
Dans sa longue carrière prolifique, intéressante et, globalement, plutôt qualitativement homogène, MIYAZAKI Hayao a eu à mon goût seuls deux coups d’éclat. Le premier est, il va sans dire, Nausicaä, remis au goût du jour et occidentalisé dans sa diffusion à travers Princesse Mononoke. Le second, qui restera à jamais pour sa sensibilité toute juste et son pouvoir de séduction incommensurable, est bien Porco Rosso. Ou la transposition en film d’animation majestueux du simple rêve d’un homme : voler. Et si ce fantasme se retrouve dans la quasi totalité des films de MIYAZAKI, il occupe dans Porco Rosso le premier plan à travers l’amour inconditionnel de ces hommes de l’entre-deux guerres, si différents dans leurs idées et appartenances, mais pourtant si proches de par le rapport ténu qui les lie à leur machine.

Avec cette douce mélancolie ineffable tissée en toile de fond, Porco Rosso conte l’histoire de Marco, aviateur chevronné au passé douloureux, ex-militaire reconverti en chasseur de primes, qui livre une guéguerre tendancieuse à des pirates de l’air attendrissants de naïveté et de bêtise. Tous se retrouvent régulièrement au bar de Gina, veuve d’aviateurs connus. Ou finalement, de l’occupation de chacun pour tuer le temps et se remémorant des heures plus mouvementées.

Et c’est peut-être bien cela qui fait le charme du film. Pas d’épopée majestueuse, pas de but à boucler ou de méchant à zigouiller. L’action, elle, s’est déroulée bien avant le synopsis et les petites « aventurettes » que nous propose Porco Rosso. Les personnages principaux ne peuvent même pas faire office de héros tant ils manquent d’espoir, de desseins. L’on est bien loin des démiurges de Mononoke ou Nausicaä. Toutefois, il se dégage une mélancolie et un charme fous de ces brigands et gentils monstres à la petite semaine.

L’on se laisse donc transporter délicatement dans cette fable amusante et triste, où la plus ambitieuse des compositions sert un burlesque quasi constant. L’intention noble qui prend d’un coup tel ou tel protagoniste tourne rapidement au grotesque.
Mais finalement, cette mise en scène qui dissimule le plus profond sentiment des personnages ne serait-elle pas volontaire ? Ne serions nous pas là face à l’une des plus belles facettes du génie Japonais reconnu ? Le film à tiroirs, c’est bien cela : un conte pour les enfants, un message pour les plus grands. De l’excellent travail d’artiste, finalement.

