xenoblade

Xenoblade (test Wii)

Ça y est ! Plus d'un an après la version japonaise originale, Xenoblade Chronicles débarque enfin en occident dans une version localisée. On évitera le doublage british pour conserver les voix japonaises, mais la traduction des textes en français correspondra au plus grand nombre. Et il la mérite, cette vulgarisation ! Car après tout, cet opus est le premier des Xeno à sortir officiellement en Europe (ok, à part Xenosaga Ep.II, mais quel intérêt...). Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que je suis adorateur de la série depuis Xenogears à la fin des années '90. Je suis toujours de ceux qui pensent qu'il est encore à l'heure actuelle un des meilleurs RPG de l'histoire, si ce n'est *le* plus fort.

Et, alors que ce genre régnait avec noblesse sur le paysage vidéoludique 16 et 32-bits, il n'a su s'adapter à la génération 200X. Le J-RPG n'a pas su prendre en marche le train 🚅 de l'évolution, cantonné à son savoir-faire vieillissant. Résultat : le paysage du RPG sur cette génération de consoles est pathetique, de l'avis de tous les connaisseurs. Or la saga Xeno bénéficie d'une aura presque incomparable dans ce milieu. Certes, l'original Xenogears sur PSone a laissé plus de traces indélébiles que ses petits frères Xenosaga en trois opus sur PlayStation 2.

Mais l'annonce de Monado, devenu Xenoblade, et le formidable accueil critique depuis sa sortie japonaise ne pouvaient que faire baver les fans, et trembler une Wii toujours esseulée. Pour l'occasion, ils ont fait les choses en grand et livrent le jeu dans une simili édition collector qui comprend une manette classique rouge à brancher sur la Wiimote (les précommandes ont même eu droit à un artbook et des posters). Ouf ! On n'aura pas à se coltiner des contrôles de motion gaming qui n'ont rien à faire dans un RPG de cette trempe. Car attachez vos ceintures, Tetsuya Takahashi est de retour grâce à Monolith et il va faire mal !

D'abord, c'est le scénario de Xenoblade qui était attendu au tournant. Car autant l'histoire et le déroulement de Xenogears mettent une claque à tous les autres RPG avant et depuis sa sortie, autant la hype de Xenosaga et sa construction en cliffhangers sont retombées comme un soufflet avec la fin du troisième épisode. Beaucoup de paroles et de grandiloquences pour pas grand chose ; Takahashi a vu les choses en trop grand et il sait. Xenoblade revient donc à des niveaux plus terre-à-terre et sur ses thèmes de prédilection : la relation interpersonnelle qui naît à l'amour, le rapport entre l'homme et la machine et surtout le positionnement des êtres faces aux Dieux. Soyons clairs : sans égaler le niveau de Xenogears, le scénario de Xenoblade renvoie à leurs pénates les créateurs d'émotions factices que sont les derniers Final Fantasy.

Et pour ceux que ça intéresse et qui ont fini le jeu, n'hésitez pas à lire mes explications sur la fin de Xenoblade.

Mais c'est aussi dans son game-design que le jeu séduit avec surprise. Xenoblade est, en effet, étonnamment user-friendly dans sa construction et place donc le joueur autour de toutes les attentions. Manette en mains, ça signifie qu'on se débarrasse (enfin, mais il fallait le faire) de toutes les mauvaises habitudes ou presque, désagréablement agrégées par le J-RPG depuis ses débuts. Alors :

  • le monde ouvert, aux faux airs de Monster Hunter, se dévoile en streaming presque sans chargements et permet de sauvegarder partout
  • les possibilités de gestion sont démesurées et extrêmement complètes, voire complexes pour les novices
  • des barres d'HP qui se rechargent automatiquement en fin de combat et un game-over non sanctionnant qui renvoie au dernier point de référence en conservant l'XP
  • aucun aller-retour imposé grâce à la téléportation partout, tout le temps
  • une sensation de liberté renforcée par la mise en sourdine des côtés bavards du J-RPG : on n'évite pas les cinématiques mais les dialogues sont moins nombreux et pesants

Il n'évite pas, en revanche, une qualité graphique très en deçà des attentes, digne d'une PS2 en fin de vie. Tout du moins à première vue. Car la Wii tire vraiment la langue sur ce point et les designers ont fait de leur mieux avec elle via une direction artistique aux petits oignons et des environnements très vastes. Certains passages semblent définitivement trop rétro : des textures floues et baveuses aux modèles sur-polygonés. Mais certains passages d'être d'une beauté à couper le souffle, à vous décrocher la mâchoire. Hallucinant ! Et c'est surtout la construction de l'univers qui fait de ce Xeno une des plus grandes réussites de l'histoire sur ce point. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler.

Reste évidemment le système de combat, gros morceau d'un RPG. Celui de Xenoblade a tout pour plaire. Il oublie le poussiéreux ATB pour développer une évolution de celui de Final Fantasy XII aux possibilités immenses. Quoique parfois un peu brouillon, il reste étonnant de légèreté et de rythme dans sa construction et les actions demandées au joueur. La technique ne servira pas longtemps seule car la tactique est rapidement mise au cœur du combat. Et un dernier petit mot sur l'OST, un véritable bonheur qui rappelle les plus belles heures de Chrono Cross, même si c'est Yoko Shimomura (des Xenosaga) qui est aux commandes, et non Yasunori Mitsuda comme à l'époque, malgré un clin d’œil final.

Une chose est sûre : avec Xenoblade, Tetsuya Nomura et consorts prennent une sérieuse leçon de J-RPG et même si son succès commercial n'égalera jamais celui d'un Final Fantasy, la critique sait trouver la véritable qualité du jeu hommage et progressiste. Xenoblade a ce qui manque à quasiment tous les jeux vidéo d'aujourd'hui : un supplément d'âme. Et pour ça, on le remercie très bas.

Par Kanpai Publié en août 2011 - mis à jour en septembre 2015