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Fairy Tail : il était une fois... de plus

Si je vous parle d’Hiro Mashima, ça ne vous évoque probablement pas grand-chose. Et pourtant… Difficile de ne pas remarquer Fairy Tail, la (relative) nouvelle saga à succès venue tout droit du pays du soleil levant. Déjà 30 tomes compilés (dont 22 en France) et une série animée qui compte près de 120 épisodes à l’heure où je vous parle. Et c’est loin d’être fini. La poule aux œufs d’or de chez Weekly Shonen Magazine a de beaux jours devant elle.

L’histoire, si vous ne la connaissez pas… eh bien vous la connaissez déjà un peu quand même. Surfant sur les archétypes du shonen, on découvre rapidement le personnage de Lucy Heartfilia, jeune fille en jupette de 17 ans qui rêve de rejoindre la troupe de Fairy Tail, sorte de groupe de mercenaires spécialisé dans la magie et l’éradication systématique de sorciers machiavéliques. Sur son chemin, elle rencontre Natsu Dragneel, jeune de 17 ans aussi, qui fait déjà partie de la guilde de Fairy Tail. Et donc, cahin-caha, on va suivre l’aventure de nos 2 héros, errants de mission en mission pour leur ordre tout en se découvrant eux-mêmes. Accompagnés par Gray, l’antithèse parfaite de Natsu, d’Erza, sorte de Xena en puissance et donc exact opposé de Lucy, et puis d’Happy le petit chat volant multifonction qui fait aussi accessoire comique ; nos champions vont gambader dans le monde merveilleux mais ô combien dangereux de la magie. L’adversaire ultime, un sorcier nommé Zeref, est d’ailleurs à l’univers ce que Voldemort est à Harry Potter : une menace planante, récurrente, dont on a essentiellement des informations par des intermédiaires. La question majeure étant : est-ce que la disparition soudaine des dragons de la surface du globe et celle de Zeref ont un lien ? C’est en tous cas ce que Natsu, lui-même jadis élevé par Igneel le dragon de feu, cherche à découvrir…

Côté manga, la machine est merveilleusement bien huilée. Dessins propres, histoire efficace et facile à retenir, rebondissements réguliers et intrigues bien ficelées. Du pain béni pour la série animée, qui n’a que très peu eu besoin de changer la structure initiale. J’ai d’ailleurs remarqué que souvent, 2 semaines de planches dans Weekly Shonen Magazine = 1 épisode dans la série.

Côté animation, vu que la série suit de façon appliquée le manga, le rythme est soutenu (fait suffisamment rare pour être souligné). Très peu d’arcs inutiles sont à déplorer. Les voix originales sont toujours impeccables et côté v.f, on a vu tellement pire qu’on en serait ici prêts à sabrer le champagne. L’aspect comique est correctement retranscrit et ça reste donc très agréable à regarder. En termes techniques je pense que Shinji Ishihira, le réalisateur, a sans doute bien apprécié le travail des studios Pierrot sur Naruto Shippuden. On y constate en effet des méthodes très similaires pour gérer l’animation. Mieux : on retrouve carrément le compositeur Yasuharu Takanashi, qui exerce déjà ses talents pour le futur hokage blond. Certains thèmes musicaux ont d’ailleurs quelques similitudes (particulièrement des titres comme « Akuma Deliora », analogue à celui de l’Akatsuki dans Naruto). Néanmoins on appréciera les sonorités celtiques ajoutées, qui donnent un timbre singulier à Fairy Tail.

En somme : une série agréable à suivre, très drôle, habilement menée… mais néanmoins relativement creuse. Quiconque sera spontanément allergique aux mangas trouvera ici tous les arguments nécessaires pour son entreprise de démolition. Personnages ultra-clichés du shonen (héros crétin, héroïne potiche (pas très) secrètement amoureuse du héros, personnages secondaires répétitifs…), un univers fort peu développé (on y fait de la magie, ok. Et alors ?), discours moralistes sur la valeur du courage et de l’amitié, éléments comiques avec une constante fascination pour les plans seins et autres petites culottes. Et je ne parle même pas du côté sombre de chacun. Qualifier Natsu de héro « dark » en ferait déjà pleurer de rire quelconque fan de Berserk

Alors certes l’auteur fait un excellent travail dans lequel tout a une fonction. Même un personnage comme Happy, qui ne sait pas faire grand-chose, trouve sa légitimité dans le déroulement des évènements. Le passif de chacun a des conséquences qui créent une cohérence et un but dans l’univers de la saga. Ce qui est judicieux. Mais au final tout reste assez calibré, déjà vu bon nombre de fois auparavant. Là ou One Piece développe pléthore d’idées visuelles originales, là ou Bleach expose différentes castes, là ou Naruto montre des clans distincts aux coutumes diverses… Fairy Tail ne raconte pas grand-chose en dehors de sa guilde. Essayez simplement d’imaginer le quotidien d’un habitant de Fiore (le royaume dans lequel Fairy Tail évolue), et vous n’aurez sans doute rien de bien original qui viendra en tête.

Une série gentiment sympathique donc, visant surtout un public adolescent. L’auteur Hiro Mashima se dit inspiré par Akira Toriyama (l’auteur de Dragon Ball, notamment). On y retrouve sans doute de multiples qualités…. Mais aussi les défauts majeurs. A l’est rien de nouveau donc, sinon un produit marketing très bien ficelé. Un long-métrage arrive même cet été au Japon. Pas sûr qu’il vaille mieux que ceux de Naruto

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Par Paul Dernière mise à jour le 20 novembre 2014