Chishaku-in
La colline aux azalées de Kyoto
Chishaku-in est un temple bouddhiste de l’école Shingon situé au sud de Gion et Higashiyama, à Kyoto au Japon. Lieu méconnu des touristes occidentaux, il combine visites d’intérieur ornés de magnifiques peintures traditionnelles et plusieurs jardins, dont un scénique particulièrement attrayant lors de la floraison de ses azalées à la fin avril / début mai.
Chishaku-in est un grand complexe bouddhiste de l’école Shingon, installé depuis 1601 sur le petit mont Amidagamine, dans le sud du massif de Higashiyama à Kyoto. Il est idéalement situé à côté du Sanjusangendo et du Musée National de Kyoto.
Son histoire agitée commence au début du VIIIe siècle, où il est d’abord fondé au Mont Koya. Au XIIe siècle, Kakuban (Kogyo Daishi, 1095 - 1143), réformateur du courant Shingon, le transfère au monastère Negoro-ji (actuelle préfecture de Wakayama), un centre spirituel très important qui accueillait environ 6.000 moines au début du XIIIe siècle. Plus tard, il abrite également un foyer de moines-guerriers et habiles artilleurs qui prennent part aux luttes de pouvoir de l’époque Sengoku. En 1585, Negoro-ji est assiégé et incendié par Hideyoshi Toyotomi.
C’est le rival de ce dernier, Ieyasu Tokugawa, qui autorise la restauration de Chishaku-in à son emplacement actuel, sur les terres du récent Toyokuni-jinja qui se voit assigné la fonction de protéger ce nouveau temple. Par la suite, Chishaku-in intègre dans son enceinte le temple voisin Shoun-ji et ses trésors, et se pose en centre de formation bouddhiste.

Contemplation paisible de peintures
Chishaku-in est donc un temple relativement récent à l’échelle de l’histoire de Kyoto, mais il n’a pas été épargné par des destructions accidentelles ou volontaires, comme l’incendie du pavillon principal Kondo lors du mouvement anti-bouddhiste de la fin du XIXe siècle. Cependant, ses allées pavées méticuleusement entretenues n’en laissent rien paraître et les lieux ont su préserver quelques trésors picturaux comme :
- les grandes peintures de Tohaku Hasegawa (1539 - 1610), en particulier les fusuma ornées d’un grand érable en automne sur fond doré, exposées dans sa salle des trésors Homotsukan ;
- les œuvres de Insho Domoto (1891 - 1975), des peintures sur portes coulissantes au ton moderne représentant 2 femmes prenant le thé, l’une en kimono et l’autre vêtue à l’occidentale, réalisées en 1958.

Un jardin d’azalées désigné lieu de beauté scénique
Ces dernières œuvres sont exposées au sein du pavillon Daisho-in, duquel on peut également contempler un jardin du XVIIe siècle, désigné Lieu de Beauté Scénique. Il est inspiré du paysage célèbre du Mont Lushan en Chine, considéré comme le berceau du bouddhisme de la terre pure, grande influence du courant Shingon. Ce paradis bouddhique symbolique est représenté par un petit étang au pied d’une colline coiffée de buissons d’azalées, qui fleurissent fin avril / début mai et figurent les reliefs de la montagne chinoise.
En juin, on peut également contempler un jardin d’hortensias 💠 en fleurs, situé derrière le pavillon principal Kondo.

Important centre du bouddhisme Shingon
Chishaku-in reste un important centre spirituel et est le temple principal de la branche Chizan de l’école Shingon, qui chapeaute environ 3.000 temples dans tout le pays, dont Naritasan Shinsho-ji et Yakuo-in au Mont Takao (Tokyo).
Le bouddha Dainichi Nyorai y est vénéré, ainsi que Kukai (Kobo Daishi, 774 - 835), l’introducteur du Shingon au Japon, et Kakuban. On peut assister à certains rites et cérémonies, comme Hana Matsuri le 8 avril, ou encore la célébration de Kukai et Kakuban le 15 juin.
Le temple propose également une initiation à la copie de sutra et à la méditation, ainsi qu'une courte retraite spirituelle dans un hébergement shukubo moderne et luxueux, qui permet notamment de profiter de l’enceinte et ses jardins en dehors des horaires d’ouverture au public.
Chishaku-in est véritablement un trésor caché de Kyoto, pourtant sous nos yeux car aux cœur d’une zone touristique bien fréquentée. Sa visite assez complète ravira les amateurs de jardins japonais traditionnels, ainsi que ceux d’architecture et de peinture, dans un environnement empreint de sérénité.