Le féminisme au Japon

Un état de la condition des femmes japonaises

Le principe du féminisme part d'une base simple : permettre l'égalité entre femmes et hommes. Loin de se limiter à une histoire de parité salariale, de droit de vote ou d'IVG, il s'agit également, entre beaucoup d'autres sujets, de renverser la tendance dans l'éducation des enfants comme bannir les phrases telles que :

  • "les garçons ne pleurent pas, ils doivent être forts" ;
  • et les "'fais-toi jolie, souris un peu" aux filles.

C'est aussi travailler sur les effets du capitalisme sur les rôles genrés, les discriminations à l'encontre des personnes LGBT+, le racisme ou encore les santés mentales. Encore une fois, entre beaucoup d'autres sujets, on retrouve ces normes contre lesquelles Durkheim nous avertit dans son livre Les règles de la méthode sociologique.

La société japonaise, même si elle se dirige doucement vers ces problématiques, se montre évidemment bien différente des sociétés occidentales et son féminisme diffère lui aussi pour s'accorder avec les besoins du pays. La honte est très probablement le premier frein à une véritable révolution de ce côté-là. Oser ne pas se conformer à une société aussi intransigeante est un phénomène qui s'est fait rare par le passé.

Bien que la jeunesse japonaise tende à se rebeller depuis quelques années contre les normes étriquées du pays (hyper compétitivité scolaire, irrévocable soumission à la hiérarchie de la famille et de l'entreprise, interdits religieux et rites de passages qui, s’ils ne sont pas suivis, peuvent porter préjudice à toute la famille - le mariage en première place), le féminisme japonais n'en est encore qu'à son stade embryonnaire : faire entendre les voix des femmes et les faire sortir de la maison, de l'obligation de se marier (ou du moins de se marier avant de commencer à vivre autre chose), d'avoir des enfants, d'être un modèle de perfection physique et moral, aimable, bienséante en toute circonstance, même les pires imaginables.

Débuts du féminisme japonais au XXe siècle

Cette thématique évoque régulièrement la revue Seito qui a vu le jour au Japon au début du XXe siècle. Rédigée entièrement par des femmes, elle se veut alors aussi littéraire qu'apolitique. Mais à l'arrivée d'Ito Noe, jeune femme divorcée et vivant en union libre avec son partenaire, elle revêt un caractère politique qui déplaît aux autres employées. En effet, ne travaillant à la revue que pour faire connaître leur talent littéraire, ces femmes qui ont tout ne veulent pas être considérées comme complice de Ito Noe. Cette dernière étant non seulement féministe mais aussi, de par son histoire familiale et son divorce, une anarchiste. Les articles qu'elle publie sont alors teintés de ses revendications politiques et sa remise en cause de l'état de la société japonaise à son époque. Ce militantisme lui coûtera sa vie mais permettra également au féminisme japonais de se développer et de faire comprendre les liens étroits entre toutes les formes de discrimination.

Cette première vague de féminisme a ouvert la porte à une seconde approche dans les années 70 : "woman lib", un mouvement pour la libération des femmes qui aborde les rôles genrés, l'institution du mariage ou le droit au divorce. Et surtout, puisque les seuls à barrer les changements demandés sont les hommes, même ceux au sein du gouvernement, les femmes japonaises apprennent alors à parler pour elles-mêmes et à faire entendre leurs revendications. Tant et si bien d'ailleurs qu'un nombre toujours plus croissant de femmes arrêtent de garder pour elles tout ce qu'elles subissent au quotidien. Elles s'affirment et demandent à ce que les hommes qui les attaquent prennent leurs responsabilités.

Pour autant, tout n'est pas gagné aujourd'hui. Prenons l'exemple des compartiments de trains pour femmes. L'idée semble honorable : pour que les femmes ne se fassent pas toucher ou photographier sous la jupe par des hommes dans les trains, certaines compagnies ferroviaires ont tout simplement proposé une séparation des genres. Pourtant, cela ne résout en rien le problème du harcèlement sexuel : cela ne criminalise pas le harcèlement sexuel dans les lieux publics, cela n'apprend pas aux hommes qu'ils n'ont simplement pas le droit de toucher des femmes sans leur consentement. Le préjudice ne disparaît pas, et la prise de conscience reste très mesurée.

La cause des femmes nécessite qu'elles continuent à se confronter à leur société, et plus particulièrement à un gouvernement japonais qui a peur de risquer son image.

L'histoire tumultueuse des femmes de réconfort

Le 4 août 1993, le secrétaire en chef du cabinet Yohei Kono déclarait reconnaître la participation du Japon dans l'institution des femmes de réconfort durant la seconde Guerre mondiale. En effet, alors que les armées occupaient certains pays, des ''stations'' furent créées où des femmes originaires de ces pays travaillaient en tant qu'esclaves sexuelles des soldats.

En 2007, Shinzo Abe niait pourtant ces faits, affirmant qu'aucune femme n'avait été contrainte à devenir prostituée. Il est avancé que pour éviter aux hommes de devenir violents par la frustration engendrée par l'abstinence, des femmes leur étaient offertes afin de les calmer.

Le rapport annuel d'Amnesty International de 2014/2015 a montré que le Japon est loin d'accepter ses erreurs quand on parle d'histoire, mettant en avant soit un déni total face à ces accusations, soit l’absence d’excuse pour justifier l'esclavage sexuel subi par ces femmes.

Interdire l'avortement pour renforcer la natalité ?

Le Japon fut l'un des premiers pays du monde à autoriser l'avortement en 1948. Mais ce choix n'était pas motivé par l'intérêt des femmes ou par une quelconque revendication féministe. Après la seconde Guerre Mondiale, la population avait tellement augmenté que le pays s'est vu dans le besoin de ralentir sa natalité. Dans ce schéma, le gouvernement a autorisé les femmes qui ne voulaient ou ne pouvaient pas garder leur enfant à interrompre leur grossesse. C'est donc depuis près de 70 ans que le pays peut sembler progressiste de ce point de vue.

Mais deux raisons en particulier se cachent derrière ce laxisme :

  1. La première est l'idée bouddhiste de la réincarnation, qui rend l'avortement moins ''grave'' aux yeux de ceux qui pourraient être contre. Supposant que toute chose à un esprit, pour les Japonais l'esprit se trouvant dans l'embryon va alors rechercher un nouvel hôte. Cette idée permet également aux Japonaises concernées de ne pas avoir de clause de conscience ou d'évaluation psychologique comme celles que l'on a en France ou dans d'autres pays occidentaux, qui existent parfois plus pour empêcher la mère d'avorter que pour réellement l'aider dans le processus. Ainsi il n'y a pas non plus de groupe "pro-life" au Japon qui manifeste près des cliniques ou contre l'avortement.
  2. La seconde raison à ce laxisme est un des principes de la société japonaise même : faire passer l'intérêt de la société avant celui de l'individu. Puisque le besoin était de ralentir la natalité dans un pays en manque de ressources, l'avortement était une solution comme une autre. Mais aujourd'hui, parce que certaines personnes du gouvernement estiment qu'il faudrait que la natalité augmente, l'idée d'interdire l'avortement a été lancée. Ainsi la ministre Seiko Noda, pour pallier les problèmes économiques en cours dans le pays, autant que pour ceux à venir, suppose qu'il faudrait recommencer à forcer les femmes à enfanter pour le bien du pays.

Objectification infantile répandue et parfois dérangeante

En 2015, beaucoup d'articles ont été publiés en France sur la pornographie infantile au Japon, un fléau qui alerte de plus en plus les autorités. Que l'on parle de lolita complex (attirance pour les jeunes filles), d'enjo kosai (prostitution lycéenne) ou de bar à hôtesses, parmi d'autres, le Japon idéalise la jeunesse et l'attrait qu'elle se doit d'avoir pour le reste de la société.

Un chiffre en particulier (donné lors d'un récent meeting de l'ONU) à fait bondir le gouvernement : 13% des mineures japonaises offriraient des services et jusqu'à leur corps contre de l'argent. Parce que l'idée entache l'image du Japon aux yeux du monde, une rétractation a été demandée. Pourtant, le reste des informations expliquant cette recherche corrobore le fait que la prostitution d'adolescentes au Japon est belle est bien présente en trop grand nombre (qui ne cesserait d'augmenter). Une loi a été mise en place afin du lutter contre la diffusion de pornographie infantile, mais l'idée s'arrête là : la diffusion est pénalisée, la possession d'images ne l'est pas.

Il est nécessaire que le Japon oublie sa peur face au regard du reste du monde sur sa culture et sa société. S’il veut faire avancer les choses, surtout en matière de pornographie infantile, il doit accepter les chiffres, mettre de côté sa fierté jusqu'à ce que les problèmes soient réglés. Cette honte participe largement de ce qui empêche le pays de promulguer de nouvelles lois, et le gouvernement actuel peine à comprendre l'intérêt du féminisme et de la remise en cause de certaines de ces actions. Pourtant, c'est en faisant ce travail de réflexivité historique que le pays pourra aller de l'avant en matière de droit des femmes et d'égalité des sexes.

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