Apprentissage du shiatsu à l'école Japan Shiatsu College à Bunkyo (Tokyo)

Shiatsu

La massothérapie originaire du Japon

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Le shiatsu est une technique médicale japonaise issue de la médecine chinoise, qui s’est particulièrement développée depuis le début du XXe siècle. Elle consiste en un panel de pressions exercées avec les doigts sur le corps du patient pour le soigner, stimuler son système immunitaire ou soulager des symptômes courants.

Le terme shiatsu signifie "pression des doigts" (指圧) et sa première mention officielle dans une publication médicale japonaise date de 1928. Cette massothérapie dérivée de la médecine chinoise, transmise au Japon depuis des siècles, s’exerce en effet en apposant une pression des doigts, le plus souvent des pouces, en des points précis du corps du patient appelés tsubo (ツボ). Selon les courants, les praticiens peuvent également utiliser la paume des mains ou d’autres parties du corps. Le principe de cette médecine douce est de favoriser la circulation des énergies dans le corps en fonction de méridiens définis par la médecine traditionnelle chinoise.

Les précurseurs du shiatsu

Les origines de cet art médical remontent à l’introduction de la médecine chinoise dite Kampo au Japon, entre le VIIe et le IXe siècles, et en particulier de la technique du Tui Na. Ce type de massage chinois s’appuie sur les méridiens et points d’acupuncture pour libérer les blocages ou stimuler l’énergie chi 気.

Au fil des siècles, les praticiens japonais s’en sont emparés et l’ont fait évoluer en la technique de massage anma (按摩) qui a pris de l’ampleur durant l’époque d’Edo (1600 – 1868). Elle consiste en plusieurs formes de massages, étirements, percussions ou compressions, toujours basés sur les principes de la médecine chinoise.

L’introduction de la médecine occidentale au début de l’ère Meiji (1868 – 1912), établie sur la physiologie et l’anatomie fait tomber en désuétude les médecines traditionnelles. Cependant, celles-ci persistent notamment grâce à des compilations de techniques de massages établies dès le début du XIXe siècle, qui vont permettre de revitaliser la médecine japonaise traditionnelle.

La naissance du shiatsu au début du XXe siècle

La massothérapie japonaise se développe donc au début du XXe siècle et si le terme shiatsu est employé pour la première fois en 1928, le premier établissement médical à proposer cette technique de soin fut ouvert dès 1925, par Tokujiro Namikoshi (1905 – 2000) qui adoptera aussi ce terme par la suite.

Le shiatsu a été reconnu par le Ministère de la santé japonais en 1955 et s’est répandu dans le monde grâce aux efforts de ses praticiens et enseignants et aux personnalités qui ont bénéficié de cette médecine, comme Marilyn Monroe ou Mohammed Ali. Aujourd’hui, le shiatsu est reconnu pour un usage de prévention et de bien-être en Europe et au Canada, où de nombreuses écoles forment des praticiens diplômés.

Stèle à l'effigie de Tokujiro Namikoshi, fondateur de l'école Japan Shiatsu College

Deux grandes écoles de shiatsu au Japon

Comme pour les arts martiaux, plusieurs styles de pratique du shiatsu se sont développés. Ils se rattachent souvent aux deux grands courants existant actuellement : le shiatsu Namikoshi, auquel le fondateur a donné son nom et le plus répandu au Japon ; et le shiatsu de Shizuto Masunaga, aussi appelé Zen-shiatsu en Occident, qui fut un disciple de Namikoshi. Les deux techniques se différencient par :

  • un usage exclusif des doigts et des paumes de la main en pression pour le shiatsu Namikoshi. Le shiatsu Masunaga s’autorise aussi l’utilisation d’autres parties du corps (coudes, genoux, bras) et plus de manipulation du corps du patient (étirements) ;
  • le shiatsu Namikoshi s’est volontairement détaché de la médecine chinoise pour être accessible au plus grand nombre. Au contraire, Masunaga en a réintroduit les concepts et les a développés dans sa pratique ;
  • la médecine occidentale, et en particulier la chiropraxie, a été introduite dans le shiatsu Namikoshi.

Les deux courants se différencient également dans le type de pressions appliquées qui mettent en jeu le poids du corps du praticien. Ce dernier n’utilise aucun instrument.

Quelles sont les indications du shiatsu ?

Bien plus qu’un simple massage de bien-être, les effets bénéfiques du shiatsu sont reconnus notamment pour :

  • les maux du quotidiens (raideur musculaire, maux de tête, troubles digestifs) ;
  • l’aide à la gestion de troubles psychiatriques comme la dépression ;
  • les troubles musculo-squelettiques, les douleurs articulaires ;
  • les troubles et inconforts de la sphère gynécologique.

Globalement, une séance de shiatsu aura pour effet immédiat la relaxation du patient, une diminution des douleurs et, pratiqué régulièrement, une réduction du stress favorisant ainsi le bien-être sur le long terme.

Le shiatsu convient à tous : sportifs même de haut niveau, personnes âgées ou actifs en tous genres.

Comment se déroule une consultation au Japon ?

Au Japon, le shiatsu est une pratique médicale. S’il est sans danger, il est important de noter qu’il existe des contre-indications au massage shiatsu et notamment :

  • les maladies infectieuses ;
  • les inflammations telles que l’appendicite, la péritonite, etc. ;
  • les risques hémorragiques, les maladies de peau contagieuses, les fractures osseuses, etc.

La liste n’est pas exhaustive : avant de prendre rendez-vous pour un massage shiatsu et en cas de doute, il vaut mieux recevoir le feu vert de son médecin habituel.

Dans un cabinet privé

Comme un médecin conventionnel, le/la massothérapeute reçoit son patient dans un cabinet dédié à la consultation et au traitement. Nous avons pu tester une séance de shiatsu Namikoshi à l’invitation de Megumi Okubo, la responsable du cabinet Megumi Shiatsu Clinic (めぐみ指圧治療室) dans l’arrondissement de Nakano à Tokyo, où elle exerce également. Elle parle couramment anglais, ce qui facilite les échanges.

Salle du cabinet Megumi Shiatsu Clinic à Nakano (Tokyo)

Tout d’abord, afin de connaître les pathologies et les antécédents du patient, un court examen médical est effectué en une quinzaine de minutes suivant un questionnaire pré-établi.

La séance de massage elle-même peut durer 90 minutes. Le patient est vêtu d’une sorte de pyjama léger et confortable fourni par le cabinet. Puis il est allongé sur un futon posé sur un tatami, environné de coussins qui serviront pendant la séance, dans une grande pièce baignée d’une lumière douce et d’une musique relaxante.

Lors du traitement, le praticien masse les points de pression du corps de la tête aux pieds. Au cours de la séance, les membres seront étirés et le corps changé de positions plusieurs fois, maintenu si besoin par des coussins et soutiens adaptés. La circulation sanguine s’accentue, le corps entier se réchauffe, l’effet bien-être est immédiat dès la fin de la séance et perdure même quelques jours après.

Au Japan Shiatsu College

Le Japan Shiatsu College a été fondé par le créateur du shiatsu Namikoshi, Tokujiro, en 1940 dans le quartier de Korakuen (arrondissement de Bunkyo au cœur de Tokyo) où l'établissement se trouve encore aujourd’hui. La famille Namikoshi est toujours à la tête de cette école supérieure spécialisée et diplômante, qui est la seule au Japon à former exclusivement des thérapeutes shiatsu.

Bureau du président du Japan Shiatsu College : Kazutami Namikoshi (à droite) et Megumi Okubo (à gauche)

Les cours de pratique se déroulent dans le plus ancien de ses deux bâtiments, plus particulièrement dans une grande salle au sol de tatamis sur lesquels sont posés des matelas. L’enseignant montre les gestes thérapeutiques à des étudiants de tous âges prenant des notes et très attentifs à l’expérience de leur professeur. Ensuite, les étudiants forment des paires pour mettre en pratique les uns sur les autres les gestes qui viennent d’être transmis.

A partir de la troisième année, ils peuvent s’exercer en "conditions réelles" : des séances de 90 minutes de massage shiatsu sont proposées pour 500¥ (~3,77€). Ils bénéficient ainsi d’une expérience avec de "vrais patients" qui eux-mêmes peuvent découvrir le shiatsu de manière agréable et pour une somme modique.

Dans le même bâtiment, au rez-de-chaussée, se trouve un centre de soins accueillant des patients pour une séance de shiatsu (sur réservation) prodiguée par des praticiens diplômés.

Le président de l’école, Kazutami Namikoshi, nous a gentiment reçus dans son bureau, situé au dernier étage de la tour du bâtiment le plus récent. De nombreuses photographies, des prix et décorations qui ornent cette pièce et quelques autres de l’établissement témoignent de la dimension du shiatsu et du chemin parcouru depuis ses début par son aïeul, un des pionniers de cette discipline. Il parle avec fierté et passion de l’histoire du Japan Shiatsu College, des personnalités qui l’ont fréquenté. Parmi celles-ci se distingue le célèbre boxeur Mohamed Ali que Tokujiro a soigné et dont il semblait proche.

Le shiatsu, et en particulier celui de l’école Namikoshi, se veut ouvert à tous. Tokujiro Namikoshi considérait qu’il permettait de renforcer les liens entre êtres humains par des soins simples et applicables même par les plus jeunes, la légende veut d’ailleurs que Tokujiro ait soigné sa mère souffrante grâce à l’acupression dès l’âge de 5 ans et que c’est ainsi qu’il a découvert cette forme de thérapie. Selon lui, le sens du toucher produit des effets bénéfiques tant sur le patient que sur le praticien, pensée illustrée par la statue le représentant jovial et les pouces levés dans la cour de l’école qu’il a fondée à Tokyo.

Cet article a été réalisé dans le cadre d'une invitation organisée par Megumi OKUBO (めぐみ指圧治療室, Megumi Shiatsu Clinic). Kanpai a été invité et guidé mais conserve une liberté totale dans sa publication éditoriale.
Mis à jour le 06 octobre 2021 - Shiatsu