Resident Evil 4 : le test

On l'aura attendu celui-là. Entre les rumeurs, les annonces, les présentations de différentes versions, puis l’avalanche de vidéos ces derniers mois, biohazard 4 (Resident Evil 4) aura eu tout le temps de nous faire saliver. À tel point qu’une bassine a vite été nécessaire, devant le retournement de veste tant attendu et les évolutions à la série qui n’en finissaient pas d’arriver. Aujourd’hui, il est entre nos mains, prêt à faire l’objet de toutes les critiques.

Et il explose à nos yeux, tout en 3D, à travers un classieux mode 16/9è qui impose son style racé. Techniquement impeccable ou presque, bh4 offre à la série une nouvelle charte graphique. Celle d’environnements vastes, de boss gigantesques, d’effets de lumière fabuleux, d’animations faciales impressionnantes. Ou tout simplement d’une mise en scène exceptionnelle. Et qu’importe si certaines collisions de polygones manquent encore de précision, si un aliasing s’incruste ici ou là, ou si le frame rate à trente images par seconde faiblit de temps à autre. Attendons avec impatience la conversion : là où la GC crache ses tripes, la PS2 risque de lutter sérieusement.

À peine remis de ces premiers ébahissements techniques, il faut nous jeter sur la manette pour enfin appréhender ce nouveau gameplay. LA prise en main qui renouvelle la série ; celle qui nous ferait, paraît-il, ravaler notre venin craché sur neuf ans de jouabilité désuète et irritante. Leon, le protagoniste du quatrième volet, s’inscrit donc en plan rapproché, vu de trois quarts arrière, à l’éternelle gauche de notre écran. Il avance prudemment, arme au poing, et laisse la caméra s’approcher lorsqu’il vise, afin que nous puissions ajuster son laser sur une partie précise de l’anatomie des opposants.

Quelques minutes suffisent à oublier l’impression selon laquelle il marche en biais. De même pour ce qui est de la visée. Une dizaine d’ennemis anéantis, et à vous les joies douteuses de l’assassinat comme si vous y étiez. La caméra n’est pas toujours placée idéalement sur son axe Y, mais une fois le pistolet en joue, la précision est diabolique : genou, ventre, bras, tête… toutes les possibilités de destruction s’offrent aux armes de poing. Dommage, encore une fois, que le couteau ne serve à rien ou presque.

À ce sujet, il convient de remarquer que bh4 reprend beaucoup du fonctionnement de ses grands frères. Les habitués ne seront pas autant troublés qu’ils ne le pensaient, en dépit de quelques ajouts efficaces. Rien que les actions associées aux boutons de la manette n’ont pas bougé d’un poil. Reste que les développeurs ont inclus, comme dans Shenmue, des actions contextuelles représentées par les fameux "Quick Time Event". Moins longs et plus épars, ils ne manqueront pas de ravir et d’alimenter une rythmique qui s’imposait déjà un sacré style.

En effet, le titre se veut beaucoup plus orienté action qu’exploration. Les séquences de combat alternent avec une exploration linéaire mais pas rébarbative, faite d’un enchaînement de couloirs qui évite les allers-retours ennuyeux, d’une carte ultra détaillée qui indique toujours la prochaine destination, et d’un codec qui nous remet vite en place si l’on sort du champ. Le revers de la médaille, ce sont les énigmes simplissimes. Par exemple, la clé unique pour une porte se trouve souvent dans l’unique coffre de la même pièce. On est loin des alambics illogiques des précédents volets de la saga. Un juste milieu est, néanmoins, peut-être à rechercher de ce côté-ci.

Dans tous les cas, Bio 4 tient le rythme : avec des sauvegardes infinies, des loadings presque indicibles ou encore la mise aux oubliettes des éternels coffres. Les "continue", d’autre part, s’avèrent très efficaces. Il est agréable de perdre sur une séquence d'action difficile, pour la retenter immédiatement, plutôt que de buter sur une énigme illogique. Et surtout de ne plus pester contre un gameplay d'un autre âge. À cette image, le menu a bien évolué. Plus ergonomique, il est à présent complété par un marchand qui vendra des armes et s’occupera des évolutions diverses.

La barre d’énergie est désormais visible à l’écran (qui reproduit son évolution au fil des soins, bien vu), de même que les munitions de l’arme en main. Toutefois, il manque encore un raccourci manette pour changer d’arme plus directement, facilement et rapidement. Cela éviterait les allers-retours dans les menus lors de grosses empoignades. L’intelligence artificielle n'est globalement pas exceptionnelle, mais l’on est parfois surpris par des ennemis qui traversent les fenêtres, montent des échelles pour venir vous alpaguer, ou se séparent en petits groupes. Si c’est encore trop rare, le jeu marque la transition en affichant dès son début "he’s not a zombie".

Ce n’est pas pour autant que les ennemis arrêteront de marcher aussi lentement une fois arrivés à trois mètres de Leon. Une vraie menace plus rapide aurait pu être complétée par la possibilité de straffer, un mouvement qui manque cruellement au titre. Au lieu de cela, le protagoniste ne pourra pas tirer en mouvement, ce qui donne un cachet Phantasy Star Online à certaines séquences : je vais à un bout du terrain, je tire au plus vite et, lorsque les ennemis arrivent vers moi, je vais à l'autre bout de la zone et je recommence mes salves, etc. De même, bh4 ne fait absolument plus peur. La musique indique trop l’action à venir, et ne laissera glisser que deux ou trois sursauts.

Toujours au rang des petites déceptions, le jeu n’oublie pas le traditionnel scénario un peu plan-plan. L’on retrouvera toutefois des habitudes et habitués de la saga, mais le scénario n’est encore une fois qu’un prétexte pour exposer les environnements classiques. Reste que, du niveau technique de bh4, ce n’est pas un souci. Et nous sommes même prêts à supporter tout le ridicule du monde pour régaler nos mirettes sur des performances aussi éblouissantes. Comme si le titre prenait le meilleur de Metal Gear, de Fable et de Ico pour le tremper dans un grand bol de style accrocheur et de durée de vie impressionnante.

Bio 4 n’est pas exempt de défauts, c’est sûr. Reste qu’étant très attendu, il remplit parfaitement son contrat de renouvellement pour la grande saga biohazard. "Morir es vivir", c’est le cas de le dire. Sans être en avance, MIKAMI impose le respect : il a tenu son pari et donne à sa série, poing fermé et pouce en l’air, un nouveau souffle. Vivement la confirmation de cette réussite et le coup de gomme sur les quelques approximations de cet épisode. Une chose est sûre : cette fois, on n’est vraiment pas loin du chef-d’œuvre !

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