La dépopulation inexorable du Japon

Vieillissement démographique de la population japonaise

Si l'augmentation continue de l'espérance de vie constitue un problème de vieillissement des populations un peu partout dans le monde, conduisant par exemple à des reculs de l'âge des retraites, le Japon connaît sans doute la problématique la plus retorse. En 2006, les statistiques démographiques japonaises ont connu une charnière inquiétante (le nombre de morts a dépassé celui des naissances) qui n'a fait que s'aggraver depuis lors. Ce croisement de ces courbes n'était pas arrivé depuis la défaite de la Seconde Guerre Mondiale, et ses trois millions de morts japonais au combat. Le constat est donc clair : depuis quelques années, le Japon se dépeuple.

-- Note de janvier 2015 -- Selon l'AFP, il y a eu pile un million de naissances au Japon en 2014, son niveau le plus bas jamais enregistré, en baisse depuis quatre années consécutives. Cette même année, 1,269 million de personnes décédaient, en hausse depuis cinq ans d'affilée. L'indice de fécondité au Japon plafonne à 1,4 enfant par femme alors qu'il lui faudrait atteindre 2,1 pour viser un renouvellement des générations. Il se vend désormais plus de couches pour adultes au Japon, que celles pour bébé !

À cela, plusieurs raisons. D'abord, des conditions sanitaires exceptionnelles qui font du Japon le recordman mondial de la longévité (cf. le régime d'Okinawa). Ensuite, une hostilité héréditaire pour l'immigration : en 2009, les Japonais ont naturalisé trois fois moins d'étrangers que la Suisse, qui compte pourtant dix-sept fois moins d'habitants ! Enfin, un taux de fertilité en baisse depuis le début des années 1970 : 1,37 enfants par femme en 2009, alors que le taux de renouvellement est à 2,1. En réalité, il y a moins de naissances au Japon en ce début de XXIe siècle qu'il y en avait il y a un siècle !

-- Note d'août 2014 -- L'espérance de vie des Japonais continue d'augmenter : à 80,21 ans pour les hommes et 86,61 ans pour les femmes, le record mondial. [via] Selon le ministère de la santé nippon, il y avait 59.000 centenaires au Japon en septembre 2014, dont 87% de femmes.

Sur la base des statistiques officielles, le bureau du recensement dresse des projections pour 2040, rapportées par le démographe Nicholas Eberstadt :

  • la population japonaise chutera de 127 millions d'habitants (au dixième rang mondial) à 106 millions (quinzième rang) ;
  • la population active (15-64 ans) chutera de 30%, de 81 à 57 millions de personnes ;
  • l'âge médian sera de 55 ans (contre 45 ans aujourd'hui, ce qui est pourtant déjà le record mondial) ;
  • un tiers des Japonais aura plus de 65 ans (en 2016 ils étaient déjà 27,3% avec 34,61 millions de personnes) ;
  • il y aura trois séniors pour chaque enfant de moins de 15 ans, et pratiquement un centenaire par nouveau-né ;
  • la moitié des foyers seront composés d'une personne seule ;
  • la population totale décroîtra d'1% par an (environ un million d'habitants) et la population active de 2%.

Un des facteurs qui expliquent la chute des naissances est le basculement des mariages arrangés (お見合い omiai) vers les mariages d'amour (恋愛葛根 ren'ai kekkon) à partir de 1970. En 2005, le mariage de "bonne famille" ne représentait plus que 6% des noces. Depuis 1965, les femmes jamais mariées à l'approche de la quarantaine sont passées de 6 à 18% ; chez les hommes, cela a grimpé de 4 à 30% ! Parallèlement, le taux de divorce serait passé de moins de 10 à 30%. Sachant qu'au Japon, la conception d'un bébé est encore relativement mal perçue hors mariage, près d'un quart des femmes nées en 1965 n'ont jamais eu d'enfant. Ce taux monterait à 38% pour les femmes nées en 1990, avec plus de 50% de chances de ne jamais avoir de petits-enfants biologiques.

Au Japon, faire des enfants coûte cher en particulier au cours de la grossesse et sur leurs premières années, ce qui n'aide pas au renouvellement espéré.

Des conséquences inquiétantes pour les Japonais...

Malgré l'excellente réputation de la santé des personnes âgées japonaises, la maladie d'Alzheimer pourrait toucher 5% de la population d'ici 2050. Au-delà de la pression sur les allocations retraite, certains démographes soulèvent également un risque du comportement d'enfant-roi proche des conséquences de la politique de l'enfant unique en Chine. Pour cela, ils s'appuient sur le concept sociologique de NEET, acronyme de "not in education, employment, or training" c'est à dire ni étudiants, ni salariés, ni stagiaires. Ces NEET et leur dérive hikikomori représenteraient déjà près d'un million de Japonais selon les estimations.

Sur le plan économique, le Japon fait évidemment face à des difficultés pour maintenir sa croissance, après deux décennies faibles et le spectre du récent tsunami dévastateur. De plus, la décroissance de la population pourrait diminuer l'influence japonaise à l'international. Nous parlions déjà il y a quelques semaines du marasme de son soft-power ; il se pourrait que ce ne soit en réalité qu'un début.

L'exode rural, quant à lui, ne semble pas en voie de diminution et malgré l'affaissement du nombre de Japonais, les plus grandes villes de l'archipel (en particulier Tokyo et Osaka) devraient continuer à grossir, en particulier pour leur apport d'emplois, et donc à faire grimper les prix de leur immobilier. Parallèlement, la quantité de logements vacants et de maisons abandonnées, déjà en forte croissance depuis la fin des années 1990, va continuer à grandir.

-- Note de février 2016 -- Pour la première fois en 68 ans, la population d'Osaka a baissé : entre 2010 et 2015, elle a reculé de 0,3% à 8,84 millions d'habitants.

... Mais des points positifs malgré tout

Conséquence logique de ce dernier point : les petites villes et zones rurales vont progressivement devenir encore plus clairsemées. À l'échelle nationale, le Japon va pouvoir gérer naturellement sa transition énergétique et environnementale. Déjà à la pointe sur ces sujets, l'archipel nippon pourrait devenir un leader reconnu mondialement dans la réduction des gaz à effet de serre.

Même si les politiques de natalité (très timides) menées jusqu'à présent au Japon n'ont pas porté leurs fruits, les différentes campagnes même plus agressives, menées un peu partout dans le monde, ne connaissent pas de résultats exceptionnels. Le gouvernement japonais n'aurait alors d'autre choix que d'assouplir ses politiques d'immigration et d'obtention de visas pour accueillir plus d'étrangers sur ses îles. Pour beaucoup de gaijin qui souhaitent partir vivre au Japon, c'est une opportunité attendue !

D'autres analystes prévoient que cette période de dérèglement générationnel sera difficile pendant une à deux générations, avant de retrouver un point d'équilibre pour une population autour de 70 à 90 millions de Japonais.

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