Si vous vous intéressez de près ou de loin à la culture japonaise, le titre Densha Otoko ne vous est probablement pas étranger. Le « gars du train » c’est YAMADA, un looser social fan d’animés qui « sauve », un soir dans un train de Tôkyô, une superbe jeune femme d’un pépé pervers bourré. Désirant conquérir la belle, l’Akiba-chan (un geek d’Akihabara) se fait aider par la communauté d’un forum pour conquérir la femme de ses rêves. Téléphone, relookage, dîners, déclaration d’amour (etc.), l’histoire a donc été plus ou moins romancée en passant par de nombreux médias, comme les Japonais savent si bien le faire. Évitant le bouquin paru en octobre 2004, le plus récent film, les manga et la vidéo de cul (paraît-il), je m’intéresserai plutôt ici à la série, diffusée cet été sur Fuji TV, pour approcher le phénomène Densha Otoko.

À l’origine donc, le très visité 2ch / « ni channel » (qui était déjà ultra connu lorsqu’on me l’a montré en première année de japonais, c’est dire). Un BBS tout ce qu’il y a de plus classique dans son fonctionnement, comme n’importe quel forum trouvé de ce côté-ci du globe. Et comme dans tout regroupement de ce type, des codes plus ou moins implicites sont instaurés. Tout se passe sur une seule et même page dans laquelle les messages sont numérotés. Beaucoup postent sous le nom de « Mr.名無しさん » (« Monsieur Sans Nom »), et s’y retrouvent en notant dans leur sujet le numéro du message auquel ils répondent. « Densha Otoko » est donc le nom donné à cet énième anonyme que l’on dit raconter son histoire sur 2ch.

Car avec la montée du phénomène dès la publication du bouquin, a débuté sa montée en épingle. D’aucuns ont ainsi commencé à mettre en doute la véracité de l’histoire. Appuyés par le pratique anonymat des messages, des rumeurs ont directement accusé 2ch de vouloir relancer le site, devant leurs problèmes financiers. Même l’Asahi Shinbun s’y est mis, demandant à un journaliste de vérifier l’authenticité de l’histoire et de retrouver ce « Densha Otoko ». Toutefois, malgré l’intervention du personnel de la gare et de la police dans le rapport sur 2ch, il semblerait qu’aucun officiel n’ait pu confirmer qu'un tel incident se soit produit la veille du premier message posté par notre Akiba-chan. GUNJI Hiroko de la maison d’édition Shinchôsha, retransmis sur Yahoo! en novembre 2004, expliquait pour calmer les ardeurs : « J'ai rencontré l'homme du train à plusieurs occasions et j'ai également correspondu avec lui. Ils s'entendent bien avec Miss Hermès, ils se voient, elle a acheté le livre et ils sont contents ». Youpi.

Vraie ou pas, l’histoire n’en est pas moins vraisemblable, et le livre, million seller. Elle permet à toute une génération de jeunes japonais plus ou moins otaku de se retrouver dans cette aventure, et de garder espoir. Plus largement, elle ouvre sur une étude des comportements amoureux entre hommes et femmes au Japon. Lui, looser, mal intégré à la société, est même presque rejeté par sa propre famille. Un otaku pur souche, donc, pas encore assez atteint pour être comparé au pédophile de la fin des années 1980 MIYAZAKI Tsutomu, mais suffisamment pour être fui comme la peste. Si vous aimez trop les manga et animés, c’est pour ça que vos correspondantes japonaises ne vous répondent plus au bout de trois mails. Naruhodo. Elle, belle comme dans une pub pour une crème de visage, couronnée de réussite, riche, les prétendants se bousculent à son portillon et de toute façon, elle est plus grande que la plupart de ses mâles concitoyens. Elle vit dans une maison à l’occidentale et lit des bouquins sans images à l’intérieur. Mais lorsqu’ils se marieront, la belle Saori devra-t-elle quitter une carrière pourtant prometteuse pour faire la bobonne et avoir autant de relations sexuelles que de gamins ?

La série, elle, s’est imposée comme LE drama pour les occidentaux fan de japon(i)aiseries. Ouvrant les portes au phénomène, elle a déjà conduit à une traduction des logs, et quelque chose me dit que ça ne s’arrêtera pas là. Bourré de références visuelles et sonores, à commencer par le générique de Gonzo, ce drama a su trouver un public fidèle autoproclamé otaku sans même comprendre la moitié de sa terminologie. Reste que la loose avec les femmes, ça n’a pas de frontière. Et dans un pays où l’on jauge le coefficient de classe d’un homme à son salaire et (surtout ?) à sa quantité de poils au menton, Densha Otoko arrive à point nommé. Enfin, malgré sa niaiserie et sa lenteur ambiantes (c’est un drama, ne l’oublions pas), il est facile de se prendre au jeu et d’accrocher aux invraisemblances romancées, le temps de quelques épisodes.

Pour les petits branleurs comme Densha Otoko, il y a même SATÔ Eriko de Cutie Honey et surtout ITÔ Misaki (Saori Aoyama), que l’on retrouve modélisée dans Everything or Nothing sur PS2. Beaucoup plus prude dans la série qu'elle ne semble l'être en photos, elle représente joliment le comportement de la femme parfaite pour otaku rétrogrades et machistes sans se l'avouer. Reste que la voir sourire dans notre série, entourée d’un filtre lumineux volé aux meilleurs moments de Santa Barbara, ça n’a définitivement pas de prix.

-- En octobre 2018, il est annoncé que l'histoire va être adaptée en comédie musicale aux États-Unis.

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