Fukuro Matsuri Ikebukuro (Tokyo), groupe de gaijin et de Japonais en tenue traditionnelle de festivalier

Le complexe des tatamisés du Japon

⏱ 7 minutes

Cela se vérifie à chacun de nos articles traitant d'actualité ou d'un sujet plus ou moins "sensible" : selon certains lecteurs, nous serions soit trop "pro" soit trop "anti". Symptomatiques d'une société qui se polarise de plus en plus et exacerbés dans leur crainte de ne pas comprendre un monde en pleine pandémie, ces extrêmes, renforcées par les algorithmes des réseaux sociaux et la propagation virale des fausses informations, nous reprochent au choix :

  • d'être aveuglés par le Japon et de l'encenser, donc de dénigrer la France en sous-texte ;
  • ou de critiquer et déconsidérer le Japon sur certains points alors que la France ne fait pas mieux.

La posture est parfois tellement absurde que ces attaques contradictoires concernent, selon les points de vue, un seul et même de nos articles !
Évidemment, la grande majorité de nos lectrices et lecteurs sait faire la part des choses et, si nous acceptons le débat respectueux avec plaisir, il n'est possible d'échanger que lorsque chacun cherche à comprendre les arguments de l'autre et se base sur des faits vérifiés.

🎌 Qu'est-ce qu'un(e) tatamisé(e) ?

L'expression se réfère aux étrangers, notamment les expatriés, qui se rallient tellement aux us et coutumes nippons qu'ils en renient leur culture d'origine voire toute culture étrangère à celle du Japon. Pour schématiser, on pourrait dire qu'ils cherchent à devenir plus Japonais que les Japonais eux-mêmes. Ce sont, bien entendu, ceux qui tombent du plus haut à moyen / long terme tant l'intégration totale est impossible au Japon, à commencer par une raison ethnique donc physique (mais pas que, loin de là).

En l'occurrence, nous faisons référence dans cet article non seulement à ceux-là, mais également et peut-être encore plus spécifiquement à ces "sous-tatamisés" qui ne connaissent le Japon que de l'extérieur. Ils n'entrevoient souvent l'archipel que par le biais de ce qu'ils en apprennent sur Internet 📶 ou à la télévision, idéalisant le pays et ne supportant pas la moindre critique à son égard.

Se met alors en place pour eux un biais de raisonnement appelé dissonance cognitive : "s’il y a contradiction, le raisonnement se base sur la volonté d’éliminer la contradiction. La façon de présenter la situation ou le problème modifie son interprétation".

Bien évidemment, ils sont encore plus visibles et plus fréquents en ce moment où les frontières japonaises sont encore relativement fermées et ceux qui peuvent s'y rendre, peu nombreux, rentrent dans des cases bien spécifiques : résidents, half / bi-nationaux et époux de Japonais principalement, et quelques rares visas de travail (créant un possible complexe de supériorité). C'est aussi un temps où les trolls aigris aiment à déverser leur bile sur les réseaux sociaux et sur Internet en particulier, bien cachés derrière leurs écrans.

👺 Sommes-nous des tatamisés ?

Comme vous le savez, Kanpai est un site d'information indépendant (et non journalistique) sur le Japon en général et le voyage sur l'archipel en particulier, avec de nombreux partenaires locaux. Nous avons depuis toujours une volonté de diffuser de l'information vérifiée et sourcée dans les faits, mais en gardant systématiquement notre indépendance sur l'interprétation et les avis formulés.

Il va sans dire, mais nous tenons à rappeler que nous adorons le Japon, qu'une partie de l'équipe est expatriée sur place et que, si Kanpai existe et publie plusieurs articles par semaine depuis déjà 21 ans, notre passion pour cette culture n'est évidemment plus à prouver.

Que nous soyons basés en France ou au Japon, nous avons toutes et tous l'archipel dans le cœur, dans le sang et si nous sommes parfois touchés de près par certaines évolutions ou décisions qui concernent le pays, nous cherchons toujours à garder la tête froide pour vous proposer une information et des analyses les plus honnêtes possibles.

Le Japon évolue, parfois plus vite que certains ne le pensent ou ne l'espéreraient, et il est indispensable de constamment se remettre en question pour échanger avec sérénité et apporter des analyses cohérentes liées à ce magnifique pays.

Nous sortons également sans fard de cette approche japonaise sclérosée de l'information où les institutionnels ne peuvent pas communiquer tant que l'information n'est pas confirmée et reconfirmée officiellement, et qu'ils n'ont pas le feu vert explicite de leurs référents nippons pour pouvoir l'afficher sur leur site web. C'est le cas, par exemple, de l'Ambassade et de l'Office national du tourisme japonais, qui publient les informations de manière officielle, mais souvent avec du retard sur un site comme Kanpai qui se source notamment dans les pools journalistiques proches du pouvoir japonais.

😡 Exemples de postures tatamisées envers Kanpai

Si l'idée nous trottait déjà en tête depuis longtemps, plusieurs constatations successives nous ont conduit à coucher sur papier cette analyse des tatamisés. C'est d'abord de plus en plus le cas depuis le début de la crise du Covid 🦠, où nous sommes au choix :

  • trop optimistes sur la fenêtre de réouverture des frontières, donc à la solde du lobby touristique ;
  • pas assez optimistes sur celle-ci, alors que les futurs voyageurs et expatriés pressent à la porte et que le Japon les ignore ;
  • à la solde du gouvernement japonais sur le nombre de cas de Covid maquillé par le faible nombre de tests effectués ;
  • ou encore vendus au gouvernement français qui n'aurait pas suffisamment protégé sa population.

Parfois même, Kanpai reçoit des reproches ou remarques mal intentionnées à la simple énonciation de faits sans analyse ni parti pris...

Dans un autre genre, il y a eu ce lecteur un peu particulier qui nous a alpagués au cours de l'été parce que, ô sacrilège, nous utilisions depuis toujours dans nos articles le terme de "préfecture", alors que lui-même préférait celui de "département". Pour la petite histoire, après que nous lui avons cité Wikipédia, il s'est vexé et désabonné de Kanpai !

Enfin, et pour rebondir sur la partie précédente de cet article, fin août 2020 nous avons diffusé l'information selon laquelle les visas (travail et étudiants) allaient enfin pouvoir entrer à nouveau au Japon début septembre. Outre les commentaires ravis et nous remerciant d'avoir partagé la bonne nouvelle, nous avons reçu un certain nombre d'invectives (notamment sur les réseaux sociaux) nous accusant de propager des rumeurs infondées. Bien entendu, on n'a plus du tout entendu ces véhéments quelques jours après, lorsque le gouvernement japonais, par le biais de l'Ambassade, a finalement publié un communiqué de presse officiel...
Notez bien que nous aurons très vraisemblablement à faire face, à nouveau, au même cirque pour l'annonce de réouverture des frontières japonaises au tourisme dans les prochains mois !

🇫🇷 Où le Japon fait mieux que la France, et l'inverse

L'idée n'est pas ici d'établir une liste absolue des domaines dans lesquels le Japon est meilleur que la France, ou vice-versa, mais plutôt de s'accorder sur des exemples où l'un ou l'autre des pays supplante incontestablement son alter-ego. L'objectif étant de démontrer que tout n'est pas vulgairement binaire, que chaque pays jouit d'avantages et d'inconvénients, de ses points forts et points faibles, et surtout qu'il n'est pas dégradant de l'expliquer.

On peut ainsi raisonnablement affirmer sans trop se tromper que le Japon est plus efficace que la France sur le plan des services (par exemple la Poste 📮, la JR face à la SNCF ou tout simplement la prestation client dans son ensemble), de la ponctualité, de la sécurité, la propreté ou tout simplement son niveau de civisme plus élevé et sa capacité à vivre en société.

On lui préférera au contraire la France pour son agilité et sa flexibilité au global, notamment en entreprise, son esprit critique et sa culture de la différence et de l'individu, l'égalité des sexes, la liberté de presse, ou encore les forfaits mobile / Internet !

Enfin, comment ne pas aborder chaque gestion de crise, après les épisodes successifs de Fukushima et du Covid. Sur ce dernier point, le Japon fait montre de statistiques flatteuses sans avoir connu de confinement ni couvre-feu et en n'ayant rien mis en place de répressif pour sa population, mais a toujours fait payer ses tests (très cher pendant longtemps, avec des difficultés d'accès pour baisser ses chiffres), a particulièrement mal géré la partie vaccins (en tardant à vacciner sa population et en rendant la prise de rendez-vous calamiteuse, encore aujourd'hui) et a au final beaucoup à rougir vis-à-vis de l'accès aux soins au global.

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La tatamisation est attractive et propose un confort de pensée binaire qui permet de se rassurer dans un monde incertain. Embrassons les différences de chaque pays qui font leurs caractères respectifs, échangeons dans la nuance et sortons de la fascination pour adopter une vision la plus objective possible.

Mis à jour le 28 septembre 2021 -