Matsuyama, la ville thermale pleine de charme

Au Nord-Ouest de Shikoku, quasiment en face de Hiroshima, le site de Matsuyama est connu depuis l’antiquité japonaise pour ses sources thermales et ses temples. Aujourd'hui, Matsuyama est une immense ville d’un demi millions d’habitants quand même, au bord de la mer, entourée de jolies montagnes. Pas très facile d’accès, il faut presque trois heures pour rejoindre cette jolie ville en train depuis Okayama. Il y a aussi la route, peut être le plus pratique pour s’y rendre. J’y suis allé en voiture justement, après avoir visité la vallée de l’Iya. L’autoroute permet un accès très rapide en comptant deux heures environ depuis Takamatsu. Mais pourquoi se rendre à Matsuyama, me direz-vous ? Voyons ensemble

Premièrement, comme le titre l’annonce, il s’agit d’une ville thermale, avec un des plus beaux onsen du Japon, le Dôgo Onsen Honkan, celui là même qui a inspiré le onsen du film le voyage de Chihiro, excusez du peu ! Tout le quartier s’appelle Dôgo d’ailleurs. Alimenté par une ancienne source (qui alimente également d’autres établissements), le bâtiment actuel a été refait en 1894, en pleine ère Meiji, et est vraiment superbe.

La visite de ce onsen est absolument incontournable. Prenez la visite complète : bain des esprits, bain des dieux, visite des bains de l’empereur et de la pièce de Natsume Sôseki, suivi d’une légère collation. C’est inoubliable, le bâtiment tout en bois est magique avec tous ces employés aux petits soins, ses salles individuelles, et son charme simple. Après 1h30 environ, on ressort tellement bien, apaisé… Enfin, j’adore les onsen, je ne m’en lasse pas.

D'ailleurs, connaissez-vous Natsume Sôseki ? Ecrivain de la fin de l'ère Meiji, ce dernier, envoyé comme professeur dans une école de Matsuyama, a été si inspiré par le DogoOnsen qu'il en a fait un des lieux principaux de son roman Botchan, archi-célèbre au Japon. Vous pourrez à ce sujet faire le circuit de Botchan, une dizaine de lieux situés autour du onsen, dans lesquels vous tamponerez dûment à chaque fois votre feuille de circuit, à la manière japonaise.

On quitte le quartier des onsen par le bien nommé train de Botchan, qui est aujourd'hui une réplique fonctionnant au diesel et imitant des bruits de machine à vapeur. C'est joli tout plein. Devant la gare de tramway, une horloge installée récemment, recrée toutes les demie-heures des scènes du roman. Pittoresque.

Le tram nous amène en un rien de temps au chateau de Matsuyama, deuxième bonne raison de visiter la ville. Superbe château médiéval, dont le donjon a été incendié, puis reconstruit à la fin de l'époque Edo, en 1850, mais avec bon goût, et toujours en bois ! Le site est superbe, la vue incroyable, le château mérite amplement la visite.

Bien que l'intérieur soit intéressant, c'est surtout la vue, dominant la ville, qui est impressionnante. Cela devait avoir de l'allure en 1650, lorsqu'il a été construit. Son donjon était alors plus haut encore (et plus instable), mais il fut par prudence reconstruit plus petit de deux étages, quand l'occasion se présenta. Si l'on doit comparer ce château à d'autres plus célèbres ... de par son site, son charme et son architecture, je dirais qu'il ne démérite pas du tout. Aucun ne saurait rivaliser avec celui d'Himeji bien sûr, mais ce dernier étant devenu une telle usine, que l'on devrait plutôt l'appeler Disneymeji maintenant. Le château de Matsuyama, loin des circuits touristiques principaux est, pour l'instant encore, préservé du tourisme de masse qui touche Kyoto et le Kansaï en général. En tous les cas, on y respire, les gens ne sont pas pressés, et on passe du bon temps. On peut essayer une armure (une fausse bien sûr), discuter, s'attarder... Très très agréable.

Sur ce, nous revenons dans le quartier du Dôgo (道後, en japonais) qui signifie "après le chemin". Le nom est bien trouvé pour un endroit que l'on n'a pas envie de quitter. Nous nous arrêtons dans un salon de thé étonnant : Dôgo no machiya (道後の町屋) qui propose des plats et des boissons dans une ambiance "fusion" avec des hamburgers faits avec des produits bio (?!) et des boissons traditionnelles ou revisitées. Le salon traditionnel, à l'arrière du restaurant est magique, au milieu d'un jardin.

Nous nous échappons car nous voulons visiter un temple avant sa fermeture. Le Ishite-Ji, consacré à Kôbô Daishi, troisième raison de visiter Matsuyama. Vous êtes bien entendu un pro de Kôbô Daishi ? Peut être le connaissez-vous sous le nom de Kukaï ? Non ? bon ce n'est pas grave, on va faire un mini rattrapage. Si l'on y prête attention, Kôbô Daishi est partout au Japon. Ce brave Kobo (8ème-9ème siècle), originaire de Shikoku, n'est ni plus ni moins qu'un des tous premiers à avoir introduit le bouddhisme au Japon, et lui a consacré sa vie. Après sa résidence au Tôdai-ji à Nara, il a fondé la secte ésotérique Shingon, une des plus importantes du Japon avec la terre pure et les écoles zen, et fondé également un paquet de temples, comme le Tô-Ji à Kyoto, les temples du mont Kôya (Kôya-San quoi). Entre autres choses, il aurait résidé un temps sur le mont Misen à Miyajima, et c'est en son honneur que le pélerinage des 88 temples de Shikoku a été instauré, dans son île natale. A noter qu'il n'existe aucun livre dans le Shingon, tout l'enseignement se fait de maître à élève. Tout un programme.

Nous passons, pour nous rendre au Ishite-Ji (石手寺), par le Isaniwa-Jinja, un sanctuaire shinto du 11ème siècle (bâtiments non d'époque). Mignon. En poursuivant la route derrière ce temple, vous passez derrière la montage qui se trouve au nord de ishite-Ji. Je ne peux pas vous donner le nom de la rue, ces coquins de japonais ayant la facheuse habitude de ne pas toutes les nommer.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque, sur le chemin du temple, nous tombâmes sur l'entrée d'un tunnel, creusé sous ladite montagne. Ce dernier, mystérieux, allait vaguement dans la direction du temple. Sur ce, trois japonais y disparaîssent. Ils ne resortiront pas. On scrute un peu l'entrée du tunnel, aucune indication, nul Kanji avec le nom du temple à l'horizon. On vote, et on prendre finalement le risque d'entrer. Brrr. Le tunnel fait une centaine de mètre et très vite, on voit des bouddhas partout.

Bien entendu, l'histoire se termine bien pour nous, sinon je ne serais pas en train de vous écrire ça. Tadaaam, le tunnel débouche derrière le temple, plus exactement derrière le dernier bâtiment du temple, au pied de la montagne, d'un endroit que l'on n'aurait pas décelé si on était passés devant. Tout de suite, nous voyons des pélerins partout, habillés de blanc. C'est un temple très visité, avec beaucoup de dévotion, et cela change assez fort des temples-attraction touristiques. C'est rafraîchissant de voir des temples majeurs qui sont en même temps de vrais centres religieux.

Quoique le temple se targue d'avoir été fondé du temps de Kôbo-Daishi, les bâtiments actuels datent du 14ème siècle. En plus du souterrain, il est dominé par une statue de Kôbô de 160 mètres, la plus grande qui existe. Je n'ai pas mesuré précisément, ni vérifié. Il se dit également que le premier pèlerin des 88 temples serait parti de celui-ci....

Voilà,

Ajoutons que le fruit emblématique de Matsuyama est la mandarine (Mikan en japonais) que vous trouverez à toutes les sauces. En bonbon, en gateau, nature, à peu près en tous les produits dérivés que vous pourrez imaginer. Et dès que l'on s'écarte un peu du centre ville, il y a des mandariniers partout dans la région, même sous la statue de Kôbô Daishi, c'est dire !

Un dernier conseil : si vous le pouvez, passez quelques nuits au ryokan DôgoYa (温泉旅館どうごや), à 5 mn à pied du Dôgo Onsen. C'est un des plus beaux qu'il m'ait été donné de voir au Japon. Maison traditionnelle, chambres très spacieuses, accueil impeccable, un mini onsen que nous n'avons pas eu le temps d'essayer. Un sans faute. Après une nuit dans un Ryokan de "seconde catégorie" dirons-nous, lorsque nous découvrîmes le DôgoYa, je dis à la personne qui nous recevait que je regrettais de ne pas être venu dans son établissement dès la veille. Il me répondit avec un immense sourire japonais : "Vous êtes ici ce soir, profitez de votre séjour parmi nous". Et nous avons vraiment bien dormi... je retournerai passer 4-5 jours au DôgoYa, un jour.

Une ville provinciale bien agréable donc, où le Yukata est la tenue de rigueur.

Merci de votre lecture !

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Commentaires

Louis
15 Décembre 2016
16:36

Très bel article sur le quartier de Dogo et plus généralement sur Matsuyama. J'y ai passé 48h à l'été 2015, et je retrouve exactement mes instants passés sur place dans cet article. La ville est effectivement plus calme que ce que l'on trouve dans le Kansai ou autour de Tokyo, mais n'en dispose pas moins de beaux atouts pour faire des visites de lieux qui n'ont clairement pas à rougir face au reste de l'archipel.

15 Décembre 2016
21:12

Merci Louis ! Chouettes souvenirs en effet.

26 Décembre 2016
21:43

Merci pour cet article, ça donne vraiment envie d'y aller !

31 Décembre 2016
11:01

J'ai passé un bon moment là bas.

28 Décembre 2016
10:11

superbe article, très instructif. merci Ivanoff

31 Décembre 2016
10:59

Avec plaisir

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