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Quartier Lointain, de Jirô Taniguchi

Haruka na machi e

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Nous avions toujours voulu lire Quartier Lointain de Taniguchi, voire découvrir Jirô Taniguchi tout court, n’ayant jamais parcouru aucune de ses œuvres. Pourtant, l’homme a bonne presse, en tout cas en Europe où son style est apprécié pour sa proximité avec la BD franco-belge. Sorti en 1998, Quartier Lointain aborde les thèmes chers à son auteur : nostalgie, mélancolie, réflexions sur la construction personnelle et de la famille, tout cela sous un trait fin, calme et précis, à l’aise dans la description et la transmission des sentiments. Le manga fait 400 pages réparties en 2 tomes qui, si on a le malheur de les ouvrir, ne vous permettront pas d’en ressortir avant de les avoir dévorées.

Et pourtant, le bouquin ne paye pas de mine. Au départ, on se demande même où Taniguchi veut en venir. Hiroshi, salary-man de 48 ans en déplacement, encore éméché de sa soirée de la veille, se trompe de train 🚅 et se retrouve dans la ville où il a grandi, s’endort sur la tombe de sa mère pour... se réveiller dans son propre passé ! Il retrouve alors ses 14 ans, son insouciance, l’école, ses amis et sa famille heureuse. En apparence du moins, car Hiroshi ne tarde pas à s’apercevoir qu’il est revenu quelques mois avant la disparition de son père…

C’est un thème difficile car sur-abordé dans la littérature ou le cinéma. Plus proche du manga, nous pensons à l’excellent film d’animation la Traversée du Temps qui mêlait quotidien et science-fiction. Dans Quartier Lointain, l’homme d’âge mur redevient le collégien qu’il était tout en conservant ses souvenirs et sa maturité. Les raisons du voyage dans le passé sont secondaires, c’est la réflexion qui compte, mais aussi la possibilité, la capacité voire la volonté de changer les choses. Est-ce aussi simple et, au fond, le veut-on vraiment ?

La force de Quartier Lointain est de parler aux lecteurs, quel que soit leur expérience personnelle. Le récit conduit à s’interroger sur ses propres regrets, à regarder en arrière vers un passé qu’on a petit à petit fantasmé : amélioré, dégradé ou même oublié. Hiroshi s’aperçoit, lui, que l’école n’a finalement que des moments positifs ou presque. Il se rapproche également d’une jeune fille qu’il n’osait pas aborder étant collégien et qui, cette fois, est fascinée par sa maturité et ses connaissances. C’est un regard très juste porté par Taniguchi sur l’adolescence, une époque entre deux âges tout aussi difficile que la crise de la 40/50aine.

Les personnages sont abordés avec soin, ils ont tous une utilité précise dans l’histoire, formant un équilibre d’ensemble d’une telle force que, malgré sa position particulière, Hiroshi ne pourra sans doute pas impacter. Quartier Lointain pose la question de savoir dans quelle mesure peut-on vraiment avoir le contrôle sur sa propre vie. Le manga est magnifié par un trait simple mais fourni, dont la précision du découpage pose le récit dans un réalisme malgré tout évanescent.

Quartier Lointain est une véritable réussite qui expose une facette du manga trop peu explorée en occident. Elle permet au lecteur de réfléchir sur son rapport à l’environnement immédiat, la recréation des schémas familiaux et l’oubli progressif des choses et plaisirs simples. Sans tambour ni trompette, il glisse une tranche de vie très prenante qui nous en fait ressortir avec un petit sourire au coin des lèvres. Loin des ninjas, des maids et des mechas… ça fait du bien.

Mis à jour le 16 novembre 2022