Panda Petit Panda (analyse)

Panda Kopanda (Hayao Miyazaki et Isao Takahata - 1972)

De Fifi Brindacier à Mimiko

En 1971, trois ans après la sortie de Horus, Isao Takahata et Hayao Miyazaki quittent Tôei Dôga pour le Studio A Pro. Ils planchent alors sur une adaptation animée de la série de romans Fifi Brindacier. Plusieurs mois après le début de la préparation, Miyazaki se rend en Suède pour rencontrer l’auteure, Astrid Lindgren, qui leur refuse l’adaptation. Une série animée de 26 épisodes verra finalement le jour en 1998, quatre ans avant le décès de Lindgren, mais pas sous leurs plumes. Ce que Miyazaki a vu lors de ce premier voyage hors Asie sera notamment réutilisé en matière d'architecture dans la ville de Kiki la Petite Sorcière. Le projet Fifi annulé, les deux collègues travaillent sur une idée de moyen-métrage pour enfants avec des pandas, projet qui sera mis en suspens par la production.

En septembre 1972, la Chine offre deux pandas au Japon dans le cadre de la sauvegarde de l’espèce. Les Japonais s’amourachent littéralement de ces animaux qu’ils connaissaient mal. Le zoo de Ueno à Tokyo ne désemplit pas, et aujourd’hui encore le panda reste sa mascotte, dès la sortie du métro ! Bien entendu, le projet de film est relancé, avec Takahata à la réalisation, et Miyazaki au scénario et au design des scènes. Panda Kopanda est produit en collaboration avec le Studio Tokyo Movie, aujourd’hui TMS Entertainment, filiale de Sega-Sammy.

Bien qu’il ne dure que 35 minutes, la production du film est très rapide et celui-ci sort dans les salles japonaises le 17 décembre. Suite à son succès, une suite, intitulée Panda Petit Panda Le Cirque sous la Pluie, est réalisée dans la foulée et sort le 17 mars 1973. Les deux moyens-métrages seront ensuite diffusés comme un seul film, l’un à la suite de l’autre, en VHS puis DVD ailleurs dans le monde.

Le brouillon de Totoro

Miyazaki, qui s’est occupé du design des films, a conçu tout un tas d’éléments qui seront réutilisés ou cités dans ses œuvres futures, et en particulier dans Mon Voisin Totoro. C’est la raison pour laquelle on considère souvent Panda Petit Panda comme un prototype à Totoro.

Dès le générique, le ton est donné. Le visuel et le sonore sont très proche du célèbre Watashi ha Genki. Papa Panda ressemble énormément à Totoro dans la forme, ses mimiques (à commencer par le sourire) et ses animations. D’ailleurs Panda-chan (le petit) s’accroche à son ventre en début de film, comme les filles et les Chibi à Totoro. Mimiko elle-même s’avère très proche de Mei dans son apparence, alors qu’elle fait plutôt penser à Satsuki dans son comportement. Rappelons que les travaux préparatoires sur Mon Voisin Totoro n’imaginaient qu’une seule petite fille, ce qui est amusant sachant que Mimiko est plus jeune que Satsuki mais plus âgée que Mei.

A mi-chemin entre l’anthropomorphe du cartoon et la représentation réaliste de l’animal, Papa Panda est, lui, doué de parole mais crée un décalage étonnant dans sa version originale en japonais : utilisant des formules très polies, il a du mal dans la construction de phrases et son niveau de langage est proche de celui d’un enfant. C’est une prémisse imparfaite à Totoro qui, lui, n’émettra que de merveilleux grognements.

D’autres séquences sont très proches entre les deux films, comme celle où Panda-chan accompagne Mimiko à l’école, ce que fait Mei avec sa grande sœur. Mais le clin d’œil le plus saisissant est celui fait au policier qui roule sur son vélo dans le premier Panda Petit Panda. Au tout début de Mon Voisin Totoro, on retrouve un homme dans une position identique sur son vélo. Les deux sœurs, qui le voient, se cachent dans le camion. En ressortant, Satsuki a cette phrase merveilleuse pour les fans : « ouf, j’ai cru que c’était un policier » !

Mais Totoro n’est pas le seul à s’être inspiré de travaux effectués sur Panda Petit Panda. Beaucoup plus tard, en 2008, Ponyo réutilisera la séquence du déluge nocturne presque plan par plan, jusqu’à la balade sur le lit à travers la ville engloutie par les eaux.

La famille fantasmée

Panda Petit Panda est sans doute le film de Takahata / Miyazaki le plus dédié aux enfants, avec peu de niveaux de lecture. Les deux réalisateurs ont à cette époque des progénitures en bas âge. Gorô Miyazaki (réalisateur des Contes de Terremer et de la Colline aux Coquelicots) a alors six ans, et son petit frère trois ans et demi. Les films sont en partie réalisés pour eux. Cela explique qu’il y ait peu d’éléments d’analyse ou de messages sous-tendus dans ces moyens-métrages.

Un point toutefois mérite que l’on s’y attarde, c’est le contexte familial qui s’organise autour de Mimiko, a priori orpheline et vivant seule avec sa grand-mère. Au début du premier film, cette dernière doit partir pour Nagasaki où se déroule une commémoration de son défunt mari. Mimiko ne l’accompagne pas car elle doit continuer à se rendre à l’école. Cette situation naturellement invraisemblable ouvre la porte, dès le début du film, à un déroulement du film du point de vue de l’enfant qu’elle est.

Les commerçants de la ville, et même la police, ne s’étonnent pas outre mesure du fait qu’elle doive vivre seule pour une durée indéterminée. Quant aux pandas, elle peut converser avec eux car ils parlent également japonais (ce n’est pas le cas de tous les animaux, notamment ceux du cirque). C’est donc tout naturellement que Papa Panda propose de devenir le père de Mimiko, ce qu’elle accepte. Puis elle se déclare elle-même maman de Bébé Panda ! Il en sera de même avec le bébé tigre dans le second moyen-métrage.

Les prises de décisions sur des questions aussi fondamentales se font en quelques secondes, au détriment de tout bon sens, comme un(e) enfant qui invente des histoires mettant en scène ses jouets. Il transparaît d’ailleurs une étonnante impression de contrôle de Mimiko sur son environnement immédiat. Les évènements se déroulent toujours avec des péripéties amusantes qui trouvent une issue positive. Et toutes les situations les plus absurdes, à commencer par la vie avec des pandas doués de parole, ne choquent pas les protagonistes plus que cela.

A partir de la rencontre entre Mimiko et les pandas, une vie de famille « normale » se met en place. Mimiko, en bonne mère de famille, se lève pour faire le ménage, la lessive, préparer le petit déjeuner ainsi qu’un bento à Papa Panda. Celui-ci doit selon elle fumer la pipe, lire le journal, puis porter un chapeau pour se rendre au travail. De machiste à première vue, le film offre une vision rapidement féministe, plaçant Mimiko comme une fillette indépendante qui se fait offrir des cadeaux par un papa qui travaille au zoo.

Quant à la grand-mère, elle est rapidement évincée et voit son rôle réduit à celui d’un simple rouage de scénario, lorsque Mimiko lui écrit des lettres de nouvelles, qui servent de compte-rendu au spectateur. Dans le second épisode, d’ailleurs, elle se retrouve même dans une maison de retraite sans autre forme de procès !

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