Bilan de la Coupe du Monde de Rugby 2019

Une édition japonaise inédite et riche en rebondissements

World Rugby, la fédération internationale, voulait innover avec une première édition de sa Coupe du monde en Asie et elle l'a fait ! Peut-être pas exactement dans le sens qu'elle aurait souhaité, mais dans tous les cas, on se souviendra très certainement de cette édition 2019 au scénario original sur bien des points.

Un enthousiasme national croissant

Annoncé en 2009, le Japon est la première nation asiatique à organiser sur son territoire la Coupe du monde de rugby, qui s'était déroulée jusqu'alors exclusivement sur le continent européen, en Afrique du Sud et en Océanie. À l'époque, ce choix pique la curiosité des observateurs tant l'archipel nippon n'est pas réputé comme une terre de l'Ovalie. D'ailleurs l'équipe nationale, surnommée les Brave Blossoms (littéralement les "Fleurs Courageuses"), n'impressionne que peu les amateurs et figure alors bien au-delà du top 10 dans le classement mondial.

Les Japonais, toujours consciencieux, se mettent en ordre de bataille afin de rénover les douze stades choisis pour accueillir l'ensemble des rencontres. Celui de Kamaishi, situé sur la côte Sanriku au nord du Japon, sort même de terre pour l'occasion, en mémoire des évènements du 11 mars 2011.

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Coupe du Monde de Rugby 2019

Un premier engouement des Japonais pour le rugby est ressenti au lancement de la billetterie en 2018. Les tickets se vendent bien voire plus vite que prévu. Les supporters occidentaux se montrent présents, bel et bien motivés à faire le déplacement jusqu'au pays du Soleil Levant. Côté public local, les organisateurs sont agréablement surpris par les chiffres de ventes. Finalement, et malgré seulement 126.000 licenciés, il existe bel et bien un public japonais fan de rugby !

Les mascottes officielles "Ren-G" se chargent ensuite de la promotion marketing et de la vente des produits dérivés. Il faut tout de même attendre la fin de l'été 2019 pour voir réellement les rues de la capitale se mettre aux couleurs du ballon ovale. En effet, la tenue des Jeux Olympiques à Tokyo en été 2020 occupe déjà largement les scènes médiatique et publicitaire.

Un pays hôte embarrassé par l'attitude des supporters ?

Dès les premiers matchs de poule qui se déroulent à partir du 20 septembre, le Japon bascule "en mode rugby". Le grand public nippon découvre alors un nouveau profil de visiteurs issu du tourisme sportif : des voyageurs qui viennent en premier lieu suivre les péripéties de leur équipe fétiche et non pas découvrir la destination. Ainsi, les règles de vie locale ne sont pas ou peu connues et malgré un effort de vulgarisation des organisateurs, de nombreux participants restent dans leur bulle collective.

Pas moins de vingt-quatre heures après le début de la Coupe, les réseaux sociaux s'enflamment et un premier incident de comportement, baptisé le "paquito-gate", finit par faire les choux gras de la presse mondiale. Une dizaine de supporters français éméchés fêtent leur première victoire en faisant un paquito dans le métro de Tokyo. Ce qui, au départ, amuse les curieux soulève la polémique lorsqu'une vidéo devenue virale (voir ci-dessous) montre plusieurs incivilités commises, comme mettre ses pieds sur les sièges. Si d'un point de vue occidental, il en faut plus pour être choqué, coté Japonais et gaijin puristes, on se désole du manque du respect de ces étrangers non-éduqués. La fameuse citation "À Rome, fais comme les Romains" n'a jamais été aussi bien illustrée !

Le débat est dorénavant lancé : comment gérer l'exubérance des supporters dans une société soucieuse de l'harmonie et de la discrétion de façade ? Le dénominateur commun à ces scènes qui dérangent est de se dérouler dans les transports en commun. En effet, lieu habituellement silencieux où les usagers se déplacent presque comme des robots, le métro et le train au Japon ne semblent pas vraiment des endroits idéaux pour un échange culturel haut en couleurs. Outre les Français qui ont ouvert le bal, d'autres supporters se sont également fait remarquer, par exemple les Australiens et leur pyramide humaine, les chants bruyants des Anglais sur la ligne Toho à Sapporo et surtout le "plaquage" d'un joueur uruguayen sur un employé de restaurant.

En comparaison avec le public du football, on reconnait tout de même aux supporters de rugby une certaine classe et surtout un bon esprit sportif. La nation irlandaise est ainsi peut-être celle qui a le plus touché les Japonais. En effet, de sa défaite inattendue face au Japon en première phase de compétition, on retient la politesse et surtout le fair-play de ses supporters à féliciter la victoire des Brave Blossoms à la fin de la rencontre.

Pour voir le verre à moitié plein, cette Coupe du monde permet au Japon de se confronter également à la bienveillance de ces étrangers qui découvrent, certes de manière originale et expérimentale, les subtilités de la vie en société nippone. Internet et les réseaux sociaux ont toujours tendance à grossir un peu le trait et l'ambiance sur place n'est pas aussi délétère que l'on pourrait se le figurer. Bon nombre de Japonais sont d'ailleurs ravis d'échanger quelques mots avec les fans. Il faut juste que les réserves en bière du pays soient au rendez-vous de leur consommation élevée !

Un super-typhon qui bouleverse la fin des poules

Le samedi 12 octobre 2019, le typhon Hagibis, n°19 de la saison et classé comme puissant cyclone tropical, arrive par la côte pacifique de l'archipel et perturbe la compétition. Pour la première fois de son histoire, la fédération World Rugby et le comité organisateur annulent trois matchs de poule de Coupe du monde, en raison des très mauvaises conditions climatiques survenues sur Tokyo et plus largement sur les régions du Kanto, de Chubu et le sud du Tohoku.

Les rencontres suivantes sont ainsi suspendues et le score d'un match nul (chaque équipe gagne deux points) est appliqué pour :

  • Angleterre - France ;
  • Nouvelle-Zélande - Italie ;
  • Namibie - Canada.

D'abord assez décriée car considérée comme injuste par certains commentateurs et joueurs de rugby, cette décision ne sera plus remise en question après le passage du typhon (couplé avec un séisme de magnitude 5,7 à l'est de Tokyo) au vu des dégâts matériels et humains causés : environ 80 morts et disparus, des centaines de maisons détruites... Un élan de solidarité de la part des équipes nationales restées sur place est d'ailleurs chaleureusement accueilli par le peuple japonais, notamment l'effort de nettoyage de l'équipe canadienne après le passage d'Hagibis.

La percée des Japonais

Ils visaient les quarts et ils les ont atteints avec panache ! Les Brave Blossoms, emmenés par le sélectionneur néo-zélandais Jamie Joseph, ont dévoré avec brio leurs quatre matches de poule :

  • un 30-10 rassurant contre la Russie après des débuts timides ;
  • un 19-12 renversant et très exaltant contre l'Irlande ;
  • un 38-12 baladé contre les îles Samoa ;
  • et enfin un superbe 28-12 contre l'Écosse, peut-être le plus beau match du tournoi, quelques heures seulement après le passage du typhon, avec en prime un record d'audience exceptionnel au Japon à 55 millions de téléspectateurs !

L'Afrique du Sud, puissante et stratège (mais peu belle à voir), a pris sa revanche sur la défaite subie lors de la Coupe du monde 2015 et refroidi les ardeurs, en éliminant les Japonais 26 à 3. Malgré cela, l'équipe japonaise a fait montre d'une maîtrise technique exceptionnelle, avec un jeu rapide, dynamique et très précis. Quelles phases d'avancées, quels essais en séries d'offloads ! On s'est particulièrement enthousiasmé des performances :

  • des deux ailiers Kotaro Matsushima et Kenki Fukuoka, surnommés "les Ferraris du Japon", dont le second est pianiste et orthopédiste (excusez du peu) ;
  • du demi d'ouverture Yu Tamura et son excellente lecture du jeu ;
  • des courageux Shota Horie (talonneur) et Koo Jiwon (pilier Coréen qui aura fait oublier pour quelque temps les bisbilles récurrentes entre les deux nations) ;
  • du capitaine Michael Leitch, d'origine Néo-Zélandaise, qui a conquis le public nippon avec des cris scandant son nom lorsqu'il touchait le ballon ;
  • et peut-être surtout de l'accent japonais kawaii (mêlé de Kansai-ben) de Luke Thompson !

Qu'importent les mauvaises langues qui glosent sur l'origine étrangère de 10 des 23 Brave Blossoms ; l'équipe japonaise s'inscrit désormais à la 8ème place du classement IRB, devant l'Écosse (et a même chipé la 7ème place de la France pendant quelques jours, après les quarts !).

Le paradoxe français

Un petit mot également sur le parcours du XV de France, sorti deuxième de sa poule après :

  • un 23-21 disputé contre l'Argentine, soulagé par un drop salvateur de Camille Lopez ;
  • un 33-9 plus facile, logiquement, contre les États-Unis ;
  • un 23-21 à nouveau, plus inquiétant, contre les îles Tonga ;
  • et un 0-0 contre l'Angleterre à la suite du match annulé qui, quoi qu'attendu comme tout bon crunch, n'aurait sans doute pas tourné en notre faveur quoi qu'il en soit.

Le quart de finale contre le Pays de Galles s'est montré plus rocambolesque encore. Auteurs d'une bonne performance avec notamment trois essais, malgré cinq points ratés au pied par Romain Ntamack sur deux poteaux, les Français ont assumé pendant trente minutes à quatorze un coup de coude impardonnable de Vahaamahina qui lui a valu un carton rouge logique. Quelques minutes avant la fin de la rencontre, un essai litigieux (hors-jeu du demi de mêlée et arrachage de ballon en-avant) accordé par le Sud-africain Jaco Peyper a fait basculer le match en leur défaveur, à 20-19. Mais la polémique a explosé après la rencontre, à la suite de ce tweet d'un journaliste du Figaro où l'arbitre continue d'instiller le doute :

Jaco Peyper est depuis sous le coup d'une enquête interne de World Rugby et privé d'arbitrage des demi-finales. Les Français, eux, montent à la septième place du classement mondial, juste derrière l'Australie.

Place désormais à la jeunesse ! L'ancien international Fabien Galthié, déjà adjoint de Jacques Brunel depuis juillet pour la préparation de cette Coupe du monde, se met en ordre de bataille pour la prochaine édition qui se tiendra en France en 2023. Nos doubles champions du monde des moins de vingt ans (2018 et 2019) nous font espérer que le XV suivra le même chemin que celui de l'équipe de France de football.

Une victoire finale attendue

À la veille des demi-finales, les quatre premières équipes nationales du classement IRB se sont logiquement qualifiées :

  • la Nouvelle Zélande s'est vue renversée par l'Angleterre 7-19
  • le Pays de Galles s'est incliné 16-19 face à l'Afrique du sud

La Coupe du monde 2019 de rugby a donc inscrit deux nations du nord et deux du sud dans son dernier carré, et une de chaque en finale. Les grands favoris pour récupérer le trophée Webb Ellis étaient évidemment les All Blacks, avec leur rugby propre et technique qui les avait fait remporter les deux dernières coupes, mais les Anglais ont su se positionner en meilleure place après leur victoire. Les dernières rencontres ont donc été :

  • petite finale : Nouvelle-Zélande 40 - Pays de Galles 17
  • grande finale : Angleterre 12 - Afrique du Sud 32 qui a su gérer un match puissant face à des Anglais trop fébriles
La photo de une représente les joueurs de l'équipe de rugby du Japon, décoration réalisée sur la rizière du Kodai Hasu No Sato (ancient Lotuses Park) à Gyoda, préfecture de Saitama, au nord de Tokyo. Illustration prise dans le cadre d'une journée de visites organisée par la ville de Kumagaya qui a accueilli dans son stade trois matchs de poule de la Coupe du Monde de Rubgy 2019.
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