Etudiants Japon

La situation inique des étudiants, travailleurs et familles toujours bloqués hors du Japon

Analyse et témoignages début 2022

⏱ 24 minutes

Il y a quasiment 2 ans déjà, le Japon fermait ses frontières à l'intégralité des étrangers. Au bout de cinq mois, les résidents qui avaient eu la mauvaise idée de quitter l'archipel eurent enfin l'autorisation d'y revenir. Dans un monde encore bien touché par les multiples variants du Covid 🦠, si la perspective d'accepter à nouveau des dizaines de millions de touristes par an n'est hélas pas encore d'actualité, une catégorie de voyageurs attend toutefois son tour depuis déjà bien trop longtemps.

Les étudiants, et par extension les stagiaires et travailleurs étrangers qui souhaiteraient s'installer au Japon, ont certes eu deux courtes fenêtres d'ouverture à l'automne 🍁 2020 et en novembre 2021, respectivement pour environ 3 mois et 3 petites semaines avant l'apparition des variants Alpha puis Omicron. Rappelons que dans l'intervalle, les ressortissants japonais ont un droit de circulation libre à l'extérieur de leurs frontières, que cela soit pour les études, les affaires même de courte durée ou bien sûr pour le tourisme. On est donc loin de la réciprocité.

Ces étudiants, ils sont 147.000 selon le dernier décompte du ministère de l'éducation, parmi 370.000 personnes en attente. Dans les faits, celles et ceux qui ont pu arriver depuis 2 ans se comptent en quelques milliers tout au plus avec le plus souvent une lourde quatorzaine. Même quand les frontières leur étaient officiellement ouvertes, le calendrier et les conditions d'entrées se montraient tellement absurdes qu'à peine 1 étudiant par jour fut accepté pendant la courte fenêtre de novembre. En janvier, quelque 87 (!) visas triés sur le volet par le gouvernement furent admis. Quant aux certificats d'éligibilité préalables à l'obtention des visas, ils sont prolongés ad vitam.

Le gouvernement Kishida fraîchement élu en octobre, à l'aile droite d'un parti déjà nationaliste, joue avec les nerfs de ces aspirants éconduits. Malgré la chute d'attractivité des Universités japonaises dans les classements mondiaux, les rares sondages montrent que la base de son électorat lui est favorable, ce qui lui permet de repousser régulièrement la réouverture avec des sorties comme :

"Nous sommes ouverts à laisser les étudiants étrangers entrer si Omicron est bien compris et bien contrôlé, pas avant." [le 21 décembre, donc avant le début de la vague au Japon]

"La fermeture de nos frontières porte ses fruits." [fin janvier, alors que le Japon connaît une explosion des cas inédite]

Bien sûr, le Japon étant le seul pays du G7 à ne pas accorder de visas aux universitaires, la gronde se fait entendre alors que la crainte monte de voir ces futurs personnes à valeurs ajoutées se tourner vers d'autres pays. Des médias comme Kanpai n'ont évidemment que peu de poids dans la balance, mais des voix plus fortes commencent récemment à tonner :

  • 300 résidents étrangers sur place déclinent des postes de professeurs de langue dans un mouvement de défiance ;
  • un collectif de grands chercheurs américano-japonais publie une lettre ouverte très directe au gouvernement accompagnée d'une pétition en ligne, suivie par des chercheurs anglais ;
  • des manifestations "Stop Japan's Ban" se tiennent devant les Ambassades du Japon de plusieurs pays comme l'Inde, la Mongolie, la Pologne ou encore la Malaisie ;
  • l'Organisation Mondiale de la Santé réclame la fin des restrictions de voyage, inutiles selon elle pour lutter contre la propagation du Corona ;
  • le Keidanren, sorte de Medef local, monte au créneau pour dénoncer l' "irréalisme" de ces décisions et leur impact sur l'économie japonaise ;
  • même Taro Kono, l'ex-futur Premier ministre et ancien responsable de la vaccination japonaise, pointe l'absurdité de la discrimination envers les étrangers.

Alors que des assouplissements dans le contrôle des frontières aux étudiants et visas d'affaires courte durée sont à nouveau attendus, possiblement dès la semaine prochaine, nous avons choisi de donner la parole à 8 lectrices et lecteurs de Kanpai dans ces situations purgatoriales délétères.

Si comme tous les témoignages ci-dessous coincés hors du Japon, vous attendez avec la plus grande impatience la réouverture de leurs frontières, n'oubliez pas de vous inscrire à la newsletter Kanpai car nous annoncerons le jour même de chaque nouvelle avancée significative :

Cathy, illustratrice, devait partir étudier à Osaka, a suivi les cours de nuit en distanciel chez ses parents avant de finalement abandonner à la suite de pensées noires

Note de Kanpai : c'est le témoignage de Cathy et sa proposition pour Kanpai qui a permis à cet article de voir le jour.

Bonjour, je m'appelle Cathy, j'ai 23 ans, je suis diplômée en cinéma d'animation et j'étudie le japonais depuis 3 ans.

Je devais partir à Osaka pour une durée de 1 an et demi afin de poursuivre mes études. C’est un projet de longue date puisque je m’organise depuis 5 ans. Je travaille tous les étés et toutes mes vacances scolaires pour mettre de l'argent de côté, et je suis mes cours de japonais le soir après ma journée d’école. Le Japon pour moi, c’est plus qu’un simple rêve d’enfants, c’est un réel projet de vie. En 2020 c’est le début de la pandémie, mais je ne perds pas espoir, mon départ est prévu pour octobre 2021.

1 an après, quelques mois avant mon départ j’ai un mauvais pressentiment. Mon agent m’annonce que nous allons débuter l’année en distanciel. Je me prête au jeu, si c’est une question de quelques mois, vu que je partais pour un long séjour, je décide de m’armer de patience.

Je m'étais inscrite dans une école avec un emploi du temps et un niveau relativement importants.
Avec le décalage horaire 🕓 je commence les cours à 1h, ma pause déjeuner est de 4h à 4h45 et je termine à 7h du matin. De même, j’ai pas mal de devoirs à fournir (environ 3 ou 4h d’étude personnelle) j’ai un contrôle tous les matins et j’ai un examen de validation tous les mois.

Plus les semaines passent, plus je fatigue. De plus, ayant rendu mon appartement (car j'étais censée partir au Japon en octobre) je suis de retour chez mes parents dans une maison de campagne totalement isolée. Au vu de mon important décalage horaire et du contexte géographique je n’ai aucune vie sociale ! Je commence à m'isoler dangereusement. Petit à petit ma santé mentale et physique se dégrade, je n’arrive pas à dormir de la journée, je ne mange plus, m’hydrate plus (37 kilos pour 1m64 !), je fais crise d’angoisse sur crise d’angoisse, je pleure tout le temps, je perds la notion du temps. De plus, au vu de la situation, il m’est impossible de me projeter dans mon avenir ni d’évoluer, je viens d’être diplômée et je suis jeune, c’est une très grande source d’angoisse pour moi. Ayant aussi fait un prêt étudiant de 10 000 euros pour mon école au Japon, je commence sérieusement à m'inquiéter après 4 mois de cours, sans aucune annonce du gouvernement Japonais.

Pour mieux expliquer, mes journées se résument à ça:
Se réveiller à 00h00, faire cours jusqu'à 7h du matin, essayer de se rendormir difficilement, checker et éplucher tous les articles sur internet 📶 à la recherche d'information ou de rumeur sur une possible réouverture, pleuré pendant des heures avec des parents témoins qui se sentent démunis, s’oublier, vraiment s’oublier, interagir avec personne car on n’a pas la force de communiquer avec les autres, angoissés et pour terminer, faire ses devoirs.

Après 4 mois de cours à distance, le meilleur souvenir que j’ai eu, c'était les jours férié au Japon, car c’était l’occasion pour moi de pouvoir faire une vraie nuit de sommeil.

Mais la chose qui m'a le plus effrayé, ce sont les soudaines envies noires qui me sont venues.
J’ai eu des envies suicidaires, ça ne m'était jamais arrivé jusque là, je voulais m’endormir et ne plus jamais me réveiller, que l’on me foute la paix ! Maintenant que j’y repense, j'en suis choquée. Je sais que c’est difficile à expliquer mais oui, se retrouver dans ce genre de situation, coupée du monde, isolée, sans perspectives d’avenir, et avec un manque de sommeil important… ça mène à ces idées.

Mon dernier délai pour pouvoir annuler mon cursus était fin décembre.
Fin novembre après une "subtile" réouverture, le Premier ministre Fumio Kishida annonce que le Japon va fermer ses frontières.
Je pense que je ne vous apprends rien mais là, c’est la goutte d’eau de trop.
Mes parents me parlent sérieusement, ils ont toujours été avec moi pour me soutenir mais là, ils sentent que les choses prennent une très mauvaise tournure. Il faut comme m’a dit ma mère "arrêter l’hémorragie", et c'était vraiment l’expression qui résumait au mieux la situation.

C’est très dur, vraiment, mais j’ai décidé d'annuler la suite de mon cursus. Je dois faire une lettre en anglais pour expliquer les raisons (oui, comme si on comprenait pourquoi, sérieusement !), rédiger diverses paperasses ainsi que renvoyer mon COE alors que celui-ci était complètement caduc.

Mon agent comprend, il est compatissant, dans la semaine qui suit je me remets vite sur les rails et décide de déménager à Paris.
Je trouve un appartement en 1 semaine et un travail en 1 mois.

Mais les malheurs ne s'arrêtent pas là. Je renvoie mon COE au Japon avec accusé de réception par signature et tout ça à mes frais, pour qu’un mois après la Poste japonaise 📮 n’a toujours pas délivré le courrier à mon école ! A l'heure actuelle, et ce depuis le mois de décembre, je ne suis toujours pas remboursé de 7 000 euros car la poste n’a pas bien fait son travail ! J'espère que la situation va vite s’arranger, j’ai parfois l'impression que le Japon me porte malheur..

Je m’excuse d’avance si certains propos vous ont choqué dans mon témoignage, mais c’est la réalité. La situation actuelle est très difficile pour les étudiants qui attendent ardemment de pouvoir venir au Japon. Nous sommes déjà dans une situation assez précaire, alors rester studieuse tout en ayant la sensation d'être oubliée, rejetée et sans perspective d’avenir impacte de graves conséquences sur un grand nombre de personnes.

Tout ça pour vous expliquer, comment en seulement 4 mois, qui m’ont paru comme une année, on peut violemment sombrer. Courage à tous les étudiants qui se battent encore pour poursuivre leurs envies.
Malgré tout, j’aime toujours autant ce pays, je souhaite toujours me rendre là-bas pour un long séjour, mais dans quelques années, j'attends de voir comment la situation va évoluer.

Je tiens à remercier mes parents et mon copain qui ont eu un soutien sans faille et qui m’ont aidé à me reprendre en main, à mon agent qui fait son maximum pour aider tous ses étudiants et mes professeurs de japonais qui ont fait preuve d’une grande patience.

Vous allez peut-être me trouver un peu folle, mais étant illustratrice de formation je souhaiterai dessiner un ouvrage sur le sujet. Je trouve que l'on ne parle pas assez des étudiants internationaux qui se voient refusés sur le territoire japonais, qui vivent dans la difficulté et dans un sentiment de trahison et d'abandon.

Je me permets de vous envoyer un message car je lis votre journal depuis longtemps, et (c'est mon impression) vous avez plusieurs fois identifié cette thématique dans vos articles. J'ai le sentiment que vous êtes engagés dans vos lignes, vous mentionnez tous ces travailleurs, étudiants, enfants, époux (...) qui se retrouvent bloqués et ignorés par le gouvernement japonais. Et je vous remercie pour ça.

Mon but n'est pas de boycotter le Japon, j’apprécie toujours ce magnifique pays ! Mais seulement d’expliquer à une plus large audience, le quotidien actuel des étudiants internationaux. Et par la même occasion, laisser à ces étudiants une occasion de leur donner la parole!

Je pense que votre journal est lu par une grande communauté Franco-Japonaise, et que cela pourrait m’aider.
Sur ce je vous remercie pour tout votre travail, et je resterai une lectrice enthousiaste à vos prochains articles !

Bastien, en reprise d'études, a démissionné de son travail et vendu sa maison pour partir à Fukuoka

Je suis un étudiant inscrit depuis avril 2021 dans une école à Fukuoka. Cela fera bientôt un an que je suis toujours bloqué en France, en attente de la réouverture des frontières.

Je me suis inscrit pour la rentrée Avril 2021 à l'école de langue NILS pour une durée de 2 ans. Mon objectif premier est de reprendre mes études dans le domaine de la chimie, mais il me fallait d'abord maîtriser le japonais avant de m'inscrire dans une université.

Depuis le début du travel ban, mon école a mis en place un système de cours en ligne, ils filment des leçons qu'ils uploadent sur YouTube, puis nous donnent des devoirs à faire sur ces vidéos que nous leur transmettons par mail. Cependant, je dois reconnaître depuis Novembre dernier, les contacts avec l'école se font plus difficiles. Je reçois toujours les vidéos, mais il faut parfois des semaines pour obtenir une réponse. Les démarches compliquées misent en place par le gouvernement ne facilitent certainement pas la communication.

J'ai démissionné, puis ai vendu ma maison en mars 2021 dans l'optique de mon départ. Depuis, à cause du manque d'information et de planification du gouvernement, je n'ai pas pu rechercher de nouvel emploi. Je suis donc dans une situation sans revenus depuis bientôt un an.

J'ai donc en perspective d'abandonner mon projet si le gouvernement ne permet toujours pas la rentrée des étudiants d'ici la rentrée Avril 2022.

Malgré mon rêve depuis toujours d'étudier et de vivre au Japon, où j'avais l'intention de continuer mes études, trouver un travail, voir même m'y installer si possible, je me sens aujourd'hui délaissé par le gouvernement, qui préfère visiblement donner la priorité aux athlètes et personnalités riches plutôt qu'aux jeunes étudiants et travailleurs. Je peux affirmer que nous sommes tous prêt à respecter toutes les démarches imposées pour limiter les contaminations du virus, si seulement nous pouvions faire nos preuves.

Laurine, échange au Japon prévu depuis 2018, reporté 2 fois depuis mars 2020, annulé en 2021 pour cause de fin de cursus

Je m'appelle Laurine. Lorsque j'ai commencé mon dossier pour aller étudier au Japon en 2018, j'étais en deuxième année de licence d'anglais avec japonais comme LV2. J'ai appris que mon université avait un programme d'échange avec l'université de Yokohama et que les places étaient très restreintes, seulement 2. J'ai donc préparé un gros dossier et fait voir à mes professeurs à quel point j'étais motivée. Ça a marché, j'ai été sélectionné avec Fanny, une camarade de classe. On a vécu cette aventure de grandes déceptions ensemble. Septembre 2019 commence le cinquième semestre, la dernière ligne droite avant le Japon. Ça fait des mois que c'est mon objectif de vie, mon rêve et mon but à atteindre. Des années que j'imagine vivre ma vie là bas, découvrir des endroits magnifiques et m'immerser dans la culture nippone.

Le mot d'ordre pour le dossier d'acceptation était : motivation. Des tonnes de papiers à remplir, des autorisations, des relevés de notes, des rendez-vous médicaux, des attestations de la banque... mais je m'en suis sortie et j'ai validé mon 5ème semestre par la même occasion. Ça y est, l'attente était bientôt terminée. Janvier 2020, j'achète mon billet d'avion ✈️ pour lequel j'ai économisé pendant longtemps, j'achète aussi ma valise, je prend des rendez-vous avec la banque, mon assurance... Février 2020, premiers cas de covid en France, on voit les images de la Chine à la télé... Je ne m'inquiétais pas vraiment, pour moi c'était IMPENSABLE que j'annule mes études au Japon. Ce n'était même pas une option dans mon esprit. Mais voilà... Mardi 3 Mars, je me réveille avec un mail. Un mail qui m'annonce que tous les voyages d'études sont à présent annulés. Juste un mail. Je devais partir le 30 Mars. Avec Fanny, nous nous rendons à l'université pour avoir des explications et là je craque. Le Japon c'est fini. Je suis inconsolable, pendant des heures nous pleurons dans les couloirs de l'université. On nous propose de finir notre année en France puis de redoubler pour pouvoir partir en Octobre 2020. On accepte. Cependant, il n'y aura pas de réouverture des frontières pour le Japon. On redécale à Avril 2021. Toujours fermé. Mes études sont terminées et mon rêve brisé.

À l'heure actuelle je suis diplômée d'une licence de LLCER et LEA, je n'ai pas continuer en Master mais j'ai fait de mon côté une formation de TEFL pour être accrédité à enseigner l'anglais à l'étranger. Je garde toujours un œil sur la situation au Japon, peut-être qu'un jour mon rêve se réalisera.

J'espère vraiment qu'on partira un jour. Ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule dans ce cas. Je me sentais seule au monde lorsque c'est arrivé.

Eva, étudiante isolée atteinte d'anxiété à cause de l'attente de l'ouverture des frontières depuis 2020

Bonjour, je me présente je m'appelle Eva, et je fais partie des étudiants Français attendant l’ouverture de la frontière japonaise.

J’ai commencé les démarches en 2020 auprès d'un organisme afin de partir dans une école de langue japonaise à Tokyo en 2021. J’ai décidé de me lancer dans ce projet par passion pour la langue japonaise mais également car les études que j’avais entrepris durant 1 an dans une université française, n’étaient pas satisfaisantes pour moi.

J’ai effectué toutes les procédures, et j’étais prête à partir pour la rentrée d’avril 2021. J’ai travaillé pendant huit mois en France en attendant de partir, et également pour mettre de l’argent de côté (de juillet 2020 à mars 2021).

J’ai attendu désespérément les annonces du gouvernement japonais pour mon départ, mais les frontières sont restées fermées. J'ai donc commencé à suivre des cours en ligne d’avril 2021 à novembre 2021. En pensant à chaque fois que le mois d’après les frontières ouvriraient. J’ai participé à des événements contre les restrictions d’immigration pendant des mois, sans succès. Fin novembre, j’étais totalement déprimée et anxieuse. J’ai dû prendre des médicaments assez puissants et prescrits par un médecin, pour supporter cette anxiété.

J’ai été isolée pendant des mois, les seuls contacts que j’avais étaient à travers mon écran. Mes amis français mènent leur vie, ils vont à l’université, sont diplômés, ont une vie sociale, partent à l’étranger dans des pays qui les acceptent. Je suis toujours dans l’attente, j’ai par contre décidé de travailler en français en attendant l’ouverture plutôt que de continuer les cours en ligne qui commençaient à 5h du matin.

Il faut savoir que cette école demande une énorme charge de travail, car j’ai pour but d’aller ensuite à l’université.
Je souhaite également participer à des cours supplémentaires dans mon école, mais ils commençaient à 2h du matin en plus des cours "normaux" à 5h. Ce qui aurait été mentalement insoutenable. Aujourd’hui mon opinion sur le Japon a beaucoup changé, et si j’avais un conseil à donner aux futurs étudiants, je leur dirais de peut-être envisager une autre destination.

J’ai perdu énormément de temps et d’argent, j’ai consommé une partie de mon visa, je suis mentalement à bout. Cette école de langue a été un vrai investissement pour moi j’ai dû travailler dur pour pouvoir la payer, mais mon sentiment est au-delà de l’argent… c’est surtout de la frustration, de la colère et de l’incompréhension face au discours et à la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement japonais et notamment à ces différences faites entre les étrangers et les Japonais.

Joss, grands-parents d'un petit fils né en mai 2021

Nous sommes à la retraite et grands-parents d'un petit-fils né au Japon en mai 2021 et nous n'avons encore jamais pu le toucher 😢 et en même temps pas vu notre fils et notre belle fille japonaise.

Mon fils vit au Japon depuis 2015, il travaille à Tokyo et s'est marié en janvier 2021 avec une Japonaise, ils ont un petit garçon qui est né le 4 mai 2021. Il vit à Atsugi et télétravail à cause du Covid.

On a acheté des billets pour aller au Japon qui nous ont été remboursés. On a téléphoné plusieurs fois à l'Ambassade du Japon pour savoir si on pouvait partir… refus plusieurs fois, pourtant on a nos 3 doses de vaccin.

Nous n'avons pas envie de rester enfermés en quarantaine juste à côté de nos enfants. Difficile de ne pas les voir en vrai… Ras le bol de la politique du Japon.

Laurence, restauratrice en Polynésie qui attend depuis juillet 2020 pour déménager au Japon en famille

Bonjour de Moorea en Polynésie française, voici notre histoire sur notre déménagement au Japon.
Notre famille attends depuis deux ans de pouvoir déménager au Japon… enfants, étudiants à l’université et parents enseignants et chef de cuisine… nous espérons que cette année sera la bonne !!

Nous sommes un couple franco-américain-japonais avec 3 enfants, je suis française chef de cuisine et entrepreneur à la tête de plusieurs business ici en Polynésie et maman de 3 enfants de 20, 18 et 11 ans. Kei mon mari est né au Japon de parents japonais et a été élevé aux USA donc de passeport américain. Nous nous sommes rencontrés à l’université à Lyon il y a 27 ans. Nous sommes partis vivre aux USA puis à Matsue au Japon pour 2 ans où il était enseignant avec le programme JET. Nous nous sommes mariés au Japon et après nous sommes rentrés en France poursuivre nos études et avoir nos enfants. Après 5 ans en France nous sommes allés en voyage en Polynésie et avons décidé de nous y installer. Cela fait maintenant 16 ans que nous vivons sur la magnifique île de Moorea. Nos enfant ont grandi sur cette île et nous y avons construit notre maison et ouvert des business dans la restauration pour ma part et avons enseigné le japonais et l’anglais pour Kei.

En 2019 nos 3 enfants nous demandent si nous pouvons déménager au Japon, ils ont envie de découvrir le pays, la langue, de voir leur famille japonaise et les amis plus souvent. Nous commençons à chercher, à nous renseigner sur les visas et sur notre destination quand une amie japonaise nous propose de nous installer à Nara dans la maison de ses parents qui est inhabitée depuis longtemps.

Nous commençons à mettre tout en place pour déménager en juillet 2020 lorsque la crise du Covid arrive. Nous espérons que notre déménagement va pouvoir se faire quand même, je vends mon business d’épicerie fine et garde celui de café food truck et nous patientons.

Fin 2020 nous pensons pouvoir déménager en 2021, nous préparons les inscriptions en classe, nous cherchons un emploi au Japon, nous commençons nos cartons en nous disant cette année c’est la bonne… mais le virus ben a décidé autrement.
Notre île est très touchée par le virus en septembre 2021 nous décidons de tout reporter à juillet 2022.

Mon mari s’inscrit pour faire le programme JET à partir de juillet 2022, nous re-inscrivons nos enfants à l’université à Osaka et au collège de Nara. Nous mettons tout en place pour déménager en juillet cette année.

La fermeture des frontières japonaises nous a fait passer deux années d’attentes et d’espoir et de tristesse. Nous avons décidé de repousser nos projets mais de ne rien lâcher. Dans notre tête en août ou septembre nous serons à Nara et commencerons une nouvelle vie au Japon.

Dennis, une 2ème année de Master au Japon partie en fumée en 2020-2021 (cours de nuit et stage en distanciel non-rémunéré)

J'ai repris mes études en septembre 2019 pour un MAE Management des Entreprises Japonaises à l'IGR-IAE de Rennes.
C'est un master en 2 ans avec la deuxième année au Japon, il y a un échange universitaire de 6 mois puis un stage en entreprise de 6 mois aussi.

Les frontières du Japon étaient fermées à partir de mars 2020 environ et je devais partir en septembre 2020, dans les faits le processus d'inscription avec les universités ne s'est pas arrêté et la seule chose qui a bloqué c'était justement ces frontières fermées, ce pourquoi les universités japonaises ont décidé de repousser l'échange au mois de juin 2021.

Les frontières ont réouvert entre octobre et décembre 2020 mais impossible d'y aller sans papiers, prévus pour le semestre de printemps 🌸 à partir d'avril 2021.

J'ai travaillé entre juillet 2020 et février 2021 en espérant partir en mars-avril mais les frontières sont restées fermées, j'ai donc suivi les cours en ligne de l'université de Soka pendant presque 4 mois, soit de 2h à 9h du matin.

L'avantage c'était que l'université de Soka était bien organisée et malgré que ce soit de nuit et en France, le semestre s'est bien passé.
Bien entendu c'était un moindre mal, et côté psychologique ça a été très difficile de faire un deuil forcé de ce projet, d'autant plus qu'il y a eu 1 an d'incertitude / d'espoir qui a beaucoup bloqué les perspectives.

Après le semestre d'échange il fallait effectuer le fameux stage, et la nouvelle difficulté imposée par notre école pour que le diplôme garde une certaine "cohérence" a été le rapport au Japon à travers la thématique de stage / l'entreprise (donc toutes les offres de stage du marché français, ou presque, je pouvais oublier).

J'ai finalement poursuivi en stage avec une entreprise japonaise au Japon, pour développer les possibilités sur le marché français.
La difficulté ici c'était qu'il s'agissait d'un stage non rémunéré (en application des règles japonaises), mais stage nécessaire pour valider mon diplôme...

Au final c'est un an et demi d'incertitudes, d'espoir, de déception, de précarité relative (entre mars et décembre 2021 je n'ai eu aucun revenu, j'ai dû utiliser mes économies et presque tout mon prêt étudiant).

Aujourd'hui je cherche du travail en management et/ou RH, la thématique Japon m'intéresse bien entendu énormément mais il est plus délicat de faire valoir mon expérience qui n'a pas vraiment été immersive.
J'ai validé mon diplôme mais le suivi effectué par l'école durant cette période d'incertitude n'a pas été génial, pendant plusieurs mois nous étions laissés (avec mes camarades de promotion) sans nouvelles et nos options ont été limitées à cause de cette condition de stage.

Leeloo, étudiante en Master doit suivre des cours pour débutants en distanciel, toujours séparée de son fiancé japonais

Tout d'abord merci beaucoup pour votre initiative.

J'ai été selectionnée pour l'universite de Gifu en début 2021. J'avais espoir que le Japon ouvre après les JO 🏅. Mais après ce fut les élections puis quand enfin la réouverture fut annoncée pour novembre j'avais fait ma valise et pris un rendez-vous dans une agence de voyages pour acheter mon billet d'avion pour le 17 novembre. Cependant le jour de l'annonce à mon réveil vers 13h (car je vis en décalé avec les cours de 2h30 à 4h depuis octobre 2021) j'apprends le système de calendrier. A ce moment là je voulais mourir. Me lever le matin devenait un cauchemar, j'espère chaque nuit ne pas me réveiller. Mais j'ai mon fiancé qui m'attend alors je n'ai pas le choix que d'attendre désespérément à mon tour.

Je me suis dit que en janvier ça changerait alors je me disais courage. Et puis la fermeture fut prolongée jusque fin février. Et là on apprend que seulement 400 etudiants vont pouvoir rentrer... et les cours de débutant la nuit que je suis obligée de suivre alors que je suis en master de japonais et que je passe le N2 à la fin de l'année. Je perds le goût de faire du japonais... il m'arrive de pleurer des heures car je suis incapable d'ouvrir un livre de japonais. Alors que je n'ai que le Japon. Je bosse pour les artistes japonais, mon fiancé est japonais, mes sorties sont en rapport avec le Japon, mes amis aussi. Alors attendre et faire autre chose oui mais quand on a que le Japon c'est un cauchemar.

Mon fiancé est encore étudiant jusque avril. Il n'aura plus de vacances... et mon COE expire comme tout le monde le 30 avril. Mes études des plans B c'est dur après tant de travail et de sacrifices pour être sélectionné, mais en plus d'être loin de mon fiancé pendant 2 ans alors que je devais aller au Japon 2 ou 3 fois par an m'est insupportable. Si les frontieres n'ouvrent pas cette année quand est-ce que je vais le revoir ? Et si je ne suis plus capable de me remettre au japonais car le distanciel pendant 2 ans c'est long. J'ai besoin d'aller au Japon pour mon avenir aussi professionnel, tous les contacts pro sont là bas c'est dur de garder contact. Et je dois apprendre le japonais sur place dans les bouquins pendant 2 ans dans ma chambre de 10m carré, j'en peux plus...

Si rien ne change je vais songer à consulter ou aller à l'hôpital.
Voila mon histoire... désolé c'est pas très gai mais c'est sans filtre et sincère.

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Kanpai tient à remercier toutes ces lectrices et lecteurs qui ont participé à la conception de cet article.