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Le Château Ambulant (critique)

Film Miyazaki / Ghibli - Howl no Ugoku Shiro

De longs mois déjà avant sa sortie en salle, plusieurs éléments m'encourageaient à me méfier du Château 🏯 Ambulant. Le fait que, comme pour Kiki la Petite Sorcière, MIYAZAKI n'ait fait que reprendre un projet en cours (abandonné par HOSODA Mamoru), ou encore que l'histoire soit inspirée d'un roman de Diana Wynne JONES. J'émettais, toutefois, encore plus de réserves face à des bandes-annonces redondantes et pas franchement appétissantes.

Dès sa sortie au cinéma, je me suis donc rendu à une séance, malheureusement en Français. Première difficulté : m'habituer à l'expression en langue française dans un métrage de japanimation, et ainsi soutenir un doublage exécrablement velléitaire, rompu à coups de "aourou" prononcés par des interprètes fort disparates. Je ne me servirai, toutefois, pas de cet argument pour ma critique, Ghibli n'y ayant que peu ou prou à voir.

Techniquement, Le Château Ambulant s'avère incroyablement inégal. Le film nous offre à voir des passages magnifiques, comme des séquences trop rétrogrades. Par exemple, notre éblouissement devant l'humanisation et l'animation différentielle du château est entaché par certains décors ridiculement vides, dans lesquels les moutons sont de simples tâches blanches cerclées de noir, et les étendues d'herbe un grand aplat vert clair rarement jonché de petits traits vert foncé.

De même la chambre de Howl, son imbroglio fouillis et sa divine maîtrise des couleurs succèdent à une animation que l'on imagine à dix images par seconde, tout droit sortie des plus mauvais lags d'un Pentium II carburant au 56k. Dans l'ensemble, l'animation du long-métrage ne se fatiguera pas à dépasser les techniques du début des années '80, en-dehors de quelques belles envolées, ou intégrations 3D pas toujours de la plus grande discrétion.

Et graphiquement, vous l'aurez compris, rien de bien neuf n'est offert. Rien que les personnages se bousculent en autoréférences "ghibliesques" vite fatigantes. Dans l'ensemble je suis pour, sauf lorsqu'en l'occurrence, les protagonistes et leurs traits s'avèrent tellement pompés sur les productions passées que l'on passe son temps à faire ressortir les inspirations. Et même lorsqu'un protagoniste sort quelque peu des standards de la maison, il n'est presque rien d'autre qu'une coquille vide.

Dans l'ensemble, beaucoup de personnages apparaissent comme assez inutiles, ou tout au moins sous-utilisés voire très mal intégrés à un script qui se fourvoie vite. En tout cas, la plupart des protagonistes ne sont vraiment pas attachants. Seuls, peut-être, Howl et Hin changent un poil des habituels personnages passe-partout à la Ghibli. Reste qu'ils s'avèrent finalement assez conventionnels et beaucoup plus effacés qu'on aurait pu l'espérer.

Au long du film, l'on place beaucoup d'espoirs dans la personnalité de tel ou tel personnage principal, sans que jamais le film ne s'attarde sur l'un d'entre eux ou y creuse un début de psychologie. L'impression d'un catalogue de personnalités vides d'intérêt prend vite le dessus, et nous assoie dans l'idée que le manque de personnage(s) fort(s) dessert plus encore un scénario qui n'en avait pas besoin.

Bourré d'incohérences, il n'accroche absolument pas le spectateur. Plusieurs informations capitales sont maladroitement éludées, le manque de rythme flagrant fatigue vite le spectacle, et l'on note de très grosses disparités dans la progression. Sur la fin, le film se paye même l'affront de résoudre le tout en deux minutes, sur un ton gauche, facile et moralisateur. C'est parfaitement indigne d'un Ghibli.

Certes, Le Château Ambulant ne manque pas d'une certaine poésie, de quelques délicates notes d'humour ou de passages contemplatifs enchanteurs. Mais à l'image de sa bande originale, il est très loin de satisfaire sur de trop nombreux plans. Sorti d'un thème principal très beau, bien que sur-utilisé et trop remixé au cours du film, ne nous restent que d'autres pistes sans réelle saveur, s'effaçant derrière des images pas toujours intéressantes.

Globalement, comme plusieurs de ses prédécesseurs et sans même en avoir l'ambition, Le Château Ambulant reste très loin du charme et de l'emprise émotionnelle de standards tels que Laputa, Le Tombeau des Lucioles ou Porco Rosso.

Par Kanpai Publié en janvier 2005 - mis à jour en juin 2014