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Pourquoi les Japonais ne sont pas francs : honne / tatemae

Les Japonais sont-ils hypocrites ou peureux ?

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On entend parfois dire que les Japonais ne sont pas francs, qu'ils sont hypocrites ou encore qu'ils ne disent pas ce qu'ils pensent. Comme avec tout raccourci un poil raciste rapporté par ce pilier de comptoir qu'est votre tonton, celui-ci ne sait pas du tout de quoi il parle. Mais pour être honnête, ce genre de légende urbaine a souvent une source bien plus complexe. En l'occurrence, il s'agit de "Honne" et "Tatemae", deux concepts indissociables et souverains du comportement au Japon.

Rapide définition de chacun d'eux :

  • 本音 / Honne : le désir intime, les pensées et opinions personnelles de l'individu ;
  • 建前 / Tatemae : l'obligation sociale qui détermine la pensée "unique" adaptée à la société et, par extension, le comportement japonais en public.

La compréhension de ces 2 concepts et le pourquoi de leur prégnance dans la vie quotidienne des Japonais est l'un des points qui énervent le plus souvent les étrangers. De nombreux expatriés vous expliqueront ainsi qu'ils n'en peuvent plus de ne pas voir les Japonais exprimer réellement leur pensée et s'affirmer dans la société.

Cela vient notamment d'une dissension culturelle créée par le fait qu'en occident, cacher son opinion (sa "vérité") est considéré comme de l'hypocrisie. Au contraire, affirmer ses choix et prérogatives marque de la confiance en soi, du charisme et est valorisé sur de nombreux plans.

Alors qu'au Japon, culturellement, le bien-être de la société prime sur l'opinion de l'individu ; il est donc capital de dissocier "Honne" et "Tatemae". Contrairement à ce qui peut être perçu par les étrangers, cela ne se fait pas de manière négative et marque au contraire un respect vis-à-vis de son interlocuteur.

Encore une fois, il est très important de ne pas voir la société japonaise à travers son prisme culturel occidental. En effet, traditionnellement, savoir manier "Honne" et "Tatemae" est considéré au Japon comme une vertu. Les occidentaux aiment échanger, débattre voire participer à des conversations animées sur divers sujets. Les Japonais, eux, préfèrent l'harmonie et partager une direction même si c'est seulement en façade, pour ne pas risquer de gêner ou vexer l'interlocuteur.

Ces comportements sont le ciment de la vie sociale au Japon et régissent tous les échanges non familiers, y compris évidemment en entreprise. Ils expliquent également pourquoi les Japonais savent aussi bien suivre les règles et respecter des protocoles établis.

Les étrangers au Japon, pas forcément avertis ou rompus à l'usage de cette différenciation, peinent parfois à comprendre et traduire certains échanges adressés par des Japonais :

  • pourquoi on ne leur dit jamais directement non, mais on usera plutôt de locutions telles que ちょっと / chotto ou 難しい / muzukashii ("c'est difficile") ;
  • pourquoi une invitation peut parfois être une simple marque de politesse plutôt qu'une envie sincère, et doit alors être refusée ;
  • etc.

Si "Tatemae" est omnipotent dans le rapport social cordial, "Honne" va parfois prendre le pas et s'imposer comme un autre moteur de l'échange. C'est le cas lors des 飲み会 / nomikai (les soirées d'entreprise où les collègues boivent ensemble) au cours desquelles, l'alcool aidant, il est bien vu de parler de ses problèmes personnels, y compris ceux rencontrés dans le cadre du travail.

Il est donc important de bien considérer l'importance de cette logique pour comprendre le sens du dialogue et faciliter les échanges avec les Japonais.