La déchéance d'Akihabara

On ne peut pas s'attendre à ce que les destinations parcourues au Japon restent à jamais figées dans le temps, mais depuis notre première visite en 2003, Akihabara est sans doute l'un des quartiers qui ont le plus changé à Tokyo. Ce n'est pas si vrai dans son évolution topographique (alors que les villes japonaises adorent tout raser pour reconstruire à neuf) que dans son caractère culturel.

Car s'il y a douze ans, le quartier arborait fièrement son statut de plaque tournante d'un jeu vidéo japonais aux dernières heures de son âge d'or (sans qu'il ne le sache alors), il n'est plus aujourd'hui que l'ombre de lui-même sur ce marché. Akiba, de son petit nom, a non seulement conservé son caractère okaku parfois le plus radical, mais également retrouvé ses lettres de noblesse de "ville électrique"... peut-être au détriment de son aura.

Une lente mue

D'année en année, chacun de nos voyages a permis de mesurer les changements parfois discrets, parfois plus profonds qui ont tous progressivement changé le visage d'Akihabara.

Les maid cafés aux thématiques toutes plus loufoques les unes que les autres ont poussé comme des champignons.

Les salles d'arcade bruyantes de jadis ont largement baissé en fréquentation et subi l'explosion de la facture électrique post-Fukushima, grignotées par les purikura ou les machines à pince, à tel point qu'elles ne semblent plus résister qu'à travers le géant représentant Taito Station.

Les petites boutiques de jeux vidéo en tout genre, alors pléthore, ont fermé les unes après les autres, parmi lesquelles certains magasins iconiques qu'on croyait littéralement indéboulonnables.

Même dans les bâtiments plus généralistes, des rayons entiers de jeux laissent place à des produits sans doute plus vendeurs, tels que les smartphones et autres tablettes.

Et quand il reste du jeu vidéo, c'est à travers de plus en plus d'import occidental et pour cause : parfois, même des jeux japonais sortent plus tard (et plus cher !) sur leur propre territoire.

Le marché anime, des figurines et surtout de l'idol sous toutes ses coutures a encore et toujours sa place, mais à quel prix. L'arbre AKB48 cache une forêt à l'iconographie lolicon peu reluisante, parfois même à la frontière de la pédopornographie (hypocritement soutenue par la loi japonaise qui ferme les yeux sur les représentations "2D").

Forte de l'explosion de la fréquentation touristique au Japon, Akiba voit depuis de longues années défiler plus d'Occidentaux (Français en premier lieu) et de Chinois (devant et derrière les étals) que de Japonais.

En conséquence, le dimanche après-midi y est redevenu piéton en 2011, deux ans et demie après un attentat retentissant qui mettait fin à trente-cinq ans de tradition.

Mais, de grouillante ville dans la ville, le quartier voit désormais ses rideaux de fer s'abaisser désespérément tôt, prenant alors des airs de ville fantôme alors même que Shinjuku et d'autres dans la capitale semblent s'illuminer au même moment.

Pour les plus vieux d'entre nous qui ont connu son acmé, il n'en faudrait pas beaucoup plus pour affirmer qu'Akihabara n'est aujourd'hui plus qu'un vague souvenir.

Le reflet d'un marché japonais en mouvement

Certes, on peut encore se consoler avec Kotobukiya et Mandarake par exemple, ou encore l'hégémonique Sofmap et ses pas moins de quatre enseignes dans le quartier. On pardonnera moins, en revanche, à l'ultraconnu Super Potato qui joue éhontément sur la corde rétrogaming et semble quasiment doubler ses tarifs chacune de ces dernières années, par l'odeur des touristes alléché.

Toutefois, à la lumière d'une échelle temporelle plus large, Akihabara ne fait que poursuivre une évolution qui l'a toujours caractérisée. Après avoir revêtu son surnom d' "Electric Town" post-1945, le quartier a effectivement connu une longue phase électrique rejointe par l'électronique (récemment revigorées), puis a plongé dans l'informatique avant de bifurquer vers le jeu vidéo, désormais quasiment derrière lui.

Ne serait-ce pas qu'un simple reflet de l'âge d'or du vidéoludisme japonais lui-même qui s'est déporté, cette dernière décennie, pour une bonne part sur supports mobiles ? Le dématérialisé n'a plus besoin de rayonnages et les magasins les plus malins capitalisent désormais sur cette vague rétro (on parlerait presque de bulle) apparue au cours de la précédente décennie.

Quoi qu'il en soit, même si on n'y fait plus de bon coup depuis belle lurette, Akihabara ne doit pas masquer un Nakano Broadway encore relativement protégé (mais pour combien de temps ?), ou encore et surtout Den Den Town à Osaka où l'on trouve de superbes pièces.

Mais les vraies bonnes affaires ne se dénichent guère plus, elles, que dans les Book-off de campagne (Hard-off, donc) qui ne voient pas des hordes de touristes s'y déverser chaque jour !

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