Voyage en période de Covid, dans l'avion

On a fait l'aller-retour entre le Japon et la France en période de Covid

Si les frontières japonaises ont été quasi hermétiquement fermées pendant cinq mois depuis le premier pic de Coronavirus 🦠 (d'avril à août inclus), plusieurs assouplissements attendus ont lieu depuis tout début septembre.

Parmi ceux-là, la possibilité tant attendue pour les expatriés au Japon de retourner librement sur l'archipel après avoir quitté le territoire. Ce blocage avait logiquement perturbé de nombreux résidents étrangers, dont la vie est au Japon mais que différentes raisons ont pu pousser temporairement hors du pays, par exemple en cas de décès d'un proche.

Depuis le 1er septembre, ils sont enfin libres de leur circulation, comme les résidents japonais l'ont toujours été. Dans notre cas, après six mois d'un Covid-19 pourtant bien maîtrisé au Japon, il était temps de retourner voir notre famille en France pour une pause de trois semaines bienvenue, malheureusement en pleine seconde vague épidémique dans les grandes villes françaises.

Alors que l'on vient d'apprendre que la reprise du tourisme au Japon serait prévue pour avril 2021, voici notre compte-rendu d'un trajet étonnant entre le Japon et la France.

Pour être tenu(e) informé(e) le jour-même de l'annonce précise de la réouverture des frontières japonaises aux touristes francophones, n'oubliez pas de vous inscrire à la newsletter Kanpai :

👩‍🔬 Avant le départ : choix du vol et test PCR au Japon

Nous avons choisi la compagnie Emirates pour effectuer le trajet entre Osaka et Paris, principalement pour des questions de coût (car comme vous vous en doutez, l'année 2020 est pour le moins difficile lorsque l'on travaille dans le secteur du tourisme...).

Le test PCR n'est pas obligatoire en cas de vol direct mais Emirates nous en demande un pour monter dans l'avion ✈️, à effectuer au plus tôt 96 heures avant le décollage. Il est facile d'obtenir un rendez-vous au Japon mais son coût est d'environ 40.000¥ (~308,10€), très loin des ~70€ français pris en charge par l'état.
Pour être tout à fait précis, le test peut être gratuit au Japon —en cas de symptôme(s) Covid— mais cela empêche alors le patient d'obtenir un certificat pour voyager.

La procédure du test est particulière : celui-ci se déroule dans une petite pièce où le siège est placé face à une fenêtre grande ouverte, avec un ventilateur qui tourne à fond dans le dos. Ainsi, en cas d'éternuement ou de toux forte, tout part à l'extérieur ! Le médecin, équipé d'une blouse, d'un masque 😷 et d'une visière, se positionne donc derrière le patient pour effectuer le prélèvement naso-pharyngé.

On obtient le résultat (négatif) sous 24 à 48 heures et tout est bon pour partir !

Voyage en période de Covid, aéroport d'Osaka 3

🛫 Le jour du départ : à l'aéroport d'Osaka

L'aéroport du Kansai à Osaka est quasiment vide, même dans le hall des départs. Seul le comptoir Emirates est allumé au moment de notre passage.

Il n'y a aucune file d'attente pour le check-in mais celui-ci s'avère tout de même très long, avec un protocole contenant beaucoup de points à vérifier par le personnel au sol pour chaque voyageur. Évidemment, on n'attend pas non plus au contrôle de sécurité.
Dans l'espace immigration, 6 membres du personnel nous accostent pour contrôler que nous sommes bien en possession de l'e-mail d'autorisation de ré-entrée obtenue auprès des bureaux de l'immigration japonaise.

Ensuite, la zone duty-free est absolument vide ! Nous attendons 20 minutes et les rares personnes que nous croisons sont des agents de nettoyage ou du personnel des boutiques. La plupart d'entre elles sont d'ailleurs fermées.

Dans la navette, nous sommes toujours seul. Arrivé à la salle d'embarquement, tout est fermé, même le célèbre konbini Family Mart.

Voyage en période de Covid, aéroport d'Osaka 4

✈️ Dans l'avion et pendant l'escale

Nous sommes environ 30 personnes à embarquer, accompagnés d'une quinzaine de personnels navigants !

Dans l'avion (un Boeing 777), nous sommes tous placés à bonne distance les uns des autres, avec interdiction de changer de place pour des questions de distanciation physique. Dans les faits, on se retrouve avec 7 sièges pour un seul homme, et autant de couvertures et d'oreillers ! On peut ainsi dormir correctement, allongé de tout son long sur les 4 sièges centraux.

Est-ce lié au Covid : on nous sert le repas sans apéritif au préalable.

Notre escale se déroule logiquement à Dubai, où l'on vérifie en premier lieu notre test PCR négatif. Nous devons porter des gants (fournis dans l'avion) pour passer le contrôle de sécurité.

Le second vol (en A380) transporte un peu plus de passagers : une cinquantaine environ, ce qui nous laisse toujours suffisamment de place pour s'allonger confortablement et rendre ainsi le voyage moins fatiguant. Mais on nous demande cette fois à tous de remplir une fiche de localisation pour tracer les éventuels cas-contacts.

Voyage en période de Covid, dans l'avion 2

🇫🇷 L'arrivée en France

De manière assez surprenante, seul notre passeport est contrôlé à Charles de Gaulle : ni les papiers remplis à l'aéroport de départ, ni le résultat de notre test PCR n'intéressent les agents de contrôle aux frontières français !
Cela vient sans doute du fait que le Japon est un pays classé vert dans la liste de l'espace Schengen depuis le 1er juillet.

L'aéroport parisien se montre aussi vide que son homologue japonais. Seul le Terminal 2 continue d'être "actif", mais presque tous ses ascenseurs sont à l'arrêt et la plupart des portes d'entrée restent fermées. On nous demande simplement nos billets pour passer les portes principales.

Puis on sort enfin du dédale habituel pour rejoindre notre moyen de transport.

Voyage en période de Covid, aéroport CDG

👃 La galère du test PCR en France

Une fois à Paris et 2 semaines avant le retour au Japon, nous commençons à nous préoccuper du test PCR à obtenir en France avant le vol retour. Mais fin septembre, en pleine montée de la seconde vague épidémique en Europe, tous les hôpitaux ou laboratoires parisiens que nous contactons par téléphone 📱 ou sur Doctolib (d'ailleurs inaccessible sans un numéro de téléphone français à l'inscription) nous indiquent soit :

  • un rendez-vous au mieux sous 3 semaines, donc trop tard pour le vol ;
  • des résultats sous 5 à 10 jours après le test, donc incompatibles avec l'exigence des 72 heures avant le décollage.

Nous commençons donc à prospecter sur les villes de province moins chargées, accessibles en TGV pour faire un aller-retour sur une journée : Rouen, Reims, La Rochelle, Montpellier... Le test PCR est gratuit en France, même pour les non-résidents, mais il peut revenir cher dans notre cas à cause de ces contraintes !

Finalement, une de nos relations nous "pistonne" vers une infirmière qui s'occupe des prélèvements sur les tournages de films et séries. À cause du plan blanc, elle ne peut pas nous faire le prélèvement elle-même mais nous obtient un rendez-vous dans un laboratoire qui prend en compte notre besoin de résultat rapide. C'est donc par réseau que notre problème s'est solutionné.
Heureusement, dès le 26 octobre, les aéroports parisiens se dotent de tests antigéniques avec résultat en 30 minutes.

🛬 Le vol retour : France > Japon

Par sécurité, nous arrivons à l’aéroport à Paris 3 heures avant le décollage. Il n'y a pas d’attente à l'enregistrement mais le check-in en lui-même prend du temps, une fois de plus, pour vérifier tous nos documents :

  • test PCR-Covid négatif évidemment ;
  • zairyu card (carte de résident au Japon) ;
  • e-mail de ré-entrée au Japon autorisée par l'Ambassade ;
  • formulaire de ré-entrée attaché au passeport à la sortie du Japon.

Le reste se déroule très vite, avec l'absence de voyageurs ; nous arrivons donc dans la zone d’embarquement plus de 2 heures avant le départ. La zone duty free est à nouveau relativement vide, mais il y a tout de même plus de monde qu'à l’aller dans le vol jusqu'à Dubai (au moins le double).

Lors de l'escale, on ne nous demande pas de mettre les gants comme la fois précédente. L'embarquement s'avère très long car le personnel vérifie tous les documents et de nombreux voyageurs ne disposent pas du résultat PCR au format attendu par l'immigration.

Dans le vol Dubai > Osaka, nous sommes 51 passagers parmi lesquels une forte majorité de nouveaux visas : étudiants, travail, activités culturelles, etc.

Voyage en période de Covid, dans l'avion

🇯🇵 À l'aéroport d'arrivée au Japon

Une fois l'avion atterri, nous attendons un bon quart d'heure dans l'appareil pendant qu'un inspecteur vérifie certains documents de vol avec l'équipage (l'annonce est faite en japonais). Pendant ce temps, on nous distribue la feuille de route (en anglais) pour le test Covid à venir.

Après avoir débarqué, on nous assoit sur des chaises pliantes en attendant la navette, et le personnel vérifie que nous avons les 2 documents attendus... sauf qu'un seul (la déclaration de lieu de quarantaine) nous avait été distribué ! On nous fait donc remplir en catastrophe le formulaire indiquant notre lieu de provenance et nos symptômes éventuels.

Nous prenons la navette par petits groupes puis nous asseyons à nouveau sur des chaines pliantes. Chacun notre tour, le personnel nous remet un code-barre et un tube pour le test salivaire. Nos documents sont vérifiés et nous passons individuellement dans un isoloir pour déposer notre salive dans le tube (le personnel vérifie que la salive est en quantité suffisante).

On nous explique ensuite le fonctionnement de la quatorzaine et on nous demande de choisir si l'on préfère être contactés par téléphone ou par l'application du réseau social Line (omniprésent au Japon). D'autres documents nous sont distribués, que nous devons remplir même si beaucoup d'informations sont redondantes...

Nous sommes déplacés vers une zone d’embarquement dédiée à notre vol et chaque numéro de code-barre s'affiche progressivement sur une télévision. Nous devons alors aller chercher notre résultat :

  • une étiquette négative est collée sur la feuille du code-barre ;
  • et une petit feuille de couleur rouge (un drôle de choix symbolique) nous est remise pour signifier que nous sommes négatif.

Voyage en période de Covid, attente des résultats du test PCR

Direction l'immigration, où les documents de chaque passager sont scrupuleusement vérifiés. Pas de doute, nous sommes bien revenus au Japon ! Il faudra 20 minutes pour contrôler méticuleusement notre propre dossier, dont le test PCR effectué en France, pendant que nous remplissons (encore !) des documents sur notre santé, en anglais et japonais...
On nous fait nous rassoir avant de finalement nous remettre le passeport, tamponné de l'autorisation d’entrée sur le territoire.

Évidemment, nos valises nous attendent déjà depuis belle lurette. Le personnel de l'aéroport vérifie chaque coupon de bagage et nous remet la valise individuellement. Nous passons la douane 🛂 sans aucun contrôle.
Il nous aura donc fallu compter 2 heures au total entre l'atterrissage de l'avion et la sortie de l'aéroport.

Puisqu'il est interdit de prendre les transports en commun, et que le coût des "Corona-taxi" (des taxis équipés spécialement pour la sortie de l'aéroport en ces temps de pandémie) est déraisonnable, c'est une amie qui vient nous récupérer en voiture 🚙. Avec 2 tests PCR négatifs sur les 3 derniers jours, pas d'inquiétude de contamination !

🕰 La quatorzaine au Japon

Précisons une fois de plus que la quatorzaine au Japon est réservée aux résidents longue durée. Elle ne s'applique pas aux voyageurs de courte durée comme les voyageurs d'affaires, ni aux futurs touristes à compter de début 2021.

Tous les jours à 10h, nous recevons un message sur Line avec les 2 mêmes questions :

  • Avez-vous de la fièvre (plus de 37,5°C de température) ? Au Japon, la température moyenne du corps est généralement un peu plus basse : autour de 36°C.
  • Avez-vous un des symptômes du Covid : toux, douleurs à la gorge, nez qui coule ou bouché, fatigue, difficultés respiratoires...

Si nous ne répondons pas au message sur Line avant 14h, nous recevons un appel de contrôle.

Selon les informations fournies, nous avons le droit de sortir en cas de nécessité (par exemple, pour faire des courses alimentaires) ou d'urgence, mais toujours avec un masque sur le visage et jamais en transports en commun ni en taxi.
Les press-tours que nous devons effectuer pour Kanpai ont donc été programmés plus de 14 jours après notre retour au Japon.

A priori cette quatorzaine au retour ne devrait plus être obligatoire pour les résidents d'ici la fin 2020.

😶 Le sentiment de Kanpai

Un peu comme notre visite de Kyoto et Nara au printemps sans aucun touriste, le trajet entre le Japon et la France pendant le Covid s'avère tout simplement lunaire. Dans l'ensemble, le sentiment reste bien entendu mitigé, mais les gestes-barrière sont bien respectés et l'on se sent globalement en sécurité pour voyager.

L'expérience s'est montrée surréaliste mais surtout paradoxale de voyager dans un certain confort et une fluidité différente d'un temps normal (sauf pour le retour). On peine toutefois à apprécier ce confort alors que la crise mondiale a fait tant de mal, y compris à l'industrie touristique (aéronautique, agences de voyages, etc.). On en regretterait presque les aéroports bondés !

- Dernière mise à jour le 01 décembre 2020 We traveled between Japan and Europe during the Covid pandemic