Le marasme du soft power japonais

Culture populaire japonaise : exportation et rayonnement

Avant de démarrer, il est sans doute bon de rappeler ce qu'est le soft power ou puissance douce. Imaginé par le professeur américain Joseph Nye en 1990, il se rapporte aux pouvoirs de cooptation qui favorisent l'image d'un état et sa réputation à l'international. Ciblant d'abord la force de frappe des États-Unis, le concept a pu être associé à d'autres exemples dans le monde, et la culture japonaise en est un témoignage frappant, nonobstant sa faiblesse politique.

L'apanage du soft power nippon remonte autour des années 1980, avec la localisation en masse de produits de sa culture populaire. Son développement a été tel que le Japon est devenu le deuxième pays exportateur de biens culturels au monde, favorisant de nombreuses envies de voyage au Japon. À noter que la France fait partie des pays occidentaux assurant un lien des plus ténus avec le Japon sur ces deux sujets, en particulier la consommation de culture populaire japonaise.

Le gouvernement japonais s'aperçut évidemment, quoique tardivement, du cheval de Troie que constituait le soft power pour se répandre à l'international ; il imagina alors en 2002 le "Cool Japan" visant à favoriser ces exportations, le rayonnement de sa culture et la prescription de tendances nippones... avec plus ou moins d'efficacité.

Si le Japon est toujours "cool" en ce sens qu'il continue à susciter un intérêt gigantesque de par le monde, il semble montrer depuis quelques années certains signes de faiblesse dont les causes sont multiples. J'ai choisi d'aborder cette thématique à travers deux exemples factuels et frappants et que je connais le mieux. Bien entendu, ceux-ci ne prétendent pas être exhaustifs ni dépasser le cadre de l'analyse personnelle.

Manga et japanimation

En France

Parmi les signes sur lesquels il s'avère difficile de faire illusion, il y a la question statistique. Et sur ce plan, le manga papier semble en berne depuis quelques années. En France les ventes de manga, au plus fort en 2008, n'ont jamais cessé de chuter depuis. Il s'en vendait 15,1 millions d'exemplaires cette année-là. En 2012, les instituts Acbd et Gfk ont dénombré :

  • 13,2 millions de manga vendus (soit -5,6% par rapport à 2011 et -12,6% par rapport au record de 2008) ;
  • un chiffre d'affaires global en recul de 3,8% par rapport à 2011 ;
  • mais 1621 tomes parus, c'est à dire 6,6% de plus qu'en 2011 (dans un marché global de la BD qui poussait à +4,3% dans le même temps).

Le manga a-t-il atteint son point de saturation en France ? Le constat est édifiant : malgré une inondation du marché, les ventes et le CA baissent inexorablement. Au milieu des années 2000, le manga était le genre BD (y compris les comics) le plus vendu en France. Depuis 2006, sa part n'a cessé de fondre : de 45 à 39%.

Près d'un tiers des manga vendus en France en 2012 appartenaient à seulement quatre séries phares, dans l'ordre : l'écrasant One Piece (15% à lui seul !) puis Fairy Tail, Naruto et Bleach. Preuve de l'essoufflement, le pépé Dragon Ball est 5è du classement. Pas étonnant que 68,5% des ventes relèvent du shônen, un genre qui a tendance à tourner en rond depuis son avènement dans les années 1990.

D'autant que le trio de tête des éditeurs représente plus de 60% de toute vente manga en France, dans l'ordre : Glénat à 28,4%, puis ex-aequo Pika et Kana avec 16,2% chacun.

Au Japon

Les statistiques de l'institut Oricon donnent, eux, les chiffres précis des meilleures séries vendues en 2012 au Japon :

  1. One Piece avec 23,5 millions d'exemplaires écoulés
  2. Kuroko no Basket (8,1M)
  3. Naruto (6,5M)
  4. Uchû Kyôdai / Space Brothers (5,4M)
  5. Fairy Tail (4,1M)

Chaque nouveau tome de One Piece s'écoule en moyenne à trois millions d'exemplaires au Japon, et la série phare continue de dominer outrageusement les classements. Mais cela ne doit pas occulter le fait que ses ventes ont chuté de 38% par rapport à 2011. Heureusement, One Piece continue de se renouveler avec talent et d'offrir des intrigues et des personnages toujours aussi passionnants, malgré les signes de fatigue physique de son auteur millionnaire Eiichirô Oda.

Ce renouvellement n'est plus l'apanage du rival Naruto depuis déjà de longues années, avec son manga qui tourne en rond en faisant revivre maladroitement les anciennes gloires dans cette guerre interminable, ou son animé pourri de l'intérieur par les épisodes fillers. Signe de la sclérose, la Shûeisha et la Tôei n'en finissent plus de capitaliser sur papi Dragon Ball, au point même de relancer la planche à billet via un nouveau film : Battle of Gods. La série fêtera bientôt ses 30 ans, mais surtout, Dragon Ball n'avait pas été diffusé au cinéma japonais depuis 1996 ! Ressortir les vieux pots : un signe du temps de crise ?

Les tirages de manga ont frôlé les deux milliards sur l'archipel en 1995. Depuis, ils n'ont fait que chuter inexorablement (d'un tiers jusqu'à aujourd'hui). D'aucuns argueront la montée en puissance de la lecture numérique, légale ou non. Malheureusement, je n'ai trouvé aucune statistique permettant de corroborer ou non cette théorie.

Je voulais aussi noter une problématique inquiétante du studio d'animation japonais le plus célèbre : la relève chez Ghibli. Le producteur Toshio Suzuki y fait face depuis les années 1990 sans parvenir à trouver de solution probante. Car Isao Takahata et surtout Hayao Miyazaki qui tirent le studio vers les projecteurs ne sont plus tout jeunes : respectivement 77 et 72 ans. Le décès de Yoshifumi Kondô (Si tu tends l'oreille) a jeté un froid au sein de Ghibli. Ni Tomomi Mochizuki (Je peux entendre l'océan) ni Hiroyuki Morita (Le Royaume des Chats) n'ont pu transformer leurs essais, et Hiromasa Yonebayashi (Arrietty) n'a pas reçu le succès critique escompté. Quant à Goro Miyazaki qui s'est assuré une place au soleil, il doit encore faire ses preuves après deux premiers longs-métrages en demi-teinte, en attendant son prochain film de samurai attendu pour 2015. Lorsque Miyazaki père arrêtera la réalisation, de gré ou de force, qui saura reprendre avec talent le flambeau Ghibli ?

Jeu vidéo japonais

Chiffres de ventes

Meilleures ventes de jeux vidéo au Japon en 2012, toutes consoles confondues (source Gamecharts) :

  1. Pokémon Black 2 / White 2 (DS)
  2. Animal Crossing (3DS)
  3. New Super Mario Bros. 2 (3DS)
  4. Dragon Quest Monsters (3DS)
  5. One Piece Pirate Warriors (PS3)
  6. Mario Kart 7 (3DS)
  7. Resident Evil 6 (PS3)
  8. Monster Hunter 3G (3DS)
  9. Super Mario 3D Land (3DS)
  10. Dragon Quest X (Wii)

Même classement pour la France (source identique) :

  1. Call of Duty Black Ops II (PS3)
  2. FIFA 13 (PS3)
  3. Just Dance 4 (Wii)
  4. New Super Mario Bros. 2 (3DS)
  5. Call of Duty Black Ops II (Xbox 360)
  6. Mario Kart 7 (3DS)
  7. Assassin's Creed III (PS3)
  8. Super Mario 3D Land (3DS)
  9. FIFA 13 (Xbox 360)
  10. Mario Party 9 (Wii)

Analyse

À mon goût, ces classements sont édifiants. Sur ces vingt jeux les plus vendus, on ne compte aucune nouvelle "IP" et même pas de licence récente (moins de quatre ans). Pour les sagas japonaises, jugez plutôt ce que ça donne (source Gamekult) :

  • Mario : près de 100 jeux en 30 ans
  • Pokémon : 58 jeux en 17 ans
  • Dragon Quest : 38 jeux en 27 ans
  • Resident Evil : 36 jeux en 17 ans
  • One Piece : 35 jeux en 12 ans
  • Monster Hunter : 24 jeux en 8 ans
  • Mario Kart : 11 jeux en 18 ans
  • Mario Party : 11 jeux en 13 ans
  • Animal Crossing : 8 jeux en 12 ans

Tous les gamers les plus vieux le savent : cela fait déjà un moment que le jeu vidéo nippon n'est plus ce qu'il était et qu'il ne participe plus du rayonnement japonais de superpuissance culturelle. PC mis à part, le Japon construit certes deux des trois consoles de salon majeures (Wii U et PS3/PS4) mais côté jeux, autant dire le nerf de la guerre et de la marge, c'est la disette commerciale à l'exportation. À part une poignée d'irréductibles malins, avec Nintendo en tête de file, trop peu d'éditeurs ont compris la tendance et pris le train occidental, ce qui a entraîné de nombreuses fermetures. Le top français cristallise bien ce constat : seuls quatre titres japonais s'y classent, même pas dans le podium, et tous sont des Mario ! Il y a encore dix ans, 90% du classement était constitué de jeux japonais. Mais il faut désormais l'accepter : l'idée même du jeu vidéo semble avoir pratiquement échappé aux Japonais.

Plusieurs tristes témoignages s'en font l'écho. D'abord, la décrépitude des grandes sagas japonaises, certaines par excès d'œillères (Final Fantasy, Gran Turismo, Sonic), d'autres par le truchement de producteurs vénaux (Metal Gear, Silent Hill, Dead or Alive), d'autres encore pour faire comme les occidentaux (Resident Evil), et bien sûr celles dont les concurrents européens les ont écrasés (PES). N'oublions pas les innombrables remakes et copier-collers, qui usent jusqu'à la corde, Monster Hunter en étant un exemple frappant. Et que dire des essais pseudo hype comme Catherine ou d'artistes comme Suda 51, dont les qualités ludiques sont... discutables ? Combien sont les créateurs géniaux d'une génération à avoir périclité, comme Tetsuya Mizuguchi, Yu Suzuki ou Hironobu Sakaguchi ? Puis, il y a cette très sérieuse perte de vitesse des genres fondateurs, le RPG japonais en tête de file.

Les années 2000, en particulier leur seconde moitié ont été consacrées à la nomadisation et casualisation du jeu, démarche qui a inondé le monde assez rapidement. Les Japonais s'y sont engouffrés, oubliant par-là même de monter en compétence sur les consoles HD. Le paroxysme de la prétention japonaise et de sa perte de repères corollaire est venu de Sony lors de la présentation de sa PS3 en 2005 : prix délirants (jusqu'à 600€ demandés pour la console nue) et vidéos précalculées, pour au final une catastrophe ludique au lancement.

Des pistes de relève

Les deux exemples choisis ci-dessous l'ont été à titre personnel et n'attendent que d'être complétés par d'autres de votre choix en commentaires.

PS4 de Sony et le sursaut d'orgueil des développeurs japonais ?

La présentation de la PlayStation 4 le 20 février dernier a montré plusieurs changements de considération importants et prometteurs de la part de Sony. On a en effet senti beaucoup plus d'humilité dans cette présentation qui a eu lieu, non pas au Japon, mais à New York. Oust le ringard et condescendant Ken Kutaragi avec ses Powerpoint gargarisants et soporifiques ; bienvenue à deux figures... occidentales pour mener le nouveau mastodonte du jeu vidéo japonais : Mark Cerny à l'architecture et David Perry au cloud. Ça n'a l'air de rien, mais c'est une petite révolution qui symbolise l'ouverture du nippon aux expertises occidentales du jeu vidéo moderne.

Entre autres réjouissances, la PS4 serait encore plus facile à programmer qu'un PC et dotée d'une architecture centrée sur le développeur. Vues les difficultés de programmation sur PS3, voilà une bonne nouvelle pour la latitude d'imagination des studios. Pour les joueurs, la fonction "Share" est une nouvelle charnière intelligente qui prend en compte ce nouveau comportement traduit par la progression hallucinante du partage de contenu vidéo : un quart du trafic de sites comme YouTube ou DailyMotion serait lié au partage de captures de jeu vidéo. Attendons maintenant de voir la réponse du géant américain Microsoft avec sa prochaine Xbox.

Côté jeux, les développeurs japonais semblent vouloir retrouver ce supplément d'âme qui faisait leurs beaux jours. Cela passe par la réappropriation de styles comme le RPG, affirmé par exemple avec talent grâce à l'exceptionnel Xenoblade et sa future suite sur Wii U. Techniquement, Yoshinori Ono chez Capcom a montré son moteur Panta Rhei qui semble incroyablement puissant. Enfin, la "patte" nipponne est en passe de refaire surface avec l'arlésienne Last Guardian, que je pressens avec optimisme pour une sortie rapide sur PS4. Quant à Nintendo et ses studios internes et second party, ils n'ont jamais cessé de proposer des concepts originaux et quelque chose me dit que leurs présentations à l'E3 2013 risquent d'exciter de nombreux joueurs !

Kyary Pamyu Pamyu

Gobée par la K-pop des voisins coréens et assommée par le marketing agressif et malin des AKB48, la J-pop semble avoir beaucoup souffert ces dernières années. Pourtant, depuis fin 2010, une petite princesse semble vouloir redonner ses lettres de noblesse à l'esprit Harajuku. Kiriko Takemura, alias Kyary Pamyu Pamyu, est la nouvelle "it girl" de la pop japonaise. Artiste complète, de blogueuse à modèle en passant par la chanteuse, elle puise ses inspirations chez Lady Gaga, Katy Perry ou encore Gwen Stefani.

Kyary semble avoir placé la musique comme seulement l'un des vecteurs de sa vision polysémique. Ainsi sa démarche semble, au moins en apparence, moins marketée et plus artistique. Elle a pu créer et développer un univers très personnel qui, quoique musicalement particulier, prend son envol à travers toute sa mise en scène, son cosplay et ses poses. À suivre de près, en espérant qu'elle n'explose pas en plein vol.

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Commentaires

SETH
19 Mars 2013
17:53

"D’aucuns argueront la montée en puissance de la lecture numérique, légale ou non"...Baisse de chiffres dû au piratage, et pas au soft power qui s'affaiblirait...Baisse du pouvoir d'achat, et accessibilité aisée au manga par le truchement du piratage sur le net...pas besoin de chercher plus loin, une petit recherche google et on le comprend vite...

19 Mars 2013
18:42

Le piratage... Je tiens à rappeler que bon nombre de personnes qui "piratent" n'ont pas l'argent pour s'acheter l'objet désiré, et qu'ils ne l'auraient donc pas plus acheté si il n'y avait pas cette "alternative". "Ils payent bien leur connexion internet !" me direz-vous. Pour le coup je vous dirais que vous avez bien raison sur ce point là :)

Je comprends bien la facilité de montrer (constamment ?) du doigt cette pratique. Mais il faut penser que ça créé aussi une certaine publicité. Qui dit qu'un mp3 téléchargé n'est pas parfois converti en entrée concert ? Ou que quelques chapitres lus de Naruto ne provoqueraient pas l'envie de commencer cette série avec le bon vieux papier ? Je ne crie pas pour autant qu'il faut tout aller lire sur des serveurs en Pologne avec de la pub au 4 coins de la page, mais il faut parfois voir aussi les bons côtés des choses...

SETH
19 Mars 2013
19:28

Vaste débat qui voient ceux qui en vivent, de ceux qui n'en vivent pas, s'affronter régulièrement. Mais, hors sujet, je dis simplement que les chiffres de ventes ne suffisent plus à eux seuls à jauger l'influence Manga sur les autres nations.
C'était le cas avant, mais plus maintenant.

D'autres mesures sont toutes aussi adéquates (ou non)par exemple, celle de la musique nippone écoutée sur Youtube, Wat et autres.
J'en consomme ( si j'ose dire..) énormément, et pourtant ce soft power là, est-il simplement mesuré? Sans parler de commerce, mais uniquement d'influence, je n'accroche plus du tout à la musique occidentale, or ces heures d'écoute ne sont pas prises en compte, et pourtant démontre à quel point la culture musicale japonaise m'a attirée.
je parle musique, mais de même friands de drama, comme beaucoup d'autres, je "subis" (avec plaisir) encore une fois le Japon dans ma consommation télévisuelle.

Suis-je le seul ou au contraire les dramas trouvent de plus en plus leur audience à travers le monde?
Et pourtant rien ne vient mesurer leur importance, dans le rayonnement du Japon à travers le monde, en tout cas l'article n'en fait pas mention.

Je pourrais rajouter la cuisine, ou assez récemment, la beauté des femmes japonaises, les voitures (enfin certaines)... sans oublier le (!)porno japonais et son énorme production.

raitoryuuku
23 Mars 2013
19:53

En grande partie, les "leecher sans scrupule" eux téléchargent et n'achètent jamais (mais si y'avias pas internet, il acheteraient des cassette pirate ou je ne sait quoi, ils n'auront pas attendu internet pour ca)

Et l'autre partie (qui représente à mon humble avis une écrasante majorité) de personne qui ont découvert les animé/manga chanteuse etc via le net et qui maintenant posédent une collection de plusieurs millier d'euro en goodies, CD, DVD BLu ray etc (j'en fait partie) sans compter les sommes dépensés pour me rendre aux lives (TGV+Hotel+place, parfois frôlant 500€ le tout), bref c'est un mal de départ pour un bien au long terme.

Pour les chiffres de ventes de manga au japon, c'est vraiment très difficile de comparer les époquent, nous sommes dans une époque où un manga = plein de goodies, adaptation en tout genre, du coup on dépense plus dans les mêmes séries mais on a moins l'opportunitée d'en acheter plusieurs, mais je ne pense pas que l'otaku moyen dépense moins (ou même le lambda moyen) juste qu'il dépense plus varié, ce qui malheureusement prive peut-être les série moins populaire d'un part du gâteau, ce qui du coup force le marché à proposer du très populaire (ecchi a gogo) pour être certain de vendre et prennent peut-être moins de risque qu'il y a 15ans, le marché a changé rien de de part celà, sans compter les ventes numériques qui d'après les vent que j'ai eu sur 2CH commencent à être vraiment apprécié, même si le manga papier reste roix.

Bref, je pense que c'est une passe le temps que le numérique/papier soit correctement statistiqué et encré (ca fait a peine 3 ans que les smartphone et tablettes sont "courante") rien d'affolant, en tout ca de mon côté au file des années je n'ai fait que dépenser toujours plus dans tout cela et c'est un peu près pareil pour toutes les personnes avec qui j'ai eu ce petit débat, j'ignore si cela est représentatif mais je pense que cette baisse de vente n'est pas à prendre de trop haut mais à bien quantifier.

Kinus
19 Mars 2013
18:36

J'ai un peu de mal a comprendre le concept de Soft Power, si quelqu'un pourrait m'expliquer d'une façon simplifier.

19 Mars 2013
18:49

Si j'ai bien compris :

Avant on parlait de puissance d'un état, par exemple, via sa force de frappe (son armée). Le soft power se base sur tout le reste, en gros, sa capacité à influencer (au sens large là aussi) le reste du monde via divers moyens (culturel, marchand, intellectuel...).

J'espère avoir compris, sinon il reste toujours Wikipedia ^^"

Kinus
19 Mars 2013
20:37

Justement j'ai pas tout comprit a ce que j'ai lu sur internet (Wikipedia y comprit^^), c'est pour ça que je demande.

Gaga
20 Mars 2013
06:53

Déjà, il faut comprendre ce qu'est le concept de "pouvoir". c'est la capacité qu'a A de faire agir B d'une manière que B n'aurait pas envisagée si A n'avait rien fait.
Généralement, ce pouvoir se manifeste par la violence physique ou symbolique, ou la menace de cette violence. C'est ce qu'on appelle le "hard power". Par exemple, l'enfant devra obéir à ses parents, sinon il se fera frapper ou menacer d'être frappé(violence physique), mettre à la porte (violence physique ou symbolique) ou n'aura plus d'argent de poche (violence symbolique). Donc l'enfant (B), agira selon les parents (A), qu'il le veuille ou non.
Mais ce pouvoir peut aussi se manifester différemment. Par exemple, l'enfant admire son père, et du coup, veut devenir médecin, comme lui. Son choix sera donc influencé par son père, sans violence, sans menace. C'est juste l'admiration qui entraîne ce choix. C'est donc un pouvoir "doux", "soft power".
Le même concept s'applique aux Etats. La "réussite économique" américaine via le libéralisme, tout comme la "réussite culturelle" diffusée par Hollywood notamment sont des moyens d'influence bien plus puissants qu'ont les USA pour influencer les autres pays sans utiliser la menace militaire ou l'exercice de celle-ci. Le cas du Japon est plus intéressant car officiellement il n'a pas d'armée, et donc pas de "hard power", donc toute son influence sur la scène internationale est censée passer par le "soft power".
(En espérant avoir répondu à ta question.)

MacGivre
20 Mars 2013
08:14

"on ne compte aucune nouvelle « IP » et même pas de licence récente" --> Faut-il comprendre nouvelle licence ? Je ne connais pas cette expression.
Sinon il manque aussi les chiffres des vidéos. En baisse j'imagine, comme les manga.
En tout cas, pour moi, le soft power à bien marché : le Japon m'attire toujours, voire de plus en plus car j'aime son coté technologie avancée(ils n'ont pas peur d'innover et n'attendent pas des années pour tout changer), la propreté (la région parisienne est de plus en plus crade je trouve, je parle même pas des trains...), et aussi la culture manga que l'on voit partout sans tabou.
Bref je suis un gros otaku qui doit idéaliser le Japon, mais le soft power n'a pas faibli pour moi. ^^

20 Mars 2013
08:45

Il fallait en effet comprendre IP dans ce sens-là, celui de la propriété intellectuelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Propri%C3%A9t%C3%A9_intellectuelle

20 Mars 2013
09:15

Ce serait dommage de résumer le "soft power" (ou pour être plus clair, "l’attraction") du Japon aux mangas et aux jeux vidéos.
Bien sur, pour la plupart d'entre nous nés dans les années 80, c'est ce qui nous a fait aimer le Japon.. mais il ne faut pas se limiter à ça.

Aujourd'hui, l'influence du Japon se fait ressentir vis à vis de la gastronomie (on ne compte plus les restaurants japonais, parfois de piètre qualité mais bon..), les conventions sur le Japon (Japan touch, Japan expo), les instituts et cours de langue (Maison du Japon,..) qui n'existaient tout simplement pas il y a 20 ans.

Donc non, le soft power japonais n'est pas mort, il est juste différent.
Et quand je vois le nombre de personnes qui souhaitent aller au Japon (on le voit bien sur Kotaete, mais pas seulement), je me dis que ce pays n'a pas finit de faire rêver ^^

Charlie
20 Mars 2013
10:16

Certes c'est dommage de résumer le "soft power" japonais simplement aux jeux vidéo et aux manga, mais finalement je pense que ce n'est que le reflet de ce qui se passe réellement : aujourd'hui le Japon ne fascine plus autant qu'avant, la part qu'avait la musique (J-Pop, Visual Kei, J-Rock) est passée vers la Corée. J'ai un incroyable nombre de contacts qui ont quasi-arrêté la musique japonaise qu'ils adoraient pour la K-Pop, comme si tout ça n'avait été qu'un effet de mode.

De même, aujourd'hui quand je dis que j'aime le Japon, j'ai l'impression que ça en revient toujours aux mêmes questions (mangas, jeux vidéo, etc...). Je n'ai que 21 ans, et pourtant j'ai l'impression d' être un vieux de la vieille à encore regarder des anime, des dramas ou à écouter des groupes japonais.

Pour les conventions dont tu parles, là aussi, j'ai l'impression que c'est devenu une pomme pourrie : trop de cosplay, trop de free hugs, les gens s'amusent, certes, mais où est le Japon dans tout ça ? Tout ce qui importe dans ces conventions, c'est le fric, et le cosplay, on n'y retrouve que très rarement des trucs purement traditionnels.

J'adore le Japon, mais j'ai l'impression que ce pays fascine de moins en moins à l'international, raison pour laquelle je pense de plus en plus à m'expatrier là-bas. Aujourd'hui quand tu parles du Japon en France, 1 fois sur 2 quelqu'un t'évoquera Fukushima, comme si cette région faisait la taille du Japon tout entier...

MacGivre
20 Mars 2013
10:38

-les resto japonais : ils sont tenus par des chinois qui reconvertissent la cuisine chinoise en "japanaise" car c'est beaucoup plus rentable et très similaire (pour un néophyte).
-les conventions sur le Japon (Japan touch, Japan expo) --> ce n'st pas justement très manga/anime/cosplay... ?
-les instituts et cours de langue : la demande est forte justement à cause (non, grâce aux) des mangas et animes, non ?

C'est sûr, résumer le « soft power » à ça c'est dommage, mais ils ont quand même une bonne part d'influence. Mais je m'en plains pas. ^^

tom le chat
20 Mars 2013
15:59

Gran Turismo 5 s'est quand-même très bien vendu (près de 9 millions au total) malgré ses défauts ; ça en fait même la plus grosse exclusivité PS3 devant les Uncharted et autres. On peut d'ailleurs souligner un gros suivi de la part de Polyphony Digital qui continue d'améliorer et fournir du contenu pour son jeu deux ans après la sortie.

Catherine a globalement été très bien accueilli par la presse et a fait des ventes très correctes compte-tenu de son concept particulier et de la taille de son éditeur.

On aurait aussi pu parler de Demon's/Dark Souls qui jouissent d'une solide réputation auprès de joueurs exigeants (y compris sur PC).

Mais pour le reste, je suis d'accord sur le marasme actuel du jeu vidéo japonais mais je ne suis pas particulièrement optimiste pour les années à venir. Dès la PS1, Sony a toujours énormément compté sur ses studios occidentaux (Psygnosys puis Naughty Dog et les autres), ce n'est donc pas étonnant qu'ils poursuivent dans cette voie. Par contre, en dehors de Knack, on n'a pas vu grand chose de concret côté japonais. Les vidéos de Capcom et Square sont très jolies techniquement parlant mais j'attends de voir tourner de vrais jeux avant de m'emballer, surtout qu'un moteur graphique ne suffit pas à faire un bon jeu.

Yoko Tsuno
20 Mars 2013
20:46

Effectivement le "softpower" désigne la capacité à influencer, à imposer son pouvoir en diffusant sa culture à travers des biens de consommation notamment(ressources culturelles). Une notion à opposer à celle de "hardpower" et qui désigne, elle, la puissance d'un pays en fonction de ses ressources militaires (puissance de coercition, de contrainte). Il me semble que c'est après la Seconde Guerre mondiale que le Japon rebâtit son économie à défaut de reconstruire une armée, avec l'aide des États-Unis (suite à la signature de l'accord de San Francisco).
Et concernant Pamyu Pamyu je mettrais un bémol sur le côté moins marketé de la jeune fille. Elle est certes peu conventionnelle mais pas elle chante (et danse) dans pas mal de pub. Comme pour GLICO Pucchin Purin (flan au caramel), pour Suzuki, pour Breco avec la chanson Candy Candy...

Aminaa_Bouh
22 Mars 2013
18:32

Comme on l'a dit plus c'est vraiment pertinent que les mp3 téléchargé sont suivis des billets de concerts achetés ! Puis les CD s'en vont comme des petits pains lors de conventions/ concerts! Même les artistes en sont parfois surpris car les stock s'écoulent rapidement !

Michix
25 Mars 2013
20:57

Article bien documenté et très intéressant. Merci beaucoup. En ce qui concerne l'état actuel du "soft power" japonais je n'ai pas le même point de vue que vous sur tous les points que vous développez.

Manga : les ventes de manga sont en nettes baisses en France. OK. Mais le manga est diffusé dans le monde entier. Il faudrait avoir des statistiques sur l'évolution des ventes mondiales de manga pour vraiment juger si ce média est en perte de vitesse ou pas. Même les Chinois se sont pris récemment de passion pour ce produit culturel. Certains auteurs de BD français reconnaissent s'inspirer maintenant dans leur travail du style manga.

Jeu vidéo japonais : je ne connais pas l'industrie du jeu vidéo. Je me demande juste si on peut la considérer partie du soft power culturel. Je la classerais plutôt dans l'influence économique comme l'industrie automobile ou celle de la téléphonie mobile.

Concernant les animes de Ghibli, ce n'est pas le seul studio japonais de production. On peut aussi citer les dramas qui se téléchargent (en tout cas en France) en grosse quantité via les sites de fansubs.Il serait intéressant aussi de voir les statistiques de visualisation des dramas ou animes japonais sur les sites de streaming.

La Jpop : je crois aussi qu'elle se porte mal et qu'elle est en net recul devant la Kpop.

Vous ne parlez pas de la cuisine japonaise à l'étranger. Elle fait pourtant partie du soft power et, en tout cas là où j'habite, je vois les restaurants japonais ou au moins de sushis se multiplier depuis 10 ans. Même si souvent ils le sont pas tenus par des Japonais, même si souvent les sushis y dominent, pour les consommateurs c'est de la cuisine japonaise. J'aimerais connaître, si elles existent, les statistiques de l'évolution du nombre de restaurants japonais dans le monde. La Wikipédia anglophone mentionne de façon succincte la cuisine japonaise à l'étranger : http://en.wikipedia.org/wiki/Japanese_cuisine#Japanese_food_outside_Japan.

On pourrait citer aussi dans le soft power le nombre de personnes qui apprennent (ou au moins essaient d'apprendre) la langue japonaise. Wikipédia mentionne ainsi l'évolution du nombre de personnes passant le JLPT : 7000 en 1984, 610 000 en 2011. Ce nombre aurait cependant baissé après 2009.
J'avais lu aussi sur News On Japan que l'apprentissage du japonais baissait en Australie devant celui du chinois. Le japonais serait cependant en nette progression dans un pays comme le Kazakhstan.

Bref, à mon point de vue, le soft power du Japon prend tellement de formes qu'on ne peut pas dire précisément si il se porte mal ou pas. A mon avis, il n'est sûrement pas en marasme comme le titre de votre article (très intéressant je le répète) pourrait le faire penser

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