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Racisme dans le jeu vidéo : un débat redondant

Depuis un mois, Alejandro QUAN-MADRID mène un buzz visant à reprogrammer certains éléments de LocoRoco. Ce Californien latino de 20 ans a décidé de voir dans les Môja, les envahisseurs des Locos, une connotation raciste insultante. Sa croisade a pour but final de faire modifier la couleur des Môja dans la version américaine du jeu prévue en septembre, singeant ainsi le récent changement opéré sur Oilman, un boss de Mega Man Powered Up PSP. Dans sa diatribe en question, le jeune homme déclame son bel exposé bien propre démontrant, avec force illustrations-merci-bien-Google, que les Japonais sont décidément les vrais méchants de son Histoire.

« Consider exhibit C and D. In exhibit C we have the original Japanese version of the tar-baby boss Oilman which fits a very simillar description to our Moja Troop. Exhibit D is the altered American version where the black skin has been changed to blue, and the red lips are now a non-offensive yellow. »

Si, donc, selon QUAN-MADRID, la couleur noire et les lèvres rouges sont offensantes, je propose que l’on révise tous les animés, récents ou non, dans lesquels les protagonistes Japonais ont des traits à la place des yeux (« on se moque de mes yeux bridés ! »). Et que l’on retravaille 18 saisons des Simpsons dans lesquels Homer a trois cheveux sur le caillou (je vois d’ici les pancartes : « Non au racisme anti-chauve ! »).

Plus sérieusement, je me demande comment certaines personnes font pour ne pas encore en avoir marre de ces histoires. N’y a-t-il pas beaucoup plus grave en termes de racisme ? L’on peut reprocher beaucoup de choses aux japonais, notamment le révisionnisme de leurs manuels scolaires, mais cela regarde plutôt les Chinois. Voir dans LocoRoco une allégorie raciste, c’est non seulement chercher la petite bête, mais également être sacrément paranoïaque. D’autant que si des voix s’élèvent pour les Môja, quid des Loco noirs ? Et que devraient dire les Japonais (historiquement, les peaux jaunes) concernant les Loco que l’on connaît depuis le début ?

Plus loin, faut-il s’interdire d’utiliser la couleur noire pour caractériser un personnage de jeu vidéo qui ne soit pas un adjuvant ? En l’occurrence, pourquoi la critique de QUAN-MADRID porte-t-elle uniquement sur les Môja et non sur les Locos noirs ? C’est donc bien, pour moi, d’un sentiment de persécution dont il s’agit. Car je ne crois pas avoir entendu la communauté noire se plaindre lorsqu’un homme déambule dans les rues de GTA San Andreas, fusil à la main, canardant des passants innocents. C’était pourtant d’un tout autre registre, tout le monde en conviendra, et beaucoup plus offensant selon moi. De la même manière, confer la photo plus haut, des voix se sont élevées pour dénoncer une affiche publicitaire pour la PSP prétendument raciste, alors que le reste de la campagne montre la femme noire en position de force. Et là, plus personne ne râle sur la pseudo victimisation…

Pour en revenir à LocoRoco, autant qu’on le sache, la réelle source d’inspiration pour les Môja vient de KEIGO Tsuchiya, le designer principal du jeu. Bref, au royaume de la démagogie et de l’aseptisation, après la croisade contre le sexe dans un jeu ultra-violent (le fameux Hot Coffee), retenons que plus aucun ennemi ou boss de jeu vidéo ne peut être noir… Donc je donne un bon gros point Godwin à QUAN-MADRID pour la relance d’un débat définitivement stérile et rétrograde dans le jeu vidéo.

Nota Bene : cet article n’est absolument pas à considérer comme un avis objectif, mais uniquement comme un billet d’humeur tout à fait personnel.

Par Kanpai Publié en juillet 2006 - mis à jour en septembre 2015