Séance photo de japonaises en tenue traditionnelle revisitée à Tokyo

Comment bien porter le kimono et le yukata ?

Le kimono 👘 et le yukata sont des wafuku (和服), des vêtements traditionnels japonais. Le premier est aujourd’hui plutôt porté pour marquer une occasion particulière, voire formelle, tandis que le second est privilégié en été pour des moments de loisirs. Ces différences étant établies, il convient de connaître quelques règles pour revêtir avec prestance ces robes traditionnelles. Passons en revue les aspects généraux à prendre en compte lors du choix de sa tenue.

Le port codifié du kimono

Le patron en forme de T constitue la base du kimono, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, mais c'est un des rares points communs entre les tenues féminines et masculines, avec le port du juban (襦袢, robe blanche ou claire existant en différentes longueurs et servant de sous-vêtement) et des tabi (足袋, chaussettes à deux doigts), ces dernières particulièrement associées au port du kimono. Attention, la robe se ferme pan droit puis pan gauche par-dessus. Le pan droit par-dessus est réservé à la tenue des défunts !

Le kimono féminin est celui qui présente le plus haut degré de sophistication, de variété de couleurs et de motifs choisis selon l'occasion, l'âge de la femme ou son exercice d'une activité traditionnelle. La ceinture obi (帯) sera nouée dans le dos, de différentes façons appropriées selon l'occasion, l'âge voire la fantaisie de la porteuse. Le kimono masculin, quant à lui, arbore généralement des teintes sombres, indigo, gris, noir, également en fonction de l’occasion. Lorsqu'il y a motifs, ils sont plutôt de formes géométriques.

Des détails varient subtilement la façon de porter le kimono selon le genre :

  • La longueur de la robe : pour les femmes, elle est ajustée pour que le bas touche les pieds, mais pas le sol. Pour les hommes, la robe est ajustée un peu plus court, pour tomber juste au-dessus de la cheville.
  • Le col : féminin, il enserre la base du cou devant, ne dévoilant pas de décolleté, mais laissant légèrement entrevoir la nuque. Masculin, le col est strictement fermé devant, mais aussi sur la nuque.
  • La ceinture obi : est large et prend toute la taille, de sous la poitrine à la partie supérieure du bassin, laissant dépasser l'excès de tissu dû à la longueur de la robe, le o hashori (お端折り), en bas et en haut pour la tenue féminine. Moins large, l'obi masculin se noue aussi dans le dos et est positionné légèrement plus bas devant que derrière, sur la partie supérieure du bassin.

Ajoutons que les manches tendent à être plus longues et pendantes pour le kimono féminin. La tenue masculine est généralement complétée par le haori, une large veste descendant à mi-cuisse, ouverte sur le devant et dont les pans sont reliés par une cordelette au niveau du buste, le plus souvent tressée, ornée de perles, ou d’un pompon pour les plus solennelles.

Port de chaussures zori avec un kimono de mariage

Hommes et femmes sont chaussés de zori (草履), des sandales à semelles compensées maintenues par une lanière passant entre le premier et le deuxième orteil. Celles des femmes sont plus épaisses et leurs talons plus hauts que la pointe. Elles se portent une à deux pointures plus courtes que des chaussures normales, le pied dépassant à l'arrière, ce qui contribue à donner aux femmes une démarche instable.

Plusieurs accessoires dissimulés sont également nécessaires au port du kimono :

  • Les koshi himo (腰紐) ou ceintures de hanches, sont un jeu de ceintures servant à maintenir le juban et le kimono. Il en faut au moins deux.
  • Les muna himo (胸紐) ou ceintures de poitrine, sont un jeu de ceintures servant notamment à maintenir le haut du kimono sans plis. Elles s'attachent juste sous la poitrine.
  • L'obi jime (帯締め) est une ceinture servant à maintenir l'ensemble du tissu au niveau de la taille pour passer le obi (on le trouve aussi parfois par-dessus le obi pour ajouter un aspect décoratif au maintien).

Et ce n'est pas tout ! Le kimono est un vêtement qui se doit de dissimuler les courbes du corps. Avant de le passer, les femmes devront donc disposer des rembourrages au niveau du creux du dos, sur le haut de la poitrine et autour de la taille, en fonction de leur morphologie, pour obtenir une silhouette finale filiforme. Les hommes ne sont pas épargnés par cette nécessité esthétique, car ils doivent aussi appliquer un rembourrage au niveau du bassin. D'autres accessoires, comme l'obi ita (帯板 "planche pour obi") servent à assurer la rigidité de la ceinture décorative, des coussins sont aussi disposés dans le nœud de l'obi pour lui donner du volume.

Enfin, le maquillage excessif ou les bijoux voyants sont proscrits.

Le choix plus artistique du yukata

Les différences entre genres et les bases du port du yukata sont globalement les mêmes que celles du kimono. Toutefois, ce vêtement étant destiné à des moments de loisirs ou informels, il bénéficie d'une plus grande liberté dans le choix des couleurs, des motifs, voire de la longueur de la robe. Cela est particulièrement flagrant pour le yukata masculin : les plus classiques conservent des couleurs naturelles claires et / ou des motifs teintés à l'indigo, mais il n'est pas rare que ces messieurs optent aussi pour des motifs floraux, voire totalement contemporains, et des couleurs vives dans le choix de leurs yukata.

En général, il est admis que le yukata se porte sans juban. Cependant, il est toujours important de camoufler les courbes du corps : les femmes peuvent ainsi utiliser des rembourrages en serviettes éponges qui auront aussi la fonction d'absorber la sueur.

On se chausse volontiers de zori, un peu moins sophistiquées que celles associées au kimono. Les hommes peuvent porter des geta (下駄), des socques de bois qui marquent leur décontraction. Les sandales, les chaussures d'été de style occidental sont de plus en plus souvent admises.

Le yukata tend cependant à perdre de sa simplicité pour se rapprocher de la sophistication du kimono. Il est aussi un formidable espace de créativité pour les Japonais adeptes de la mode.

Couple japonais en tenue traditionnelle au temple Kiyomizu-dera à Kyoto

Eviter le fashion faux-pas

Une tenue, quelles que soient ses origines, ne saurait être complète sans une coiffure et des accessoires pour la mettre en valeur. Nous avons déjà évoqué les chaussures, mais il est d'autres règles générales au port du kimono ou du yukata.

La coiffure

La coiffure doit être adaptée au degré de formalité du kimono, pour les femmes plus spécifiquement. Plus l'occasion sera solennelle, plus la coiffure sera simple et sans décoration, en général les cheveux ramenés en chignon. La fantaisie est toutefois permise pour le port du kimono en situation plus heureuse, avec divers types de coiffures et ornements floraux, rubans, adaptés à la longueur des cheveux, l'âge, l'occasion, la saison, ou la mode. Les hommes conservent leurs cheveux courts sans consigne particulière de coiffage hormis les circonstances, et les attachent en queue de cheval s'ils sont longs.

Les jeunes hommes associent volontiers un chapeau au port du yukata, de type canotier ou trilby. Le canotier en paille ou la casquette-béret ont aussi les faveurs de la gent masculine ; les jeunes femmes, quant à elles, adoptent le chapeau de paille. Avec le kimono de type homongi (訪問着 le "vêtement de visite"), qui indique une volonté d'élégance sans être trop formel, un couvre-chef peut être porté par tous. Le style adopté est alors rétro, évoquant la mode de l'ère Taisho (1912-1926), avec par exemple, un panama pour les hommes, et un béret ou un chapeau-cloche pour les femmes.

En général, lors des occasions très formelles, ni les hommes ni les femmes n'ont la tête couverte, en dehors du statut de certains participants (par exemple : une mariée).

Atelier d'ombrelles japonaises à Udatsu no Machinami (Shikoku)

Les accessoires essentiels

Associer des accessoires aux vêtements de style japonais peut être un véritable casse-tête pour les non-initiés, voici donc quelques repères essentiels :

  • L'éventail japonais (sensu 扇子) est un must-have pour toute tenue traditionnelle, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, et son choix est lui-même soumis à une complexe codification. Quand il n'est pas tenu à la main, il est glissé fermé derrière le obi, d'où il doit légèrement dépasser.
  • L'ombrelle (higasa 日傘) est la meilleure protection contre le soleil pour toute personne vêtue de wafuku, les femmes en kimono pouvant y associer des gants. Les lunettes de soleil peuvent éventuellement s'accorder au port du yukata, avec quelques réserves car leur usage est encore peu répandu dans les mœurs japonaises. Même si de nombreuses personnalités publiques en portent, elles renvoient toujours une image d'originalité, qui n'est pas forcément positive.

Transporter ses effets personnels est aussi une nécessité et plusieurs solutions existent :

  • En kimono, les femmes ont le choix parmi une large gamme de sacs à mains, paniers ou pochettes. Il faut toutefois que leurs motifs ou couleurs soient assorties aux lanières de leurs zori. Selon le type d'occasion, elles opteront pour un "sac de cérémonie" (礼装バッグ reiso baggu) ou un "sac de style japonais" (和装バッグ waso baggu) au design vintage confectionnés dans des matières précieuses et pour lesquels il faudra débourser au minimum une centaine d'Euros. Les hommes se contentent généralement d'une aumônière traditionnelle en tissu.
  • En yukata, les femmes privilégient la bourse traditionnelle amikago (あみかご), composée à sa base d'un petit panier en osier fermé par le dessus par une aumônière en tissu et une ficelle coulissante. Les hommes apprécient la simplicité du shingenbukuro (信玄袋) une bourse en tissu de forme rectangulaire, mais peuvent aussi porter l'amikago.

Quel que soit le sac choisi, il est porté à la main ou en bout de bras pour les plus traditionnels. Les femmes n'utilisent généralement pas de bandoulières. Toutefois, l'usage des sacoches se développe pour les hommes, qui peuvent aussi se porter en bandoulière tant en kimono qu'en yukata, en fonction des occasions.

Quid du sac à dos ? Apprécié pour son aspect pratique, il est à réserver pour des kimonos d'usage plus décontracté comme le homongi, ou le yukata. La question préoccupe les accros de la mode au Japon, à tel point qu'un fil Twitter, #着物にリュック (kimono ni ryukku, "kimono et sac à dos") a été créé pour en discuter et présenter des exemples.

Enfin, ceux qui voyagent léger peuvent simplement glisser leur smartphone 📱 derrière leur obi et garder ainsi les mains libres.

Les tissus utilisés pour fabriquer les kimono et les yukata peuvent également être détournés de leur usage premier et servir à créer des accessoires japonais délicats comme ceux de la boutique Monoya Tokyo, pour une touche traditionnelle dans ses tenues de tous les jours.

Dernière mise à jour le 16 juin 2020