lors de l’annĂ©e des 20 ans.

L’accession Ă  la majoritĂ© peut Ă©galement ĂȘtre marquĂ©e par une visite au temple ou au sanctuaire. Ces derniers proposent d’ailleurs des formules comprenant la location du kimono, des photos-souvenirs et des priĂšres pour des prix variant entre 50.000 et 200.000„ (entre ~398,60€ et ~1.594€) selon les options choisies.

Cependant, les jeunes apprécient également de marquer cette date avec une célébration correspondant davantage à leurs goûts en dehors des cadres officiels. Par exemple :

  • Disneyland Tokyo devient un des hauts lieux de Seijin no hi, particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© par les jeunes femmes pour y faire la fĂȘte et profiter du moment, comme une sorte de derniĂšre parenthĂšse avant l’ñge adulte.
  • Les izakaya font le plein de nouveaux clients le soir du jour fĂ©riĂ©. En effet, l’ñge de la majoritĂ© est celui des responsabilitĂ©s, mais aussi de l’autorisation de boire de l’alcool ! A Tokyo, les bars de Shibuya sont pris d’assaut.

Quoi qu’il en soit, la cĂ©rĂ©monie elle-mĂȘme est avant tout laĂŻque, et vise Ă  promouvoir la cohĂ©sion sociale entre gĂ©nĂ©rations et au sein d’une mĂȘme classe d’ñge.

On assiste depuis quelques annĂ©es au dĂ©veloppement de fĂȘtes de mi-parcours, comme totose no iwai (ćæ­łăźç„ă„, la "cĂ©lĂ©bration des 10 ans") ou nibun no ichi seijin shiki (1/2成äșșćŒ, "cĂ©rĂ©monie de moitiĂ© d’adulte"), cĂ©lĂ©brĂ©es dans les Ă©coles et qui donnent lieu Ă©galement Ă  des sĂ©ances de photos souvenirs en costume. Les adultes ne renoncent pas Ă  la fĂȘte non plus, avec la tendance Ă  cĂ©lĂ©brer en groupe les 30 ans, au cours d’une misoji shiki (äž‰ćè·ŻćŒ, "cĂ©rĂ©monie des 30 ans"), bien que cela reste anecdotique.

DerniĂšre mise Ă  jour le 12 janvier 2021 Seijin no Hi