Une perte d’intérêt personnelle pour la culture populaire japonaise ?

Jeux vidéo et manga en perte de qualité ?

Pour être tout à fait honnête, j'ai commencé à écrire cet article il y a de longs mois. J'ai longuement hésité à le poster tel quel et, d'ailleurs, je l'ai retouché de nombreuses fois avant d’arriver à construire quelque chose de publiable. C'est en quelque sorte un aveu que je vais faire ici. Mais si vous êtes de fidèles lecteurs de Kanpai, rien ne devrait vous surprendre.

Depuis quelques années, j'éprouve une certaine blasitude face à la transformation des marchés de la culture populaire japonaise qui, évidemment, ont beaucoup évolué depuis que Kanpai a été lancé. De niches à la fin des années '80, lorsque j'ai commencé à m'y intéresser, ces univers sont désormais très courus du grand public pour des résultats affolants avancés comme des légendes urbaines : le jeu vidéo rapporte plus que le cinéma, le manga se vend mieux que la BD et le comic, le Japon est l'eldorado de toute une jeunesse occidentale, symbolisé notamment par la Japan Expo.

Dans le jeu vidéo, on voit un marché cyclique qui revend toujours les mêmes softs et qui s’autocopie. Les grands éditeurs ne se cachent même plus de ressortir plusieurs fois le même jeu. Les tops de ventes hebdomadaires tournent systématiquement autour des mêmes genres de jeux ou d'une poignée de licences à succès. Les Occidentaux s'enferment dans une course à la puissance technique, tandis que les Japonais ne savent pas (ou ne veulent pas ? vu les besoins de leur public) tirer parti des consoles de dernière génération. Et au-delà de tout ça : un public qui, en général, sanctionne les innovations telles que Mirror’s Edge.

Mais sur un plan personnel, c'est ma consommation même du jeu qui a évolué depuis pas mal d’années. Je me surprends à passer des semaines voire des mois entiers sans jouer, à faire des achats coup de cœur sans grand espoir (comme le dernier One Piece sur Wii), à voir dépérir d’anciennes figures de proues, et à tourner autour des mêmes créateurs / développeurs comme dernier gage de qualité artisanale : Fumito Ueda, Shigeru Miyamoto, Tetsuya Mizuguchi, Harmonix, David Cage, Eiji Aonuma, Jonathan Blow...

Illustration parfaite de ce relatif désintérêt : invité à l'e3 depuis plusieurs années (le plus grand salon de jeux vidéo au monde, qui se déroule chaque année en juin à Los Angeles), je ne prends même pas la peine de m’y rendre. Comble, cette année j’ai fait encore mieux : je suis parti, juste un mois après, visiter la côte ouest des USA. Bon maintenant, je ne dis pas qu’on n’ira pas faire un tour à un prochain e3 lorsque les constructeurs présenteront leur nouvelle génération. 2011 ? 2012 ? Julien est déjà sur le départ.

Pour revenir au sujet, il en va de même pour les manga, et leurs adaptations animées, ainsi que les drama, qui tournent tous et toujours autour des mêmes thématiques moralisatrices et d’une niaiserie bien pensante. Les producteurs, lorsqu’ils pensent avoir trouvé une bonne idée (souvent déjà exploitée en long, en large et en travers) n’hésitent pas à l’étirer en longueur en se souciant surtout de ne pas sortir des sentiers battus. Et puisque tout le monde achète les épisodes d’anime 3 par 3 dans des DVD à 4,700¥ pièce, pourquoi s’arrêteraient-ils ?

Une chose est sûre : depuis quelques années, je consacre moins de temps à la culture populaire japonaise. Je joue beaucoup moins, je ne lis quasiment plus de manga (à part ma dose hebdo de Naruto et One Piece) et je regarde de moins en moins de films japonais et de drama. Le travail, les amis et sorties, le sport, la famille, … comme tout le monde j’ai subi, à la fin de l’adolescence, la charnière après laquelle on a moins de temps à consacrer à ses loisirs de jeunesse. Ce n'est pas forcément un mal, juste un constat que je me dois de faire face à mon site.

Le Japon est un point un peu plus particulier. C'était en 2003 le théâtre de ma première destination lointaine, mon premier voyage en avion ✈️. Un pays que je rêvais de découvrir de l'intérieur depuis tant d'années. Pendant ces 7 ans, je suis certes retourné au Japon mais j'ai également découvert beaucoup d'autres lieux, cultures, personnes qui m'ont encore plus ouvert l’esprit. Le Japon reste pour moi une destination spéciale et je mets toujours beaucoup d'attention à y préparer mes voyages (comme le petit mois que j’ai passé sur place en mars) mais ce n’est plus, comme 10 ans en arrière, le seul pays étranger digne d’intérêt.

Dans le sens de cette réflexion, ce blog même, ouvert l'été dernier offre non pas une porte de sortie mais une possibilité d'élargir mon champ d'écriture sur des sujets plus vastes et moins spécifiques de la culture japonaise. J'ai beaucoup d'autres centres d'intérêts, donc certains très forts et sans doute encore plus aujourd'hui que ce qui tourne autour du jeu vidéo, des manga/animé ou du Japon. Rassurez-vous, ça ne signifie pas pour autant que Kanpai va s'arrêter (contrairement à Raton par exemple, qui semblait expliquer qu'il a fait le tour de son expérience web) mais que ce rythme de mise à jour, connu depuis plusieurs années, représente une sérénité dans le fait d’aborder la culture populaire japonaise. Sans courir après la news, en profitant de ce que je prétends connaître comme les bons produits. N'achetez pas de la meeeeerde !

L'important, c'est que je continue à prendre du plaisir dans cette aventure et que vous continuiez à apprécier me lire, non ?

Par Kanpai Publié en juillet 2010 - mis à jour en mars 2015