Palais d'Akasaka
L’hospitalité japonaise dans un château néo-baroque à Tokyo
Le palais d'Akasaka est un lieu de réceptions officielles et diplomatiques situé dans l’arrondissement de Minato au cœur de Tokyo. Aussi appelé "Maison des hôtes d'État", il permet de recevoir les hôtes de marques du Japon dans l’architecture fastueuse de son bâtiment néo-baroque, et de continuer les négociations dans le cadre plus feutré de son annexe Yushintei, symbole de l’omotenashi, l’hospitalité à la japonaise.
Le Palais d’Akasaka, ou Maison des Hôtes d’État, s’inscrit dans un grand parc arboré d’environ 120.000 m² à l’ouest du Palais Impérial. Au cœur des quartiers huppés de la capitale, il fait partie d’une oasis verte s’étendant vers Meiji Jingu Gaien du côté de Shinjuku. Il est bordé au sud par le sanctuaire Toyokawa Inari Betsuin.
Le palais occupe une ancienne propriété des Tokugawa de Kishu et son bâtiment principal, achevé en 1909, n’est pas forcément attrayant pour un touriste occidental. Son corps central, flanqué de 2 ailes incurvées, et ses colonnades de style néo-baroque évoquent en effet davantage des palais européens comme ceux de Buckingham ou de Versailles.
Conçu par un des 1ers élèves de Josiah Conder, Tokuma Katayama (1854 - 1917), cet édifice fastueux d’environ 15.000 m² est néanmoins représentatif des goûts de l’ère Meiji et à la pointe des techniques de construction de l’époque. Il était initialement destiné à servir de résidence au prince héritier Yoshihito (le futur empereur Taisho), mais ce fut Hirohito (l’empereur Showa) qui y résida entre 1923 et 1928.
Après-guerre, la gestion du palais est transférée à l’État japonais qui y installe successivement des organes d’administration, dont le Comité d’organisation des Jeux Olympiques 🏅 de 1964. Dans les années 1960, la résidence du prince Asaka à Meguro (aujourd’hui Tokyo Metropolitan Teien Art Museum) ne pouvant plus satisfaire les besoins de représentation diplomatique, il est décidé de rénover le Palais d’Akasaka pour en faire une résidence d’hôtes d’État et un lieu de conférences internationales. Ainsi le premier hôte étranger, le président des États-Unis Gerald Ford, y est reçu en 1974. Ces grands travaux menés pendant 7 ans ont également permis l’édification de l’annexe Yushintei.
À la suite de nouvelles rénovations de 2006 à 2009, le palais est désigné Trésor National. Il accueille le public en-dehors des grands événements depuis 2016.

Fastes néo-baroques au bâtiment Honkan
On accède à Honkan, le bâtiment principal du Palais d’Akasaka, en passant par un grand portail de fer forgé depuis Yotsuya, puis en traversant une grande place pavée bordée d’arbres alignés avec solennité. 2 armures de samouraï en bronze placées au sommet du corps central, telles des statues de gardiens koma-inu dans les sanctuaires, sont les seuls éléments rappelant que l’on se trouve au Japon.
Le Honkan est ouvert aux visiteurs sans réservation en-dehors des jours d’activité diplomatique. Ils peuvent ainsi déambuler dans plusieurs pièces grandioses richement ornées de peintures, de sculptures et de dorures à profusion, meublées dans le style Empire. On explore notamment :
- le hall d’entrée, caractérisé par des peintures symboliques du lever et du coucher de soleil ;
- Asahi no ma, un grand salon de réception à l’étage, dont les lions peints semblent suivre les visiteurs du regard ;
- Sairan no ma, un autre grand salon de réception, orné de motifs dorés de phénix et d’armures de samouraï ;
- Hagoromo no ma, une salle de bal dans l’aile ouest nommée d’après une pièce de Nô inspirée de la légende japonaise de la cape céleste Hagoromo ;
- Kacho no ma, une salle de banquets ornée de motifs de fleurs et d’oiseaux d’où son nom est tiré.

Hospitalité japonaise de l’annexe Yushintei
L’annexe Yushintei conçue par Yoshiro Taniguchi (1904 – 1979), également partie intégrante de la Maison des Hôtes d’État, a été construite en 1974. L’architecte s’est inspiré des bases de l’architecture traditionnelle japonaise qu’il a fusionnées aux influences du modernisme occidental.
Ici le calme reprend ses droits, tant visuellement que par le nombre de visiteurs autorisés. La réservation est en effet obligatoire pour entrer dans ce lieu d’exception, accessible uniquement sur visite guidée en petits groupes. Il est d’ailleurs interdit d’y prendre des photos et le personnel attentif veille scrupuleusement au respect de cette consigne.
Délivrés de la distraction des photos, on peut ainsi s’imprégner de la sérénité de cet édifice plus petit, mais tout aussi surprenant que le Honkan dans le soin apporté à chaque détail de ses quelques pièces épurées et élégantes. Les invités de marque y sont reçus pour des dîners d’État dans un décor typiquement japonais ou pour une cérémonie du thé, dans un cadre apaisant et plus intime.
La visite s’achève par le jardin japonais et son bassin de carpes. On peut également admirer une collection de bonsaïs qui, tels des œuvres d’art vivantes, servent à décorer les intérieurs lors des visites officielles.
Le Palais d’Akasaka n’est pas forcément un incontournable de Tokyo, mais il offre une visite potentiellement plus calme dans un environnement raffiné, donnant un aperçu des fastes du Japon du début du XXe siècle. L’audioguide (payant) disponible en français permet de mieux encore apprécier ce que l’on voit et de comprendre l’intime mélange des arts japonais et occidentaux qui caractérise les lieux.