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Welcome to the NHK

N.H.K. ni Yôkoso!

Ça fait un bout de temps qu’on n’a pas parlé de manga sur Kanpai. Hormis l’analyse sur le genre dojinshi, les derniers articles en date ont été consacrés à Naruzozo et 666 Satan (par le frère de l’auteur de Naruto). Ici, on est dans un registre beaucoup moins mainstream, puisque Welcome to the NHK s’attache à la culture otaku. Un sujet déjà abordé dans ces pages : très tôt, Otaku no Video en faisait une analyse et plus récemment, certains drama nous ont permis de les observer dans leur milieu presque naturel.

Sans grande originalité, Welcome to the NHK nous propose de suivre les tentatives de resocialisation d’un de ces asociaux du dernier degré : le hikikomori. Pire que l’otaku à la Densha Otoko, soit un fan ayant peu de vie sociale, le hikikomori vit reclus dans sa chambre ou son studio, coupé du monde et de toute relation. On en a déjà vu dans des dramas japonais tels qu’Akihabara @Deep ou Ikebukuro West Gate Park. De même l’animé Genshiken en montrait une facette très portée sur les jeux vidéo et autres conventions de fans. Welcome to the NHK, lui, se base sur une nouvelle de Tatsuhiko Takimoto illustrée par Yoshitoshi ABe. Le manga, étalé sur 8 volumes sortis entre 2004 et 2007, a été adapté en animé par le studio Gonzo dans une version, paraît-il, très censurée (nous reviendrons sur ce point).

Le protagoniste, Tatsuhiro Satô, est en proie à des crises de délire et de paranoïa dues à son statut asocial. Ainsi, il croit que le groupe NHK (le service public japonais) signifie « société des reclus japonais » et pense que l’entreprise en question en a après les hikikomori. L’histoire suit ses plongées et remontées sociales alors que, d’un côté, son voisin otaku l’entraîne dans le développement d’un jeu vidéo érotique et que, de l’autre, la mignonne Misaki Nakahara tente de lui faire suivre son programme spécial de réinsertion. En fermeture du quatuor, Hitomi Kashiwa, une autre belle donzelle qui s’accroche elle aussi à Tatsuhiro.

Le style graphique est plutôt bon, en tout cas très propre et efficace bien que pas du tout original. Les enchaînements sont parfois un peu longuets et l’on note quelques baisses de rythme (et une difficulté à démarrer) mais le reste de la mise en scène est clairement dans la moyenne haute du manga. C’est plutôt dans les thématiques abordées que Welcome to the NHK joue l’inédit. S’il se permet de parler de sujets un peu tabous, il franchit parfois des limites que seule la culture japonaise comprend et accepte. Ainsi, le manga a tendance à euphémiser la pédophilie passive sous le terme de « lolita complex », c'est bien pratique pour l’œuvre mais parfois assez dérangeant de notre point de vue. Dès les premiers chapitres du manga, le protagoniste se cache dans les buissons pour fantasmer en prenant en photo des gamines de 10 ans… Ailleurs, ils recherchent sur Internet 📶 des photos nues de femmes-enfants. Personnellement, j’ai du mal.

Certaines pages de NHK ne peuvent tout simplement pas être publiées en France sans censure. Je suis généralement à l’encontre de toute entrave à la liberté, mais on touche ici à des disparités d’opinion d’ordre culturel. D’ailleurs Soleil, l’éditeur français, ne s’y est pas trompé et livre une version tronquée du manga. Quand certaines scènes dépassent en effet allègrement le fan-service pour pencher vers l’immoral, il vaut mieux faire attention. Reste que Welcome to the NHK a le mérite de traiter de thèmes difficiles comme le suicide collectif, entre autres choses qu’on aime taire au Japon (et dont on aime trop parler à son sujet en occident, chacun sa croix !). Sa cible restera une niche, certes, mais ce genre de manga gratte au moins un peu la couche de vernis SD aux grands yeux, gros seins et cheveux violets. C’est déjà un premier pas. Bienvenue à la NHK, donc.

Dernière mise à jour le 16 septembre 2015