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Dojinshi

Doujin : ecchi, hentai ou pas ?

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Le dojinshi est un concept lié au manga japonais dont l’usage occidental est devenu un abus de langage. Je profite donc de cet article pour recentrer son propos. Le terme « doujinshi » vient de 3 kanji de la langue japonaise. « Doujin », littéralement « la même personne », regroupe toute la création amatrice / libre et sa communauté de consommateurs, que cela soit du manga, fanzinat, littérature ou jeu vidéo 🎮 (d’où les termes de doujin-game ou dôjin-soft). Le « shi » est la contraction de « zasshi » (pour « magazine ») qu’on a déjà abordé dans l’article sur le japonisme mangamaniaque. Le dôjinshi représente donc la publication de mangas amateurs au sein de publications dédiées, de type Shônen Jump. On peut en voir dans des animés comme Comic Party ou Genshiken.

On n’est donc pas directement dans la production ecchi et hentai 🔞, en tout cas pas intégralement. Car ces essais autoproduits par leurs auteurs abordent tous les genres, en passant bien évidemment par le sexy voire le sexuel, mais pas seulement. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas uniquement des amateurs qui réalisent du doujin. Il y a plusieurs exemples de mangaka célèbres qui s’adonnent à la pratique, pour échapper aux pressions de la publication grand public. Si vous êtes fidèle de Kanpai, vous savez que les délais de publication au Japon sont très serrés, les marges sur les ventes réduites, et que si la série ne plaît pas aux lecteurs, elle peut passer à la trappe d’une semaine à l’autre. Le dojinshi est donc une échappatoire présentant des avantages indéniables : des délais plus souples, un pourcentage plus conséquent sur les revenus et une plus grande liberté de création. Le lieu de rencontre inévitable pour tous les amateurs de dôjin est bien sûr le Comiket (apocope de « Comic Market »). Cette convention bisannuelle, qui a lieu près de Tokyo chaque été et chaque hiver pendant 3 jours, fait se rencontrer les auteurs et amateurs du genre.

Voici quelques exemples de mangakas reconnus qui ont soit démarré dans le doujin, soient mènent cette activité en parallèle de leurs publications régulières :

  • les quatre femmes du collectif CLAMP (Card Captor Sakura, Chobits, xxx Holic…) étaient au départ douze dessinatrices de dôjinshi ;
  • Ken Akamatsu et son célèbre Love Hina a toujours dessiné du doujinshi et continue encore aujourd’hui ; il est connu dans le milieu sous le pseudonyme de Awa Mizuno ;
  • Nanae Chrono, auteur du médiocre Peace Maker Kurogane, dessine des versions yaoi (gay) de Naruto (cf. illustration en début d’article) ;
  • Les fameux Monkey Punch (Lupin III) et Yoshitoshi Abe (Serial Experiments Lain) ont commencé comme auteurs de doujin. Ce dernier a même vu l’une de ses publications d’amateur, Haibane Renmei, devenir un animé.
L’association du terme de doujinshi avec des productions plus osées est donc totalement due à l’exportation en occident. En Europe et aux États-Unis, on parle de dôjin pour regrouper toutes les planches déclinées de manga existants et visant à mettre en scènes les protagonistes dans des situations romantiques, voire érotiques. Toutes les plus grandes œuvres y passent : One Piece, Dragon Ball, Evangelion et bien d’autres ont bien sûr leur déclinaison hentai, ecchi, yaoi ou encore yuri. A noter que les auteurs de ces dérivations ne sont pas forcément Japonais. On parlera d’ailleurs de « fanfiction » ou « Ippan » pour les essais non pornographiques, et de « H-Dôjinshi » ou « ero manga » pour les productions sexy.
Mis à jour le 09 septembre 2015