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Ikebukuro West Gate Park

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Sur la quantité de drama japonais abordés sur Kanpai, et à moins d’être otaku à l’occidentale, il faut admettre que peu méritent réellement votre attention. Ceux qui le font, en revanche, n’y vont pas par quatre chemins : Nodame Cantabile, My Boss My Hero ou Hanazakari no Kimitachi e sont des petites pépites de la série télé qui relèvent d’un vrai talent. Mais, quoi qu’on les apprécie, il faut reconnaître qu’ils tournent toujours autour des mêmes thèmes : amitié, amour, flirt, le tout saupoudré d’humour et d’une thématique propre. Ikebukuro West Gate Park (diffusé sur TBS au printemps 🌸 2000) a ce mérite de changer, voire d’aller à l’encontre de tous ces autres dramas qui tournent parfois un peu en rond.

Car il aborde des thèmes généralement laissés pour compte dans les dramas. Des thèmes réalistes et durs : délinquance, violence, sexe… Les yakuza y sont de vraies familles dangereuses, qui coupent des doigts pour un oui ou pour un non. Leur terrain de jeu ? Une ville dans la ville, le quartier d’Ikebukuro, qui a ici plus de caractère que la tentaculaire Tokyo. Les protagonistes le respectent, y sont attachés et se battent pour le conserver intact, ce qui lui donne des accents très forts de Takara-machi dans Amer Béton. Majima Makoto est notre point de vue pour cette plongée au cœur de l’agressif Ikebukuro. En enquêtant sur le meurtre d’une de ses amies, il va s’impliquer dans différentes histoires et affaires à résoudre : vols, enlèvements, hikikomori, embrigadements, prostitution, meurtres… ça vous donne une idée de l’ambiance. Petit à petit va se construire une sorte de triangle plus ou moins équilibré entre lui, la police et les gangs du quartier (G-Boys et Black Angels, avec en toile de fond différentes familles de yakuzas).

90% de l’action sur Ikebukuro West Gate Park se passe de nuit. L’ambiance est bétonnée, industrielle, on a un esprit qui rejoint parfois les nocturnes des Jet Set Radio. Du coup, les couleurs sont très sombres, les décors saturés et ça joue parfois sur les aplats pour un rendu transpirant. Cette impression de froideur est renforcée par le filmage très particulier. Les mouvements abusent de champs / contre-champs, de travelings saccadés, de transitions schizophrènes, de l’alternance plans larges / très serrés sur une moitié de visage, voire des prises de vue à la première personne. La caméra prend aussi cette habitude d’un stress répété et scrute alors tous les points de vue d’une scène. Ajouté au montage nerveux, tout ça est caractéristique d’un travail important sur le rendu visuel et l’impression de coups de surin adaptés au scénario. Indiscutablement du beau boulot.

On a, pour cette adaptation du manga d’Ishida Ira, un casting intéressant qui fait preuve d’une interprétation excellente. Au menu, le beau Nagase Tomoya, Kato Ai en loli-pas-si-conne, et Kubozuka Yosuke en chef de gang totalement barré. Mais l’on retrouvera également d’autres têtes connues comme Yamashita Tomohisa ici très jeune, Ken Watanabe en flic et Koyuki en prof hôtesse tous deux vus plus tard dans le Dernier Samurai. Et l’on notera également un caméo répété de la chanteuse Yuko Ando, qui intervient dans plusieurs épisodes bien que son texte se limite à trois mots par apparition. Pour les fans de cette artiste, sachez qu’il s’agit de son seul coup d’essai devant la caméra, avant ses albums à succès. Bref, des acteurs bien choisis pour une interprétation largement à la hauteur.

Ikebukuro West Gate Park n’est peut-être pas une œuvre majeure, mais il renouvelle le genre drama avec volonté et y parvient plutôt bien. Définitivement, ça nous changera du typique triangle amoureux ou, plus généralement, des rôles homme/femme tellement bien définis que certaines séries s'en mordent la queue. Les nanas d’IWGP ne sont pas que des greluches à semelles compensées qui roulent leur petit cul. Quant aux mecs, ils ne sont pas non plus des beaux gosses maladroits et vaguement machos qui font du sport sans transpirer. C’est, en cela, qu'IWGP fait presque un bond dans la culture japonaise.

Mis à jour le 16 septembre 2015