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Post-E3 2006 : entre « next gen » et « new gen »

Réflexions après le salon

L'expérience a son petit côté troublant. En demandant à une amie si elle voulait jouer à UNO sur 360 (oui oui, le jeu qui rame lorsque la machine a plus de vingt cartes à afficher alors qu'elle fait tourner Gears of Wars), elle a refusé car ça l'énervait de « ne pas avoir les cartes en main ». Cette même personne, pourtant relativement réfractaire au jeu vidéo, s'était pourtant amusée toute une soirée sur le Made in Wario DS... Interactivité, c’est le mot-clé. Car les néophytes ne se satisfont plus de tourner un joystick à droite ou à gauche et d’appuyer sur un bouton, comme les bons geeks que nous sommes le découvrions il y a bientôt vingt ans.

Le monde de la console s’est enfermé dans ses carcans bien confortables que tous valident hypocritement : éditeurs d’un côté pour qui l’argent facile coule à flots, joueurs de l’autre qui n’ont pas à faire d’effort en découvrant la nouvelle itération de leur jeu favori. Nintendô, essuyant plusieurs semi échecs entre la fin des années 1990 et les débuts 2000, semble avoir voulu faire changer la donne. Sa petite DS, destinée à conquérir un nouveau public, était également l’occasion de ne plus jouer dans la même cour que ses concurrents directs. Pari réussi puisque la bête ouvre, depuis un an et demie, de nouveaux horizons et laisse le champ libre à la future Wii pour le marché du salon.

Mais ! Car il y a toujours un mais dans ces belles histoires. Aussi bandante soit la Wii pour tous les joueurs qui ont vu les news tomber ces dernières semaines, elle ne pourra pas s’imposer aussi facilement. La PS3 est (pour l’instant) une honte, tous les joueurs un minimum renseignés le savent. Je ne vais pas vous faire l’affront de vous lister pourquoi. Mais, donc, si plusieurs centaines de milliers d’abrutis se sont battus il y a six ans pour acheter un lecteur DVD qui fait tourner Fantavision, David REEVES (président de SCEE) est loin d’avoir tort lorsqu’il déclare : « We have built up a certain brand equity over time […] that the first five million are going to buy it, whatever it is, even it didn't have games ».

Et si l’on se complaît sur des postulats tels que « Sony a trop menti et raté son E3 » ou même « si tout le monde la boycotte comme moi, la PlayStation 3 ne se vendra pas », l’objectivité nous échappe. Quel pourcentage de joueurs est effectivement au courant qu’un important salon de jeu vidéo a eu lieu il y a quelques semaines ? Combien portent de l’intérêt réel aux caractéristiques techniques de la machine ? Car lorsque Sony fera son buzz marketing grand public en martelant que la PS3 est X fois plus puissante que ses concurrentes, c’est cette annonce qui fera mouche et non le reste. Alors qu’un infime pourcentage du grand public (re)connaît l’hypocrisie et les coups bas de Sony, c’est ce même grand public qui régit le marché du jeu vidéo, qu’on le veuille ou non.

Que la « bien pensance » et la pseudo intelligentsia ludique s’en convainque est la pire des préparations : on n’y croit jamais plus, mais les partis d’extrême droite rallient toujours autant. Loin de moi l’idée de faire une comparaison déplacée entre les produits PlayStation et le Front National, mais force est de constater qu’aux lancements de leurs machines comme en politique, les consommateurs achètent une marque et non un produit. Le dernier GameFan valide ces prises de parti qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez : à rire du Blu-Ray et de la cherté de la PS3, leurs lecteurs risquent d’être bien surpris si, dans les tops de ventes, elle tient la tête haute face à leur Wii révolutionnaire.

Par Kanpai Publié en juin 2006 - mis à jour en septembre 2015