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Les Enfants Loups (critique)

Mamoru Hosoda - Ookami Kodomo Ame & Yuki

⏱ 3 minutes

C'est systématiquement la même rengaine lorsqu'un film d'animation japonaise débarque sur les écrans français. On a beau être les mieux lotis au monde, après le Japon lui-même, pour la diffusion de manga ou de japanimation, l'intelligentsia cinéphile se borne à rapprocher toute nouvelle sortie du sacro-saint Hayao Miyazaki.

Or, il y a un geste éminemment malhabile et terriblement cruel pour Mamoru Hosoda que cette comparaison avec l'œuvre d'une légende comme Miyazaki, formulée par les omniscients critiques auto-proclamés. Hormis le genre (animé) et la provenance (Japon), Les Enfants Loups marque par son absence de point commun avec les films du maître. Quitte à chercher chez Ghibli, il s'avère beaucoup plus proche des travaux de Isao Takahata !

Le fait est que Les Enfants Loups présente un divertissement en demi-teinte, parce qu'à mon sens il se cherche tout du long. On assiste parfois à des accès de bravoure d'une qualité élevée, avec des passages extrêmement charmants, sans toutefois tutoyer le génie que certains lui revendiquent de ce côté-ci du globe. Mais le film souffre surtout de quelques maladresses étonnantes venant d'un réalisateur aussi talentueux, de certaines longueurs de traitement, et de drôles d'ellipses dans les treize ans de sa couverture de la vie de Hana.

En voulant traiter un sujet aussi concret et complexe, Hosoda rencontre parfois de la difficulté à trouver son équilibre dans l'extirpation de la réalité. C'est comme s'il avait voulu se désenchainer du pathos en usant du fantasmatique, mais sans jamais réussir à décoller du syndrome mélodramatique de la "mère courage" qui confine parfois le film à du drama de seconde zone.

Et puis, il y a cet usage désordonné de l'animation assistée par ordinateur, parfois assez mal incrustée et qui peine à convaincre sur certains passages (on a même entendu certains la confondre avec des prises de vues réelles). C'est d'autant plus étrange que sa présence, depuis le sixième film One Piece en passant par la Traversée du Temps, jusqu'à la réussite technique Summer Wars, s'était plutôt faite en bonne intégration.

Si c'est du Ghibli hors Ghibli que vous cherchez, il se trouve sans doute plutôt du côté de Makoto Shinkai et de productions telles qu'Agartha. À mon sens, Les Enfants Loups reste un bon film d'animation, mais pas exempt de défauts et qui ne présente pas ce qui justifie certaines des éloges entendues.

Profitons-en pour arrêter de vouloir à tout prix trouver un successeur à Hayao Miyazaki, ça devient aussi usant que déplacé. Contrairement aux derniers films de la houlette Ghibli, le réalisateur en particulier ne mérite certainement pas qu'on l'écarte de suite.

Mis à jour le 17 janvier 2015