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RPG japonais : le point mort

Jeux de rôle jp

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L’autocitation n’est pas très heureuse mais fin 2007, en conclusion de mon article sur Eternal Sonata, j’écrivais : « Le RPG japonais a vraiment du mal à se sortir les doigts du cul et arrêter avec son immobilisme. Autant les Nippons tentent des paris esthétiques qu’ils réussissent souvent haut la main, autant dans les mécaniques de jeu, on nous sert toujours la même soupe et ça commence à devenir fatigant. De bonnes idées artistiques sont alors souillées par un système de jeu obsolète ». Pourtant, ce n’est et n’était déjà pas une nouveauté. Car, s’il est un genre qui n’a pas su évoluer ces dernières années, c’est bien le RPG japonais.

Le marché du jeu vidéo 🎮, encore très jeune, n’a cessé de se transformer et se chercher depuis sa création. Historiquement, les Japonais sont les instigateurs de cet univers tel qu’on le connaît aujourd’hui. Et concrètement, dans le hard comme le software, le Japon regroupe encore une bonne part du potentiel créatif déballé devant nos portefeuilles. Mais justement, côté chiffre d’affaires, c’est une autre histoire. Les marchés occidentaux (USA et Europe en tête de file, bien entendu) s’accordent depuis déjà des années la part « Pac-Man » du gâteau aux billets verts. Et fatalement, l’investissement de ce côté-ci du globe se veut donc plus agressif.

Le RPG, un genre inventé avec les premiers Dragon Quest et Final Fantasy dans les années ’80, fut pendant longtemps une chasse gardée japonaise. Comme si la recette, qui n’a finalement pas beaucoup bougé en 20 ans, était tenue secrète. Pourtant, ses ingrédients n’ont rien d’exotique. Une galerie de personnages différents et stéréotypés représentatifs d’un panel marketing de personnalités (à base d’héroïsme et de gros seins, principalement), un univers au choix héroïc-fantasy ou futuriste, 30h de combats répétitifs + 15h de cinématiques pour 50h de durée de vie au total (cherchez l’erreur), etc.

Aux extrêmes, on a donc atteint le défilé de mode version Star Ac’. Le premier, c’était Tidus dans Final Fantasy X, qui portait son short avec une jambe plus courte que l’autre. Je précise que lorsque nos petites racailles mettent leurs chaussettes au-dessus du jogging, on est dans la même gamme. Et bien sûr, je ne parle pas de FFX-2, le jeu de rôle j-pop par excellence qui, sous couvert de RPG new gen, faisait se trémousser 3 pouffes idols en cosplay. Ailleurs, là où Xenogears tutoyait en 1998 l’essence du J-RPG d’exception, ses suites Xenosaga durent se plier aux foudres du fan-service pour relever des ventes fadasses. Triste sort.

Cherchez bien dans le J-RPG : à part quelques rares exceptions (Final Fantasy XII par exemple), soit on réédite le même jeu parfois sans même y toucher (Chrono Trigger, Valkyrie Profile, voire Paper Mario GC qu’on a osé nous vendre comme un épisode original), soit on sert la même soupe que d’habitude mais dans un nouveau template (FFIX et tant d’autres), soit on le maquille avec la présence d’une star pour masquer son manque d’innovation (Blue Dragon, Lost Odyssey). Le fait est qu’aujourd’hui, j’en ai marre de faire toujours la même chose et perdre 50h pour m’ennuyer sur un scénario niais. Depuis les explosions FFVI et FFVII, le genre vivote dans une boucle où il réécrit sans fin les mêmes schémas. Le consommateur, s’il n’en est pas lassé, se complaît dans une progression balisée et donc sans surprise. À l’extrême, cela se traduira pour les éditeurs à des redites même plus destinées aux fans, mais dédiées aux machines à potentiel déclaré : Dragon Quest IX sur DS et DQX sur Wii ne sont-ils pas les meilleurs exemples de cette volonté ?

Pour autant, le J-RPG est-il vraiment un genre entrain de mourir ? Certains appuient cette théorie en brandissant les derniers représentants current-gen du genre : The Last Remnant, Star Ocean IV et Infinite Undiscovery seraient-ils d’un niveau acceptable en situation de concurrence farouche ? Pour aller plus loin : ces 3 titres, et tous leurs cousins, ne sont-ils pas seulement des réminiscences d’une époque (la deuxième moitié des années 1990, pour ne pas la citer) où le J-RPG asseyait, en lettres de noblesse dorées, son excellence sur tout l’univers du jeu vidéo ? Reste alors, une fois encore, le messie espéré Final Fantasy qui semble destiné, avec son 13ème épisode, à sauver un genre à la dérive. Premier verdict en avril, avec la démo qui accompagnera la sortie Blu-Ray de FFVII Advent Children.

Et si d'aventure, FFXIII n’était pas à la hauteur, euh… on ferait quoi ?

Mis à jour le 22 septembre 2015