Isao Takahata (biographie)

Le confrère et meilleur ennemi de Miyazaki

Né en 1935 à Ise, petit dernier d'une fratrie de sept, Isao Takahata grandit à Okayama où il fera l'expérience de la seconde Guerre mondiale côté civil. Il voit son intérêt pour l’animation naître de l’émotion ressentie devant La bergère et le ramoneur (1953) de Paul Grimault et Jacques Prévert, prototype du Roi et l’oiseau (1980). Diplômé de littérature française à l’Université de Tokyo, il intègre le jeune studio Toei en 1959. D’assistant mise en scène sur des séries animées, il devient réalisateur quelques années plus tard.

En 1964, il rencontre Hayao Miyazaki à la Toei Doga et, saisissant le talent de ce dernier, le prend sous son aile dans le projet Horus prince du soleil, qu'il réalise entre 1965 et 1968. Takahata enchaîne les studios d’animation plus ou moins parallèlement à Miyazaki et réalise de nombreux épisodes de plusieurs séries, par exemple Heidi, Marco ou Anne aux pignons verts. On lui doit également plusieurs moyens et longs-métrages, notamment la réalisation du premier des deux Panda petit panda (1972-1973), de Kié la petite peste (1981) ou encore de Goshu le Violoncelliste (1982).

Les deux hommes collaborent régulièrement pendant vingt ans jusqu’à devenir ensemble les pères fondateurs du Studio Ghibli en 1985, accompagnés de Toshio Suzuki.

En japonais, Takahata Isao s’écrit 高畑勲. Miyazaki l'appelle par le surnom "Paku-san".

La carrière chez Ghibli

Après la création du fameux studio, Isao Takahata produit Nausicaä et Le château dans le ciel pour Miyazaki. Il dirige également un long documentaire en prises de vues réelles : L’histoire du canal de Yanagawa (1987). Puis, il réalise plusieurs films d’animation au sein de Ghibli : Le tombeau des lucioles (1988) qui sort en séance commune avec Mon voisin Totoro, Souvenirs goutte à goutte (1989) et Pompoko (1991) qui s’avèrent de francs succès critiques et publics et permettent d'asseoir l'autorité du studio au sein de l'animation japonaise.

Mes voisins les Yamada (1999) ne connaît malheureusement pas la même réussite : entièrement réalisé par ordinateur, le film se révèle long et coûteux à produire et signe un échec commercial retentissant. Isao Takahata retourne ensuite dans l’ombre et ne s’autorise qu’un court-métrage d'une petite minute dans la réalisation chorale de Jours d’hiver en 2003.

Il faut attendre 2013 et Le conte de la princesse Kaguya pour que Takahata revienne aux commandes d’un film d’animation. Le film est nommé aux Oscars en 2014 et, s'il ne remporte pas la palme, son réalisateur en rejoint les rangs en 2015.

Un homme discret et méticuleux

Une particularité de Takahata, contrairement à Miyazaki, est qu’il ne dessine pas. Sa vision est plus terre à terre, plus ancrée dans le réel et beaucoup moins fantasque que celle de son confrère. Il s’intéresse notamment à la manière dont les choses sont fabriquées et ne fait pas du divertissement ou du message une priorité de ses travaux.

La production de la plupart de ses films est retardée car le réalisateur aime à être le plus méticuleux possible dans ses choix et propos. Mais il est également fort possible que la déconvenue des Yamada ait entravé sa confiance en lui et qu'il retarde volontairement les sorties, de peur de la réception publique et critique.

Depuis les années 1990, certaines voix affirment que les relations entre Hayao Miyazaki et Isao Takahata se sont détériorées, que les deux auteurs n’échangent que rarement et que ceux-ci finissent généralement par des discordes. Le sublime documentaire Yume to Kyoki no Okoku (2014), qui s'attarde sur leur travail chez Ghibli, montre que chacun reste dans son propre pôle et que leurs rencontres restent éparses mais semblent respectueuses.

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