e3-2011

E3 2011 : conférences et ressenti sur le salon

Wii U, PS Vita, Kinect, 3DS (E3 Los Angeles)

⏱ 16 minutes

L’E3 2011 s’achève déjà. Longtemps attendu comme un cru exceptionnel, avec en particulier deux nouvelles consoles venant casser la routine d’une génération qui dure, il a réuni tout le petite monde du jeu vidéo 🎮 à Los Angeles entre les 6 et 9 juin. Il est donc venu, on l’a vu, mais a-t-il vraiment convaincu ?

Ce n’était pas franchement bien parti. Je vais être très franc, avec ses soucis de qualité de fabrication douteuse et une philosophie globale dans laquelle je me reconnais de moins en moins, la Xbox 360 et moi est une histoire qui, bien qu’ayant débuté sous les meilleurs auspices dès son lancement en 2005, a surtout connu ses bas. J’étais pourtant très impatient de voir ce qu’ils avaient en stock, ayant enfin décidé de remplacer ma 360 du lancement, RRODée hors garantie, par une 360S en début d’année. Au terme de leur conférence, je me suis bien demandé pourquoi j’avais refait cette acquisition. Comme ça devient une (mauvaise ?) habitude, la conférence s’est ouverte sur le Call of Duty de fin d’année. Modern Warfare 3 a beau être assez réussi visuellement, il n’en reste pas moins qu’il s’agit du septième Call of Duty à sortir sur 360, une console qui fêtera ses 6 bougies en fin d’année. Bonjour l’indigestion. En parlant d’indigestion, une autre grande responsable, à l’époque de la PSOne, j’ai nommé Lara Croft, faisait son come back flamboyant à cette conférence. Complètement réinventée, cette nouvelle aventure fait passer la survie avant l’action et il faut l’avouer, c’est bien la première fois depuis TRÈS longtemps (voir la première fois tout court), que j’attends avec une certaine impatience un Tomb Raider. En espérant juste qu’ils revoient quelque peu les cris de la demoiselle, parfois plus proches du film X que de la réelle souffrance. Halo faisait aussi son grand retour, avec un remake pour l’anniversaire du premier, pas franchement impressionnant, mais qui devrait cartonner et surtout la présentation de Halo 4, pour sauver le niveau en fin de conférence, même si en-dehors d’une cinématique, on n’en a pas vu grand chose. Halo 4 devrait devrait démarrer une nouvelle trilogie qui, je l’espère ne sera pas dans son intégralité sur 360 (ça fait quand même 6 ans, passez à autre chose, s’il vous plaît). Comme Halo 4, dans les jeux que je pensais voir arriver sur la prochaine génération, mais qui finalement seront sur 360, il y a Forza 4, qui devrait sans peine manger du GT5 tout cru pour son petit déjeuner. Enfin, côté jeu jouable sans faire le guignol devant sa télé, il y avait aussi le Gears of War 3, tout simplement efficace et qu’on voit déjà devenir le plus gros carton exclusif de cette fin d’année (sauf si un plombier en trois dimension venait à lui piquer la vedette).

Je pourrais limiter les choses à retenir de la conférence Microsoft à ça, mais c’était sans compter sur Kinect. Mais oui, cette caméra révolutionnaire dans son attachement à la poussière ou au placard, bien au chaud à côté de la Wii et du Move. Microsoft nous avait promis du jeu gamer Kinect et on en a eu. Du rail-calèche, du rail-sorts magiques, du rail sabre laser mollasson, du air-fusil d’assaut, du air-Disneyland et du air-Elmo pour les enfants... Merveilleusement gamer ! Si dans l’ensemble on sent que le périphérique est plus poussé qu’à son lancement et si la démo du démontage de fusil de Ghost Recon était tout simplement convaincante, j’ai encore quelques doutes sur le réel confort de jeu et le gain apporté par rapport à la manette. On sent aussi déjà le Damage Control du côté de Microsoft, avec par exemple Molyneux qui regrette déjà la présentation de Fable The Journey qui ne serait en fait pas totalement sur des rails. Vu son passif et l’escalade de la simplification des Fable au fil des épisodes, permettez-moi d’en douter. L’utilisation de la reconnaissance vocale dans Mass Effect 3 est déjà plus intéressante, même si pour en juger, il faudra déjà que celle-ci soit disponible chez nous (c’était pas prévu pour le printemps 🌸 ?). Et tout ça sans aucune mention des nombreux jeux Kinect japonais dévoilés au précédent Tokyo Game Show et dont j’aurais aimé avoir des nouvelles (Project Draco par exemple). Enfin en dehors de Kinect, Microsoft est également revenu sur sa nouvelle interface, prévu pour l’automne 🍁 et plus qu’inspirée de Windows Phone 7 qui, je l’espère sera moins lourde à utiliser que la NXE. Je passerai aussi sur les différents nouveaux services annoncées, qui ne seront pas nécessairement disponible partout (surtout côté Live TV) et qui, du coup, proposeront une expérience satisfaisante, ou pas, selon où on habite, pour passer directement à ma conclusion de cette conférence. Si l’on n’adhère pas au concept de Kinect, autant le dire tout de suite, ça sent le sapin pour cette génération chez Microsoft. Avec une volonté affichée de rendre tous les jeux first party compatible avec l’accessoire (même si on imagine qu’une majorité de cette compatibilité sera facultative), Microsoft semble clairement vouloir faire du volume en allant marcher sur les plates-bandes de la Wii et en faisant un joli doigt d’honneur à son public pourtant extrêmement fidèle. J’espère juste pour eux qu’ils ont bien regardé comment le public casual a lâché la Wii aussi vite qu’il l’a adoptée et qu’ils recadreront les choses. En tout cas, pour cette année, ça m’a juste complètement vidé de mon enthousiasme pour cet E3, même si heureusement, les tiers sont toujours bien présents, avec des jeux de fort bonne qualité. Ah et côté rubrique nécrologique, cette fois c’est sûr, Rare est complètement mort.

Je zappe volontairement les conférences des tiers, parfois redondantes avec celle des constructeurs, pour passer directement à Sony. Avec sa NGP et ses first party de talent, on pouvait attendre beaucoup de Sony. Surtout après des mois d’avril et mai tout simplement catastrophiques côté image, suite au hack du PSN. Sony devait en mettre plein la vue. J’ai donc veillé pour voir cette conférence en direct et autant le dire tout de suite, suivre Jack Tretton, même s’il s’améliore, et Kaz Hirai entre 2 et 4 heures du matin sans s’endormir, ça tient quand même de l’exploit. Globalement, c’était une conférence PlayStation très classique, avec beaucoup à montrer mais pas assez de temps, donc beaucoup de montages dans lesquels ont ne voit finalement pas grand chose (une vraie spécialité de la maison) et un choix de jeux mis en avant tantôt évident, tantôt étrange. On peut passer d’une démo très efficace des très attendus Uncharted 3 ou Resistance 3 à une vidéo d’inFamous 2, pas moins excellent, mais la veille de sa sortie peut-être déjà un peu daté pour une conférence E3. On peut aussi longtemps débattre de la pertinence des jeux Move présenté. Après les expériences “on rails” de chez Microsoft, Sony nous fait la promotion du point’n click basketball façon 2K Games, en faisant venir le joueur de basketball à la personnalité douteuse Kobe Bryant, juste pour qu’on le voit car totalement désintéressé par le produit. On attendait Sorcery (faudra peut-être lui poser un avis de recherche), mais à la place on a eu droit à Medieval Moves, un jeu au design fleurant bon le pire des années 90 et à l’expérience Move assez peu convaincante. Pour sauver l’honneur de la manette à détection de mouvement de Sony, Ken Levin est venu faire ses excuses pour tout le mal qu’il a pu en dire et expliquer comment Sony avait fait de lui un “believer”. Pas franchement convaincant sur ses réelles intentions, son heureusement largement plus convaincant Bioshock Infinite, sera bien compatible Move et vu le confort que la manette peut apporter à ce genre de jeux, c’est un plus non négligeable. Il aura également réveillé quelque peu la foule en annonçant un Bioshock pour la NGP, qui deviendra quelques minutes plus tard PlayStation Vita. Mais avant cela, il faut encore passer quelques secondes sur les traditionnelles fausses exclusivités de contenu additionnel annuelles d’EA, dont on retiendra surtout la présence exclusive du Mont Fuji 🗻 dans la version PS3 de SSX. A n’en pas douter largement de quoi faire préférer cette version à sa concurrente, pour autant que le jeu tourne bien sur la machine de Sony. Il y avait aussi, côté exclusivités tierces, Dust 514, des créateurs de Eve Online, qui arrivera sur PS3 et Vita. L’ensemble semblait assez peu avancé et pas franchement vendeur pour l’instant. Point positif pour Sony par contre, la promotion de la 3D. Quasiment tous les jeux ont eu droit à leur trailer 3D pour l’audience et même si le téléviseur PlayStation de 24” ne représente pas nécessairement une excellente affaire, il a le mérite d’exister. Reste qu’avec cette généralisation de la 3D sur les gros titres, et les retours positifs d’Uncharted 3 en 3D, je commence sérieusement à envisager la dépense. Donc en un sens, bien joué Sony (même si j’achèterai sans doute un écran de la nouvelle Série 7 ou 8 de Samsung, juste trop sexy 🔞).

Malgré tout rien d’extraordinaire côté PS3, et même de franches déceptions avec la non mise en avant à la conférence de Journey et surtout l’absence complète de The Last Guardian. D’une manière générale, on constate d’ailleurs une timidité inquiétante, déjà depuis plusieurs années, de toute la partie japonaise des Sony WorldWide Studios. Complète inaptitude à développeur sur PS3 ou tout simplement débordés dans les développements Vita ? On espère en tout cas en voir beaucoup plus au TGS.
En attendant, la PS Vita a bel et bien fait ses débuts et a directement sur se montrer convaincante. Uncharted Golden Abyss met clairement une claque à tout ce qui s’est vu sur machines portables jusqu’à maintenant. Pareil pour WipeOut 2048, qui devrait permettre le jeu compétitif online cross-platform entre Vita et PS3. Enfin, même si le jeu ne semblait pas exceptionnel, le fait de pouvoir sauvegarder sa partie, l’envoyer dans le nuage et la continuer sur PS3 dans Ruin est tout bonnement géniale. Un vieux fantasme de joueur qui se réalise et auquel je me vois totalement adhérer. D’autant que vraiment, la machine semble excellente avec son sublime écran OLED. Je me réjouis d’avoir cette machine entre les mains, et avec son prix de départ à 249€, Sony s’est mis toutes les cartes en mains pour être extrêmement agressif vis-à-vis de Nintendo. Reste que malgré ces annonces sur la Vita, à 4h du matin, j’avais vraiment le sentiment que j’aurais très bien pu dormir et rattraper tout ça le lendemain matin. L’E3 s’annonçait, à ce moment-là, décidément bien en dessous de mes attentes.

Et puis il y a eu celle que tout le monde attendait. La conférence Nintendo où enfin, on devait avoir du neuf dans cette industrie. Le Project Café devait y être révélé et devait, comme à chaque fois que Nintendo présente du neuf, les aider à voler le show. Mais avant, il faut bien parler du chant du cygne du la Wii, qui connaîtra son dernier Noël cette année (et on s’en réjouit). Avec son Zelda Skyward Sword, elle devrait encore offrir de bons moments. Le jeu est certes assez pauvre visuellement, mais son cell-shading sur Link adulte offre un rendu pas désagréable. A voir maintenant si l’aventure usera à nouveau des mêmes mécaniques et nous donnera cette amère sensation de déjà-vu ou pas. Kirby revient également sur Wii avec une aventure plus traditionnelle, mais comme on est en Europe, peut-être qu’on ne la verra jamais (mais en même temps, au moins on aura Xenoblade). Sur 3DS, Nintendo devait convaincre. Le lancement de la machine n’a pas franchement été fulgurant et actuellement, le choix de jeux montre de sérieuses carences. Nintendo a ici rassuré, à forts coups de fan service, principalement avec Kid Icarus, qui bien que différent de ce que j’aurais voulu, a quand même bien la pêche, Mario Kart et StarFox classiques, mais efficaces, Luigi’s Mansion 2, assez inattendu et surtout Super Mario, sous la forme d’un fils légitime entre Super Mario Bros. 3 et Super Mario Galaxy. Rien de révolutionnaire, mais à n’en pas douter d’innombrables heures de pur bon jeu et de nouvelles leçons de level design.

Et puis le moment tant attendu est arrivé, la nouvelle machine allait être présentée. Nintendo avait eu l’intelligence, avec la Wii, de toujours se montrer clair dans ses intentions et ses démonstrations. La présentation de la Wii U, puisque c’est comme ça qu’il faudra l’appeler, s’est faite de manière extrêmement confuse, à un point qu’on aurait pu croire qu’ils avaient débauché le responsable de la communication de chez Sony. En mettant l’accent sur la manette, mise en situation avec des jeux, à l’exception du Zelda, clairement faisable sur Wii, Nintendo a semé le doute. Simple accessoire pour la Wii ou vraie nouvelle console ? Ne pas montrer la console d’entrée aux côtés de la manette a pour moi été une erreur. Montrer des prototypes de jeux techniquement à la ramasse sans doute la première balle dans le pied tirée par Nintendo. Enfin, on a le sentiment qu’ils savent moins bien où ils vont qu’avec la Wii. Bien que Reggie ait confirmé qu’il n’y aurait qu’une seule tablette par machine, d’autres, comme Miyamoto, laissent planer le doute. Et pour le multi-joueur ? Faudra-t-il toujours réutiliser les Wiimotes et le reste des accessoires Wii ? Aura-t-on droit également à des pads supplémentaires contenant tout, sauf l’écran ? Et ce ne sont pas les déclarations des tiers, très motivés de pouvoir porter leurs jeux actuels sur une plate-forme de plus, qui vont réellement nous rassurer. Qu’en sera-t-il une fois les prochaines PlayStation et Xbox sorties et que, de par son “retard” technologique, la Wii U demandera à nouveau un développement spécifique ? Il est encore un peu tôt et je suis sûr que le prochain E3 nous permettra d’y voir plus clair. Reste que susciter l’incompréhension plutôt que le désir est une faute grave dans cette industrie. D’un point de vue plus personnel (et un brin orienté fanboy), j’attends quand même cette machine avec impatience, surtout quand je vois l’usage que je fais actuellement de mon iPad. Mais non, je n’ai pas été retourné par cette présentation.

Au final, alors qu’on s’attendait à un E3 d’exception, c’est finalement un peu mieux que l’an dernier, mais pas franchement bouleversant non plus. En fait, je crois que l’on peut surtout confirmer cette tendance à la régionalisation de l’événement. Les choix des jeux pour les conférences, les nouveaux services mis en évidence souvent réservés au marché américain et la forte timidité de la production japonaise montre avant tout que cet événement n’est plus aussi mondial qu’à une époque. Il s’agit plus désormais du plus gros événement américain, qui précède le plus gros événement européen, la Gamescom, et le plus gros événement japonais, le TGS. Par rapport à mes goûts personnels, j’attendrai désormais plus du côté de Cologne ou de Tokyo. Mais dans l’ensemble, pour soulever l’enthousiasme, je crois que cette industrie a besoin d’un peu de nouveauté. Cela fait 6 ans qu’on est dans cette génération, et gentiment trois ans que les développements sont maîtrisés sur PS3 et 360. Du coup, on atteint une qualité visuelle assez constante, sans trop de surprise, à part quand elle va vers la médiocrité et côté gameplay, là encore, les concepts sont maîtrisés et même très raffinés. C’est à la fois une chance et une tragédie. Enormément de très bons jeux à faire, sans doute trop pour une vie déjà bien remplie, et en même temps trop peu de jeux pour vraiment nous surprendre et nous donner un vrai coup de coeur. Et personnellement, même si j’adore le fait de voir Link en HD, est-ce que c’est réellement l’ajout d’une tablette et de nouveaux graphismes qui me fera plonger dans un Zelda sans que j’aie cette sensation de revoir encore et toujours la formule d’Ocarina of Time certes peaufinée, mais finalement sans surprise ? Le monde du jeu vidéo parfois m’ennuie et cet E3 qui devait un peu rallumer la flamme, n’a finalement fait que me confirmer le fait que pour séduire, cette industrie a besoin d’innovation et qu’en l’état actuel, la génération est devenue trop longue et donne sérieusement l’impression de tourner en rond.

Mais heureusement, tout n’est pas sombre non plus. Il restera toujours la scène indépendante, qui nous pond des merveilles sans abuser de la technologie, ou en l’utilisant de manière intelligente et non pour nous dépeindre un énième monde en guerre. Et puis il y a aussi les signes encourageants de certaines prises de risque, comme de partir sur un jeu en boîte et non en téléchargement pour le très alléchant Rayman Origins. Quant aux grosses productions, même si elles commencent clairement à tourner en rond, elles gagnent quand même en intensité à chaque volet et offrent à coup sûr d’excellents moments de jeu, quant elles ne s’offrent pas l’audace de se réinventer complètement, comme on l’a vu avec Tomb Raider. Tout n’est pas sombre, mais en bon early adopter, j’attends quand même avec une impatience non dissimulée la suite. J’attends aussi de revoir un peu plus de combativité entre les différents acteurs. Seul Microsoft semble vouloir afficher un peu d’ambition, et encore (ils veulent que la 360 soit la plate-forme la plus vendue dans le monde cette année, 6 ans pour ça, bel effort)... D’une manière générale, on sent Microsoft et Sony en phases de capitalisation sur leurs produits. Faire entrer l’argent pendant qu’on peut et tant pis si les gens jouent avec de la technologie qui a 6 ans, tant qu’on empoche nos royalties. Comment s’enthousiasmer donc, surtout quand quasiment tout était connu avant même l’événement. Bref, pour l’an prochain, j’aborderai l’E3 avec comme état d’esprit le fait que je vais assister à un événement dont le but est de faire la promo de produits déjà connus aux grands de la distribution américaine avec peut-être un aperçu du futur. Mais si Microsoft commence une nouvelle trilogie Halo sur 360, faudra pas trop compter dessus...

Mis à jour le 16 septembre 2015