Onsen Taihei no Yu Namba (Osaka), panneau d'interdiction pour les tatouages

Voyager au Japon avec un tatouage

L'hospitalité japonaise malmenée

Le Japon entretient une relation compliquée avec le tatouage, en grande partie car il a longtemps été synonyme de criminalité et d’exclusion de la société. Aujourd’hui, nombreux sont les voyageurs arborant fièrement un ou plusieurs tatouages et désireux de parcourir l’archipel sans pour autant remettre en question l'omotenashi, l'hospitalité japonaise.

Dès 2015 et en prévision de l’organisation de grands événements internationaux comme la Coupe du Monde de Rugby (2019) et les Jeux Olympiques 🏅 (2020 2021), le gouvernement japonais a souhaité évaluer l'état d'esprit des professionnels du tourisme vis-à-vis du tatouage et du potentiel accueil que recevraient les nombreux touristes étrangers attendus, en particulier ceux qui seraient tatoués. Le sondage effectué par le Ministère du Tourisme a permis de découvrir que plus de la moitié des établissements répondants de type hôtels 🏨 ou ryokan avaient encore un a priori négatif et refusaient les gens tatoués, quelle que soit leur origine, en invoquant leur possible lien avec la criminalité.

Pendant des siècles en effet, le tatouage fut une marque infâmante pour désigner les criminels. Bien que l’art du tatouage au Japon se soit développé principalement au cours de l’époque d’Edo et put être pratiqué dans toutes les couches de la société, il fut strictement interdit durant l’ère Meiji et jusqu’en 1948. L'âge d'or du cinéma de yakuza dans les années 1960-70, qui exposait des corps largement encrés, a grandement contribué à l’association assez systématique dans l’esprit du grand public des tatouages aux groupes mafieux (même si aujourd’hui les yakuza tendent à éviter de se faire tatouer).

Les touristes tatoués peuvent ainsi être décontenancés par la forte persistance de ces préjugés, alors même qu'ils considèrent qu'encrer sa peau relève d'une démarche artistique, personnelle ou ancestrale.

Le tatouage est-il illégal au Japon ?

Être tatoué n’est en soi pas illégal. Par contre, le métier de tatoueur a tendance a être exercé discrètement car légalement soumis en principe à la possession d'un diplôme de médecine. Jusqu’à il y a peu, en septembre 2020, où la Cour Suprême du Japon a rendu une décision en faveur d’un tatoueur accusé d’exercice illégal de la médecine.

Par conséquent les salons de tatouage ayant pignon sur rue sont assez rares et les tatoueurs en exercice (hors mafia) ont une longue liste d’attente, parfois de plusieurs années. C’est un élément important à prendre en compte par ceux qui souhaiteraient un tatouage commémoratif de leur séjour au Japon ! Après avoir trouvé l’artiste idéal(e) via les réseaux sociaux ou un simple moteur de recherche, il faut le /la contacter assez longtemps avant le voyage pour pouvoir échanger sur le projet et évaluer le nombre de rendez-vous nécessaires, ou même si le projet est réalisable pendant votre voyage. En effet, plusieurs paramètres sont à prendre en compte comme la disponibilité du tatoueur ou encore le temps de cicatrisation.

En tout état de cause, il est peu probable de pouvoir se faire tatouer au pied levé au Japon. Il faut aussi tenir compte du fait que la langue peut être un obstacle, beaucoup d’artistes maîtrisant peu l’anglais. Toutefois, recourir aux services d'un guide professionnel japonophone permet de faciliter la prise de rendez-vous, voire d'en obtenir un plus rapidement selon son carnet d'adresses.

Homme japonais avec tatouage traditionnel

Quelle réaction devant une personne tatouée ?

Globalement, et si l’on en croit la plupart des témoignages, les touristes étrangers tatoués bénéficient plutôt d’un accueil positif et attirent la curiosité, mais rarement de la réprobation.

Au contraire, un(e) Japonais(e) tatoué(e) sera plus sujet à critique. Il est d'ailleurs plus difficile de trouver un travail au Japon si l'on est tatoué, en particulier dans les plus grands groupes ou dans l'administration. Le maire d’Osaka avait d’ailleurs fait parler de lui en 2012 en sommant les employés municipaux tatoués de faire disparaitre leurs tatouages ou de trouver un autre emploi.

Néanmoins, l’acceptation du ou des tatouages pourra varier, mais il faut toujours garder en tête qu’un interlocuteur japonais pourrait ressentir de l’inconfort, un malaise devant un tatouage, pour des raisons culturelles profondément ancrées. Les clients japonais de onsen ♨️ n’hésitent d’ailleurs pas à se plaindre à l’établissement quand ils constatent qu'un de leurs co-baigneurs est tatoué. Le degré de visibilité et / ou la taille du tatouage, ainsi que le motif arboré peuvent entrer en ligne de compte dans son acceptabilité.

La réaction sera variée selon les endroits :

  • dans la rue ou les espaces publics : en général cela ne pose pas de problème. Le tatouage pourra même être admiré selon les circonstances.
  • au temple ou au sanctuaire : il n’y a pas d’interdiction spécifique, mais tout comme une tenue correcte est demandée pour la visite, il est possible que l'on vous demande de couvrir les parties tatouées visibles.
  • au sento, le bain public : la politique peut varier en fonction de l’établissement, mais ils sont globalement assez ouverts envers les personnes tatouées.
  • à la plage 🏖 : ce n’est pas forcément interdit, mais en général il faut les couvrir.
  • au onsen, le bain thermal : les personnes tatouées sont refusées assez souvent. Certains onsen tolèrent les tattoos s’il est possible de les couvrir.
  • au ryokan : comme pour les onsen, si les bains sont communs, les personnes tatouées sont majoritairement refusées.
  • à la piscine / parc aquatique : les tatouages visibles sont le plus souvent strictement interdits.
  • à la salle de sport : idem. Il semblerait toutefois que les petites salles ou salles de quartier soient plus permissives que les grandes.

Quand l’interdiction existe, elle est généralement affichée bien en vue à l'aide notamment d'un panneau 入れ墨禁止 (irezumi kinshi "Tatouage interdit") et il est inutile de tenter de négocier.

Onsen Taihei no Yu Namba (Osaka), panneau d'interdiction pour les tatouages 2

Comment bien vivre ses tatouages au Japon ?

"À Rome, fais comme les Romains" : si le fait d’être visiblement étranger permet souvent de s’affranchir de nombreuses règles sociales japonaises, cela n’ouvrira pas toutes les portes concernant les tatouages. La barrière de la langue et des habitudes culturelles pouvant mener à des situations au mieux gênantes, au pire désagréables et vexantes. Au Japon, la règle, c’est la règle !

Pour que votre séjour de tatoué(e) au Japon se passe dans les meilleures conditions, n’hésitez pas à prendre les devants :

  • Demander / vérifier si les tatouages sont autorisés et dans quelles limites au moment de réserver son ryokan, ou à l’entrée des onsen, sento et autres parcs aquatiques.
  • Réserver des bains privés en cas de refus de bains communs.
  • Préférer les heures de faible affluence pour les bains, salles de sport et piscines qui autorisent les tatouages. Certains endroits ont même prévu des dispositifs spécifiques en ce sens.
  • Prévoir de quoi couvrir les parties tatouées : vêtements, foulard, serviette, pansement, combinaison, etc. que ce soit pour les bains, la plage, le sport, les parcs aquatiques ou même les visites de lieux traditionnels. On trouve assez facilement des "arm covers", sortes de chaussettes à bras dont la fonction première est de protéger des UV, mais qui peuvent aussi cacher un tatouage (voir notre galerie photo).
  • Si possible et selon les circonstances, dissimuler son tatouage avant qu’on ne vous le demande, dans une démarche de prévenance et d'attention envers autrui que les Japonais nomment 思い遣り omoiyari.

Il faut également accepter d’être refoulé d’un endroit à cause d’un tatouage et partir sans faire de scène ni tenter de négocier. Ce n’est certes pas agréable, voire absurde de notre point de vue de voyageurs, mais c’est ainsi que fonctionne le Japon. C'est aussi une façon d'expérimenter la différence culturelle.

Comment repérer les endroits tattoo-friendly ?

Pour vous y aider, certains site et applis répertorient les onsen, sento et ryokan qui ne refusent pas les personnes tatouées, comme :

Cependant, ces sites ne sont pas forcément mis à jour, donc, dans l’absolu, il vaut mieux vérifier directement auprès des établissements que vous envisagez de fréquenter pour éviter les déconvenues. Certains lieux, comme à Kusatsu, indiquent directement s’ils sont "tattoo-friendly" ou acceptent le "body art" sans rapport avec les gangs.

Attention, certaines grandes attractions touristiques interdisent formellement toute forme de tatouage, qu’elle soit provisoire (décalcomanie, henné), permanente, ou traditionnelle (par exemple les tatouages maoris). Les tatouages visibles sont notamment interdits :

Mieux vaut ne pas tenter de "filouter" car si le tatouage n'est pas complètement dissimulé par le maillot de bain ou la tenue correcte exigée par ces établissements, on prend le risque d'être expulsé(e) sans remboursement des frais d'entrée !

D’où l’importance de bien planifier ses visites, soit en réservant des bains ou des endroits privatifs pour ne pas avoir à parler de ses tatouages, soit en sélectionnant les endroits où ils seront acceptés.

Comment demander l'autorisation d'entrer avec un tatouage ?

Pour demander si les tatouages sont autorisés, dites :

  • Tattoo wa daijobu desu ka ? (タトゥーは大丈夫ですか)

Si ils sont interdits, la réponse contiendra (parfois avec les bras en croix) :

  • O kotowari desu (お断りです) ou O kotowari itashimasu (お断りいたします) ;
  • Dame desu (ダメです).

Si ils sont acceptés :

  • OK (okkei) desu (オッケーです) ;
  • Daijobu desu (大丈夫です).

Si on vous demande de couvrir le tatouage :

  • Tattoo wo kakushite kudasai (タトゥーを隠してください "Veuillez couvrir votre tatouage"),
  • Tattoo kabaa shiiru wo tsukatte kudasai (タトゥーカバーシールを使ってください "Veuillez couvrir votre tatouage avec un Tattoo Cover Seal").

Le Tattoo Cover Seal (aussi nommé foundation tape, hada kaku shiito, skin cover sheet) est une sorte de pansement couleur chair, résistant à l'eau, qui offre l'aspect d'une seconde peau et peut couvrir les tatouages de petites dimensions. Il est assez facile de s'en procurer par la plupart des plateformes de vente en ligne, à des prix abordables (en moyenne 1.000¥ / ~7,68€ les 4 patchs) bien que le nuancier de couleurs soit assez réduit.

Cependant, il est préférable de les commander et les avoir reçus avant de partir, car une fois au Japon il peut être compliqué d'en trouver. Ils sont vendus dans de grandes enseignes telles que Don Quijote (Donki), mais tous les magasins n'en ont pas en rayon. Les boutiques spécialisées dans les articles de cosplay (Animate notamment) peuvent également dépanner, à condition d'en trouver une sur son itinéraire de voyage.

Pansements couleur chair, Tattoo Cover Seal

Vocabulaire

En japonais, il existe plusieurs mots pour dire "tatouage". Irezumi (入れ墨) et horimono (彫り物) sont couramment utilisés et évoquent généralement un tatouage au motif traditionnel japonais, le mot anglais tattoo (タトゥー) désignant tous les autres styles de tatouages.

Pour le tatouage japonais traditionnel, plusieurs dénominations existent en fonction de leur emplacement et leur étendue sur le corps. Voici quelques exemples :

En japonais Transcription Signification
胸割り Munewari Tatouage du torse à l’exception d’une bande verticale au centre
長袖 Nagasode Tatouage s’étendant de l’épaule au poignet. Le tatouage du bras propose plusieurs variantes de longueurs (jusqu’au coude gobu 五分, milieu de l’avant-bras shichibu 七分)
亀の甲 Kame no kô Tatouage en "carapace de tortue", c’est-à-dire couvrant le dos et l’arrière des cuisses
胸割り総身彫り Munewari sôshinbori Tatouage de tout le corps jusqu’aux poignets et aux chevilles à l’exception d’une bande verticale au milieu du torse
隠し彫り Kakushibori Tatouage des zones cachées du corps (près des aisselles, intérieur des cuisses, etc.)

Updated on 21 juillet 2021 - Traveling with Tattoos in Japan