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PlayStation 2 vs Dreamcast

Marketing contre vieille école ?

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La sortie il y a bientôt un an de la PlayStation 2 au Japon, et plus encore le succès qu'elle y rencontre depuis le 4 Mars 2000, ont suscité de nombreux engouements. On a vu notamment se dresser des hordes de nouveaux joueurs " pro-Sega " et surtout " anti-Sony ", principalement sur le net avec la multiplication des forums et autres newsgroup visant à déprécier la firme au walkman. Mais derrière ces " tapages " très rarement impartiaux, chacun se demande ce qui va ressortir d'une des plus grandes batailles de l'ère vidéoludique… Fanzinippon fait le point.

LA PLAY 2 : UNE CONSOLE GRAND PUBLIC QUI FAIT RAGER LES HARDCORE-GAMERS

A commencer par éclaircir la situation de la nouvelle Sony au Japon. Il s'est déjà vendu quasiment trois millions de PS2 sur le territoire nippon. Cependant l'engouement pour ce hardware au look de CD-I (sic !) dépasse amplement les frontières du jeu vidéo 🎮. Car selon des sondages publiés par le Famicom Tsushin peu avant la sortie de la bête, la plupart des consommateurs étaient plus attirés par le lecteur DVD et la compatibilité Play 1 que par le software Play 2. Pas étonnant dans ces conditions que le marché du DVD au Japon ait explosé simultanément à la sortie de la PS2, et que les ventes de jeux PlayStation 1 tiennent le haut du pavé alors que celles du hardware frisent le zéro (nous ne parlons pas de la PSOne mais de la PlayStation de première génération). Revers de la médaille : les jeux PlayStation 2 réalisent de maigres ventes en regard du nombre de consoles implantées. A peine plus de 4 jeux ont dépassé les 300.000 exemplaires vendus : Ridge Racer V (loin devant avec environ 700.000 ventes), Tekken Tag Tournament, Dead or Alive 2, et Kessen - qui tous les trois oscillent entre 300.000 et 400.000 ventes. Conclusion facile mais pourtant vraie : c'est le lecteur DVD qui s'arrache, pas la console de jeu.

Par ailleurs, comme vous le savez sans doute (et c'est ce qui fait hurler depuis plusieurs mois les hardcore-gamers), l'énorme majorité des titres PlayStation 2 est minable. A cela, plusieurs raisons et causes. Tout d'abord, la console est difficile à programmer, de par son architecture à multiprocesseurs (tout comme la Saturn en 1994). Comme le disait l'été dernier un développeur japonais : " Développer sur Dreamcast, c'est comme écrire avec un stylo à bille ; développer sur PlayStation 2, c'est comme écrire avec un pinceau à calligraphie "... Ensuite, les équipes travaillant sur PlayStation 2 ont reçu leurs kits de développement tardivement. Deux raisons qui expliquent, du moins en partie, la très faible qualité de la première fournée de titres Play 2. A propos, concernant ces softs, ne vous fiez pas (ou rarement) aux photos fournies par les éditeurs avant la sortie du jeu. Elles proviennent la plupart du temps de grosses stations de travail et ne reflètent pas la qualité finale du jeu (exemple flagrant : Armored Core 2). Pour en revenir à notre sujet, sachez cependant que la deuxième vague de titres (annoncée à grands renforts de Metal Gear Solid 2, Gran Turismo 2000, Zone of Enders et autre Onimusha Warlords) devrait largement rehausser le niveau global de la console et profiter enfin de ses capacités. Mais il va falloir patienter encore un peu pour voir les développeurs tirer parti de la puissance de la PlayStation 2, puisque ces jeux ne sortiront vraisemblablement pas avant le début de l'année 2001, voire pour certains début 2002.

Sony a bouleversé la donne en incorporant le lecteur DVD à la PlayStation 2, mais avec un prix dépassant les 3.000 FF, le grand public risque de faire la tête - par ailleurs qu'en est-il de ceux qui possèdent déjà un lecteur DVD ?

LA DREAMCAST : DES TITRES DE QUALITE POUR UN HARDWARE QUI PEINE A S'IMPOSER

On pourrait quasiment parler de situation inverse concernant Sega. Car si la firme au hérisson bleu exploite la Dreamcast depuis plus de deux ans avec de nombreux titres excellents, les efforts ne ressortent pas sur les ventes qui deviennent alarmantes au Japon. En effet, malgré le nombre de jeux reconnus par les joueurs, notamment en provenance de l'arcade (NAOMI, et bientôt NAOMI 2…), les ventes de softs dépassent rarement les 500.000 exemplaires. Sans compter le hardware qui stagne depuis plusieurs mois à seulement 5.000 ventes par semaine environ (contre 40.000 en moyenne pour la Play 2)... Une situation délicate pour la firme qui, avec le travail intense des équipes internes, a tout de même vu pour la première fois -avec '99- depuis plusieurs années son bénéfice net sortir de la zone critique… Raison : un petit tour de passe-passe qui consistait à rendre autonomes financièrement certaines équipes internes de développement (les AM), tout comme la Sonic Team depuis quelques temps.

Mais après deux ans d'implantation au Japon et un an aux USA et en Europe, la Dreamcast n'a été écoulée à travers le monde qu'à environ cinq millions d'exemplaires, dont près de la moitié aux States [chiffres : juillet]. Ne nous leurrons pas : malgré une excellente exploitation de la machine par Sega et ses équipes (notamment dans la mise en place du réseau -modem puis haut débit en 2001 au Japon-, bien que beaucoup plus poussif en Europe), la DC souffre d'un trop faible soutien des éditeurs tiers qui semblent toujours redouter le " problème " qu'a eu la Saturn, sans le connaître vraiment.

La grand public fait encore beaucoup trop confiance à Sony, puisqu'il ne suit pas l'actualité de près et qu'il ne saisit pas les problèmes de fond. Cette barrière paraît de plus en plus infranchissable, et la Dreamcast ne semble être la chouchoute que des hardcore-gamers. Alors, le bébé de Sega est-il voué à devenir une nouvelle Neo-Geo ? Pas si sûr, au vu du redoublement d'efforts de la part du constructeur. Le software très orienté arcade a largement dominé la logithèque de la console pendant deux ans. Aujourd'hui, et même si la très célèbre carte arcade NAOMI fait encore et toujours autant d'émules, quelques éditeurs (Sega toujours en première ligne) semblent vouloir imposer une game plus " console ". Exemple flagrant : l'arrivée des quelques superbes RPG de cette fin 2000 : Grandia 2, Eternal Arcadia et Phantasy Star Online. En termes de ventes, Grandia 2 n'a certes pas fait l'unanimité, mais plus récemment Eternal Arcadia est apparu tout en haut des charts de ventes jap'. Quant à Phantasy Star Online et son système de jeu en réseau mondial attendu pour décembre, il semblerait qu'il soit repoussé au printemps 2001. N'oublions pas dans tout ça Sakura 🌸 Taisen 3, prévu pour la toute fin de l'année qui risque fort de bouleverser la donne...

LA BATAILLE FAIT RAGE : QUELLE CONSOLE POUR QUEL PUBLIC ?

Pourtant, à l'heure où de plus en plus de monde commence à observer la qualité ridicule des premiers titres PS2, la Dreamcast semble séduire le public japonais grâce aux quelques RPGs qui déboulent. Pourtant, ne nous voilons pas la face : la Dreamcast ne tiendra jamais tête à la PlayStation 2 en terme de ventes. A cela, une raison prédominante : Enix et SquareSoft développent uniquement chez Sony. Il suffit de regarder les chiffres de ventes hallucinants des deux derniers gros RPG de ces deux mastodontes : chacun a réalisé plus de 4 millions de ventes, certes sur une console bien implantée mais… n'est-ce pas la sortie de Final Fantasy VII sur Play en Janvier '96 qui a fait pencher la balance chez Sony dans le match Saturn/PlayStation ?

En définitive, il est clair que la PlayStation 2 va réaliser le même phénomène que la PlayStation a accompli depuis 6 ans. Et maintenant que le grand public ne jure que par cette firme, Sony va pouvoir prendre quelques risques et peut-être faire le ménage dans ses éditeurs tiers. D'un autre côté, la Dreamcast va s'imposer de plus en plus comme la console des gros joueurs. Elle convient plus aux passionnés du jeu, ceux qui ne jurent pas sur des suites commerciales et minables dont les exemples les plus flagrants sont Tekken Tag Tournament et Ridge Racer V. A l'inverse de sa concurrente, la Dream préfère la qualité à la quantité, même si la plupart des titres ne conviennent absolument pas au grand public.

Il suffit de cette affirmation pour conclure : depuis deux ans, la Dreamcast a accueilli moins de 300 jeux (dont une centaine de Sega Enterprises, qui " fournit " très bien son bébé, contrairement à Sony), mais plus de la moitié sont extrêmement intéressants ; Sony peut-il en dire de même concernant la PlayStation et ses milliers de jeux ?

Mis à jour le 16 septembre 2015