Nagaokakyo
L'ancienne capitale au sud de Kyoto
Nagaokakyo est une petite ville située au sud-ouest de Kyoto qui fut brièvement capitale impériale à la fin du VIIIe siècle. Aujourd’hui, elle offre une excursion à l’écart du surtourisme, à moins de 15 minutes de la gare de Kyoto. Ses sites illuminés par les couleurs saisonnières mettent à l’honneur l’histoire du Japon. Nagaokakyo peut se visiter sur une journée tout au long de l’année, principalement au printemps et à l’automne.
La cité antique de Nagaoka-kyo s’étendait jadis sur les actuelles Nagaokakyo, Muko au nord et Oyamazaki au sud. Elle était limitée à l’est par l’actuel arrondissement kyotoïte de Nishikyo-ku et s’adossait à l’ouest aux monts Nishiyama, connus pour abriter le temple Yoshimine-dera.
Capitale impériale pendant 10 ans
En 784, l’empereur Kanmu choisit le village de Nagaoka, situé à environ 40km au nord de Heijo-kyo (Nara), pour y installer sa nouvelle capitale. Il peut ainsi s’éloigner de l’influence du clergé bouddhiste et bénéficier d’une configuration géographique plus favorable. La nouvelle capitale est ainsi édifiée près de la confluence de 3 rivières (Katsura, Uji et Kitsu) qui facilite les échanges par voie fluviale entre le port de Yamazaki-tsu (Oyamazaki), le port de Naniwa (Osaka) et la Mer Intérieure de Seto. Des sources naturelles permettaient à la fois l’alimentation en eau et son assainissement.
Toutefois, Nagaoka-kyo est abandonnée en 794 au profit de Heian-Kyo (Kyoto) à la suite d'une série d’événements jugés néfastes, dont l’assassinat du proche conseiller de l’empereur Fujiwara no Tanetsugu et la mort en exil du prince Sawara à l’esprit courroucé, auquel on attribue épidémies et inondations qui touchent la ville et les morts rapprochées de plusieurs proches de l’empereur.
Après le transfert de la nouvelle capitale à Heian, Nagaoka-kyo passe sous le giron de Sugawara no Michizane (845 - 903), personnage important de l’histoire du Japon déifié sous le nom de Tenjin après sa mort.
Aujourd’hui il reste peu de traces de l’ancienne capitale, même si des fouilles ont permis de comprendre son étendue et de retrouver les emplacements de ses structures importantes. La plupart des sites sont marqués par de simples stèles, piliers ou panneaux informatifs. Néanmoins, la ville contemporaine offre toujours un aperçu de l’histoire du Japon à l’écart des sentiers battus touristiques, avec en complément des lieux aux belles couleurs saisonnières.

Les incontournables de Nagaokakyo en 1 jour
Nagaokakyo est bien desservie depuis Kyoto et Osaka grâce à 2 lignes de trains 🚅 : JR et Hankyu, et par les gares de Nagaokakyo (JR) et Nagaokatenjin (Hankyu). Situées dans un même périmètre, elles peuvent servir alternativement en fonction de ce que l’on voudra visiter à Nagaokakyo et ses environs. 3 sites sont facilement accessibles depuis la gare JR de Nagaokakyo :
- Le château de Shoryuji, ancienne place forte de défense de Kyoto, est un petit parc historique où a été reconstitué le donjon de la forteresse de l’époque d’Azuchi-Momoyama. La tour abrite un petit musée gratuit avec très peu d’explications en anglais, mais où l’on peut s’abriter en cas de forte chaleur. Le site est dédié à Akechi Mitsuhide, l’ancien vassal d'Oda Nobunaga et responsable de la mort de celui-ci, mais surtout à sa fille Hosokawa Gracia (ou Tama, 1563 -1600) qui aurait inspiré le personnage de Mariko du roman Shogun. Le 2nd dimanche de novembre, il s’anime avec le Nagaoka Garasha Festival, une grande parade historique dont Gracia est l’héroïne.
- le Kofun d’Igenoyama, un peu plus au sud, est un tertre funéraire en forme de trou de serrure, édifié lors de la 1ère moitié du Ve siècle. Plusieurs fouilles ont permis d’établir l’importance de ce site, qui a été intégré à un parc historique en 2014 pour le préserver. On peut circuler autour et sur le tumulus, sur lequel des copies de Haniwa, des statuettes en terre cuite spécifiques à ce type de monument, ont été placées pour tenter de reconstituer son aspect originel. Des panneaux explicatifs en anglais permettent de mieux comprendre le site, dont l’accès est gratuit.
Le tombeau se trouve à une 20aine de minutes de marche du château 🏯, en suivant la rue Igenoyama-dori dans un paysage de campagne japonaise.
- Le sanctuaire Nagaoka Tenmangu se trouve un peu plus au nord-ouest de la ville. Fondé en 901 pour honorer Sugawara no Michizane, il est moins rutilant que ses homologues plus connus et plus touristiques, mais reste charmant grâce notamment à son tunnel de buissons d’azalées de Kirishima (Kirishima Tsutsuji) qui produisent des fleurs rouge foncé vers la fin avril. Les amateurs de photo botaniques apprécieront son plan d’eau Hachijogaoka-ike parsemé de lotus en été. Les gourmets pourront découvrir la cuisine de pousses de bambou take no ko, spécialité printanière de son restaurant kaiseki de luxe Kinsui-tei.
Le sanctuaire se trouve à environ 15 minutes de marche de la gare JR Nagaokakyo, ou à 5 minutes de la gare Hankyu Nagaokatenjin.

En complément, 3 temples de Nagaokakyo sont réputés auprès des locaux pour leurs couleurs au printemps 🌸 ou à l’automne :
- Otokuni-dera, à environ 25 minutes de marche de la gare Nagaokatenjin, remonterait à l’époque de Shotoku Taishi (574 - 622) et aurait été visité par Kukai (Kobo Daishi). Il abrite plusieurs trésors culturels, dont une statue de Kannon aux 11 visages, mais est surtout connu pour ses 2.000 pivoines qui s’épanouissent au printemps à la fin avril, abritées par des ombrelles blanches.
- Le temple Komyo-ji encore un peu plus au nord-ouest, à environ 20 minutes de bus de la gare Hankyu Nagaokatenjin, est réputé pour son allée Momiji 🍁 Sando : environ 250 érables japonais bordant un chemin de 200 mètres de long qui s’embrasent d’un magnifique rouge en automne. Il a été établi en 1198 par un disciple de Honen, le fondateur du Bouddhisme de la Terre Pure.
Enfin, un peu plus à l’écart dans la montagne à la limite sud-ouest de Nagaokakyo, le temple Yokokuji Yanagidani Kannon-ji, fondé au IXe siècle, est fameux pour ses festivals des hortensias (ajisai) en juin et des momiji en automne. Moins facile d’accès, il est néanmoins desservi par une navette spéciale reliant les gares Hankyu Nishiyama Tennozan et JR Nagaokakyo, uniquement le 17 de chaque mois ou en période de matsuri. Sinon, le moyen le plus simple de s’y rendre est de prendre un taxi depuis l’une des gares précitées.

Autour de Nagaokakyo
Les villes voisines et anciennement territoires de l’éphémère capitale antique ont aussi quelques atouts, à panacher sur 1 ou 2 jours avec Nagaokakyo.
Muko
Située entre l’arrondissement Nishikyo-ku de Kyoto et Nagaokakyo, Muko possède sa propre forêt de bambous, beaucoup moins fréquentée que celle d’Arashiyama ; la gare la plus proche Hankyu Rakusaiguchi se trouvant à environ 15 minutes de marche. Ce chemin de bambous, logiquement appelé Take no Michi en japonais, s’étend sur 1,8 km et est constitué de 8 essences différentes de bambous qui poussent naturellement. Si elle n’impressionne guère au début du parcours, elle devient de plus en plus belle à mesure que l’on approche du parc aux bambous.
Le parc aux bambous de Rakusai (Kyoto Bamboo Park ou Chikurin Koen), se veut un jardin botanique dédié à cette essence, ouvert en 1981 en vue de préserver une partie de la bambouseraie naturelle typique de cette zone de Kyoto. Son entrée est gratuite et on y trouve environ 110 variétés de bambous répartis sur 5.000 m², entre jardin japonais et petites forêts, ainsi qu’un petit musée dédié à la plante.
À noter qu’en octobre, une partie de Take no Michi (au sud du parc aux bambous) est illuminé pour 2 soirées au cours d’un événement appelé Kaguya no yube.
D’autres visites en rapport avec l’ancienne capitale Nagaoka-kyo sont aussi possibles :
- le parc Daigoku-den près de la gare Hankyu Nishi-Muko, à réserver aux passionnés d’archéologie, pour voir les fondations d’un édifice antique ;
- l’ancienne résidence de la famille Ueda (Kyu-Uedake Jutaku), une ferme construite en 1910 sur une zone occupée par l’ancienne capitale ;
- ou encore, le musée municipal de Muko (Mukoshi Bunka shiryokan) pour en apprendre plus sur l’antique Nagaoka-kyo.
Oyamazaki
Au sud de Nagaokakyo, à la frontière entre préfectures de Kyoto et Osaka, Oyamazaki abritait l’ancien port de la capitale impériale. Néanmoins, les lieux à découvrir ici autour des gares Hankyu Ooyamazaki et JR Yamazaki sont plus représentatifs du Japon contemporain :
- Le Musée d’art de la Villa Ooyamazaki, propriété du groupe Asahi, expose des œuvres du début du XXe siècle, d’artistes occidentaux et japonais, des courants impressionnistes au Mingei. Le musée est abrité en plusieurs édifices aux architectures variées, du style Tudor à la touche contemporaine de Tadao Ando, répartis dans un magnifique jardin d’environ 5.500m².
- Chochikuyo, une autre villa de luxe, date de 1928 et se veut représentative de l’interprétation du modernisme architectural au Japon. Elle n’est ouverte que le mercredi et le dimanche, sur réservation préalable en ligne.
Enfin, le musée du whisky Yamazaki (Yamazaki Whisky Museum) propose une visite guidée de la distillerie mais uniquement en japonais, les places étant attribuées par un système de loterie. On peut également s’y rendre aux horaires d’ouverture du bar, pour y voir une petite exposition sur la marque et prendre part à une séance de dégustation.
Nagaokakyo et ses environs intéressent principalement un public japonais ou de connaisseurs d’art et d’histoire, mais permettent de dévier des sentiers battus touristiques sans s’éloigner drastiquement du centre de Kyoto. Hormis la bambouseraie de Muko, la zone de Nagaokakyo n’est pas forcément recommandée pour un premier voyage au Japon, notamment car l’accès à certains sites requiert un peu d’organisation, mais conviendra bien aux habitués de Kyoto ou Osaka ou aux voyageurs peu limités par le temps.
