Yokohama (Japon), vendeur en attente dans une boutique de souvenirs traditionnels

La longue dernière ligne droite avant la réouverture japonaise

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Ce fut long, surtout jusqu'au mois de mai, mais le Japon l'a enfin fait : en cette mi-novembre 2021, l'archipel est devenu le pays le plus vacciné du G7 devant le Canada, avec plus de 75% de sa population inoculée (la France n'en est que quelques dixièmes derrière). C'est certes moins que d'autres grands pays comme l'Espagne ou Singapour, mais on peut désormais féliciter les autorités japonaises pour cette performance certes tardive.

Là où on les loue moins en revanche, c'est sur leur motivation manifestement peu élevée à rouvrir enfin les frontières du pays. Alors qu'après une 5ème vague douloureuse cet été, le Japon ne détecte plus que quelques dizaines de cas de Covid 🦠 par jour, il traîne volontairement des pieds pour accueillir à nouveau des étrangers sur son sol, à commencer par des visas plus légitimes encore que les "simples" touristes.

Un retour progressif par type de visa

Étudiants, business, PVT et familles d'expatriés

Depuis le 8 novembre, les visas suivants sont à nouveau autorisés à entrer au Japon : étudiants, visas d'affaires de courte durée (moins de 3 mois) et stagiaires. De plus, ils bénéficient d'une quarantaine réduite, qui passe de 10 à 3 jours seulement.

Ça, c'est pour la version disons "promotionnelle", presque pour le marketing. La réalité est beaucoup plus nuancée. Obtenir un visa à ces fins ou tout simplement profiter de ce calendrier alléchant impose des procédures kafkaïennes qui requièrent l'intervention de jusqu'à 7 ministères différents. Tout le monde s'arrache les cheveux depuis l'annonce :

  • les étudiants qui, après avoir payé leur semestre ou leur année, doivent depuis des mois continuer à suivre leurs cours en distanciel, devant leur ordinateur, le plus souvent en pleine nuit ;
  • les écoles dont les lourdes formalités sont en plus changeantes à mesure de l'avancée (l'Université de Sophia a même jeté l'éponge en pointant l'incohérence du calendrier) ;
  • les ministères pour qui la nouvelle paperasse est parfois source d'incompréhension puisque les formations afférentes n'ont pas eu le temps d'être données.

Le comble ? L'entrée des étudiants, qui dépend de l'obtention de leur "Certificate of Eligibility", est en réalité échelonnée entre novembre 2021 et février 2022 selon la date d'obtention du CoE. Dans les faits sans grande surprise, pour la grande majorité d'entre eux, on est effectivement plutôt sur février que sur novembre. Et ils devront tout de même payer entre 100 et 200.000 Yens environ (~780€ à ~1.561€) pour subir cette quarantaine en frais d'hôtels, PCR, etc. Quant à la réduction de celle-ci, on parlera plutôt d'un leurre que d'une vraie libération (interdiction d'aller dans les restaurants, en réunion, dans les transports sans siège réservé, etc.) d'autant que le délai d'instruction préalable de la demande durerait jusqu'à 6 semaines.
Rappelons que le Japon est le seul pays du G7 à bloquer encore aujourd'hui l’entrée des étudiants sur son territoire.

Ce samedi 20 novembre, à la surprise générale, les visas vacances-travail (PVT) reprenaient également mais dans une version tout aussi entravée : il est nécessaire d'avoir une entreprise sponsor qui se porte garante avant de pouvoir déposer son dossier de demande. Autant dire une aberration pour ce visa qui privilégie le voyage à la sédentarisation dans un métier.
Enfin, depuis ce même jour, les membres de la famille des personnes qui résident au Japon peuvent à nouveau solliciter un visa à l'Ambassade du Japon en France. Cela concerne notamment les parents divorcés, les grands-parents ou les frères et sœurs d'expatriés. Leur hic : la demande doit être motivée par une raison humanitaire (par exemple : déprime liée à une longue séparation) et le dossier fourni doit inclure le dernier avis d'imposition, les relevés bancaires récents ou encore une attestation employeur...

Pour les visas de travail longue durée, pour l'instant rien de neuf sous le soleil.

Si l'archipel, où les gouvernements de vieux nationalistes se succèdent encore et toujours, peut effectivement claironner qu'il a rouvert ses frontières aux visas sous la pression des écoles et du Keidanren (le Medef nippon), il l'a fait à reculons et donc a minima. Preuve que le pouvoir ne s'attend pas à des flux migratoires massifs à la suite de ces annonces : il vient d'annoncer relever son autorisation d'accès de 3.500 à quelque 5.000 entrées quotidiennes sur son sol. Et alors que le Covid connaît sa résurgence hivernale notamment en Europe, le ministère annonçait dès les premières lignes de son communiqué qu'en cas de nouveau variant du Corona, une refermeture serait envisageable [mise à jour -- Cela n'a pas tardé : quelques jours seulement après la découverte d'Omicron, le gouvernement japonais referme ses frontières dès le 30 novembre]. Heureusement, dans les pays très vaccinés où les cas explosent, jusqu'à présent cela ne s'est pas traduit par une saturation des hôpitaux, crainte japonaise la plus forte après la récente 5ème vague.

En réponse à ces premières annonces pour le moins captieuses, 7 grandes Chambres de Commerce et d'Industrie (États-Unis, Angleterre, Canada, Allemagne, France, Italie et Europe) publiaient un communiqué commun pour exhorter le Japon à simplifier ses procédures et accélérer sa réouverture. Bien que ce message ait peu de chances de faire bouger les lignes, le Japon pourrait commencer à comprendre qu'il cause d'importants dégâts à son image sur le plan international. D'ici là, on est encore dans la maison qui rend fou des 12 travaux d'Astérix.

Touristes

À cette même date du 8 novembre où les visas ont recommencé à être acceptés sur l'archipel, cela n'aura échappé à personne : les États-Unis ont eux rouvert leurs frontières aux simples touristes vaccinés. Du côté du Japon... les prévisions s'avèrent plus floues !

Nos sources insider nous informaient depuis le début d'automne 🍁 déjà que la réouverture aux touristes étrangers se ferait à partir de janvier 2022. Nous avons donc partagé la bonne nouvelle à nos abonnés mais certains (principalement sur nos comptes Facebook et Twitter) se sont enflammés et nous ont ensuite accusés de colporter de fausses informations. Précisons les choses : ce n'étaient pas des rumeurs. Nous n'avons pas d'intérêt à faire rêver nos lecteurs si l'optimisme est violemment douché peu après. L'incompréhension vient d'une part de la frustration des voyageurs bloqués hors du Japon, et surtout d'une méconnaissance de la vision japonaise que nous allons expliquer plus bas.

Début novembre, le gouvernement nippon s'est ensuite exprimé au sujet des touristes étrangers en annonçant "prévoir de commencer à envisager de les accepter sur son territoire d'ici la fin de cette année" (sic). Quand vous dites cela à un Occidental, il comprend qu'il sera au pied de la Tokyo Tower 🗼 début 2022. Le Japonais, plus prudent et surtout long à la prise de décision, fonctionne autrement et c'est ce qui est en train 🚅 de s'avérer. Ainsi, autour du Nouvel an, ce seront les voyages de groupes par agences de voyages qui seront possibles. Plus précisément, des versions limitées et très encadrées dans le but de servir de test (pas de sortie de l'hôtel 🏨 autorisée, des visites exclusivement organisées, etc.) et sur lesquels se basera le calendrier de réouverture aux touristes.

Ensuite, il ne faut pas oublier que le tourisme domestique reste très puissant au Japon. Go To Travel, la campagne de subvention aux voyageurs intra-nationaux qui avait duré plusieurs mois en 2020, devait reprendre à l'automne 2021 ; ce qui paraissait tout à fait logique puisque cela coïncidait avec la baisse drastique du nombre de cas et surtout la fin tant attendue de l'interminable état d'urgence de cette année. Sauf qu'il y a quelques jours à peine, on apprenait que cette seconde saison de GoTo Travel aurait lieu de janvier / février à mai 2022 (avec un budget pharaonique au risque de creuser encore plus une dette nationale déjà abyssale)... Même si d'un point de vue extérieur, la logique semble avoir depuis longtemps quitté les choix du gouvernement japonais, on peut supposer que le retour du tourisme dit "individuel" (non encadré) à grande échelle attendrait donc la fin de cette campagne. Comme un indice supplémentaire, certains JR Pass régionaux (Kansai Wide, Kyushu et Hokkaido) sont temporairement accessibles aux résidents japonais jusqu'à fin mars 2022, alors qu'ils sont par nature réservés aux voyageurs étrangers en temps normal.

Signe des temps qui changent, enfin : les Offices de Tourisme locaux, qui ne nous sollicitaient quasiment plus depuis bientôt un an, semblent se réveiller et préparer le retour des voyageurs étrangers. On nous recontacte, on prépare des nouveaux voyages de presse pour Kanpai, bref, on sent que la reprise du tourisme se dessine.

Pour être tenu(e) informé(e) le jour-même de l'annonce de la réouverture des frontières aux touristes francophones, n'oubliez pas de vous inscrire gratuitement à la newsletter Kanpai :

Comment "profiter" de la situation

Encore et toujours, n'en déplaise aux inopportuns : il est encore temps de réserver pour bénéficier des derniers bons tarifs ! Les prix ne vont désormais aller qu'à la hausse et cela a même déjà commencé. Tous les opérateurs (compagnies aériennes, hôteliers, agences de voyages, etc.) sont désormais largement rompus aux annulations sans frais et aux reports ; si ce n'était pas le cas, il vous suffirait de choisir un autre prestataire.

Beaucoup d'entre vous êtes désormais optimistes et avez réservé pour le printemps 🌸. Vous aurez peut-être eu raison avant tout le monde, serez potentiellement parmi les premiers voyageurs à fouler à nouveau le sol du Japon, donc avec très peu de touristes pendant vos visites et à des prix défiant toute concurrence !
Si vous souhaitez prendre le moins de risques possible, réservez pour l'été ou l'automne 2022.
Enfin, si vous êtes du genre pessimistes ou très prudents, attendez une annonce officielle de réouverture. Vous serez alors certains de vos engagements, mais vous ferez partie de la marée de réservations.

Nous savons qu'il n'est pas simple de se projeter tant que les frontières sont encore fermées au tourisme, mais il faut alors accepter que son voyage coûtera beaucoup plus cher, durera moins longtemps et/ou offrira moins de choix au moment de la réservation.

Et n'espérez pas que les tarifs baissent dans les années à venir ! Le Japon fait partie des destinations les plus prisées (parfois même la plus demandée au monde) en prévision de la reprise du tourisme post-Covid. La grande majorité des touristes auront rapidement oublié cette réouverture lente et compliquée, et beaucoup n'en auront d'ailleurs même pas eu vent. La plupart des voyageurs, habitués et avides de longs courriers, ont pu mettre de l'épargne forcée dans ce long tunnel de confinements et couvre-feux que nous connaissons depuis mars 2020 ; leurs voyages en France ou dans les pays limitrophes n'ont certainement pas étanché leur soif d'exotisme. Et puisque le Japon a maintenu ses objectifs de 60 millions de touristes accueillis en 2030 (soit le double de 2019, déjà son année record), les tarifs ne vont certainement pas aller à la baisse dans les années à venir...

Il nous reste ainsi à patienter jusqu'à l'arrivée d'un calendrier plus précis d'ici le début d'année, qui va maintenant très vite arriver. On ne s'attend pas pour les touristes à une quarantaine obligatoire à l'arrivée, mais à une preuve de schéma vaccinal terminé ainsi que des test PCR négatifs à fournir avant le décollage et peut-être à l'atterrissage en plus. Comme de très nombreux autres pays d'ailleurs, le Japon ne rouvrira probablement pas sans ces contreparties.

Mis à jour le 29 novembre 2021 - The Final Stretch to the Reopening of Japan